Florimon-Louis de Kerloar

Noir & Blanc

Épisode IV - Snob et hystéro-éthylique


Droits d'auteur ©
Tous nos textes, Fidèle, sont déposés à la Société des gens de lettres, Paris. Sois gentil, tu t’en inspires dans la vie si tu veux mais sur papier ou à l’écran, cherche ta muse ailleurs. Bonne lecture !


Prologue

Nous eûmes une vision à notre retour d’Asie du Sud-Est : « Florimon, votre rôle sera dans les prochains mois de retourner la société et de lui montrer son cul ! » Les articles ci-dessous suivent nos humeurs et sont le récit de nos aventures décadentes, si souvent pathétiques. Ils sont, du reste, anecdotiques de notre personnalité. Jamais nous ne trichons, Fidèle ! Nous aimons toutefois jouer le jeu des autres, avec leurs propres règles. À Aix-en-Provence, cité de notre enfance dont nous découvrîmes alors une autre facette, plus superficielle, plus sale, il nous fut facile d’entrer dans celui de notre entourage du moment. Nous le fîmes bien, pensons-nous, jusqu’à l’ennui, qui dans notre cas est le signal pour bouleverser nos habitudes. Mais n’allons pas trop loin dans ce carnet ;restons à Aix pour le moment.


15 décembre 2003

Acte I

Nous rencontrâmes Sofiane samedi soir sur le chat de Wanadoo, un Arabe de 30 ans, professeur de musculation, pas franchement malin mais super bien foutu. Après quelques échanges, il nous proposa un plan cul. Nous lui répondîmes que c’était absolument hors de question puisqu’il ne pouvait nous recevoir et que, depuis Olivier, les plans en voiture ne nous intéressent plus. Il nous montra toutefois ses photos, et surtout promit de nous trouver des clients fortunés parmi les siens et de nous donner des cours particuliers quand il descendrait sur Aix.

Notre pensée profonde. Tu parles que nous acceptons, mon gars ! Allons baiser !

Il vint nous chercher près du Pasino et nous perdit dans la campagne, entre Aix-en-Provence et Marseille, lès un club hippique peu fréquenté le soir ; minuit sonnait. Lui était actif, voire super actif, et nous doutions qu’il se fût jamais fait enculer ! Nous parlâmes un moment dans la voiture avec lui puis, son siège baissé, nous déplaçâmes sur lui à cheval – l’endroit étant somme toute le mieux indiqué pour telle acrobatie. Nous l’embrassâmes, caressâmes son sexe bandant à travers son pantalon pour finalement le doucement ôter. Nous nous trémoussâmes sur lui, rien de très original, mais suffisant pour le faire jouir une première fois avant d’entreprendre quoi que ce fût d’autre, le laissant inonder nos torses rapprochés de son sperme chaud mêlé de pisse. La sensation était agréable, notre appétit s’échauffa. Plus il en redemandait, plus nous, docile, continuions. Nous l’embrassâmes, descendîmes sur son torse bien dessiné et humide, l’embrassâmes à nouveau, glissâmes sur lui, promenant notre langue sur son sexe énorme, le suçant avec plaisir. Il exaltait ! Nous remontâmes pour l’embrasser quand il nous dit qu’il voulait nous prendre. Sans nous faire prier, à quatre pattes, il nous pénétra sur le siège avant de sa Golf – il était vraiment bien monté ! Nous prîmes énormément de plaisir, probablement plus que lui qui jouit une seconde fois, dans nos profondeurs, lâchant un souffle viril. Il se retira et nous parlâmes à nouveau de tout et de rien. La conversation n’est jamais très fine dans un tel moment lorsque celui-ci est partagé avec quelqu’un que nous n’apprécions guère plus que pour son cul et sa bite. Après cinq minutes environ, nous n’en pouvions plus et reprîmes notre jeu. Cette fois-ci, c’est nous qui montâmes sur lui, en amazone, pour guider son membre qui nous pénétrait avec force, prenant toujours plus de plaisir. De son côté, il prit notre sexe dans sa main et le branla. Notre sperme allait s’écouler, nous accélérâmes notre mouvement pour le faire jouir en même temps. Nous déchargeâmes dans sa main, lui dans nos jolies fesses, une troisième fois. Nous étions épuisé, la condensation ruisselait sur les vitres. Nous nous reposâmes un instant sur lui avant de lui demander de nous reconduire.

Acte II

Hier soir, Sofiane nous recontacta pour nous proposer un plan à trois sur Marseille, chez quelqu’un qu’il venait de rencontrer sur le tchat. Nous nous étions beaucoup amusé samedi avec lui et acceptâmes sa proposition. Par ailleurs, c’est toujours fun d’aller chez les gens, pour s’y instruire. Il vint nous chercher comme la dernière fois au Pasino. Sur le trajet jusques à Marseille, il nous parla de Thomas, 22 ans, le mec chez qui nous devions nous rendre, le problème étant que Sofiane ne savait pas à quoi il ressemblait vraiment. Arrivé devant sa porte, lieu du rendez-vous, il passa avec la voiture sans s’arrêter pour voir à quoi lui et nous-même avions affaire. Thomas s’était dit mignon ; Diable, qu’il était gros et moche ! Nous prévînmes Sofiane qu’il était absolument hors de question que ce… mec… nous touchât, même pour un million. Hélas n’étions-nous pas venu pour rien et il voulait profiter de la chambre. Dans le couloir, nous fîmes clairement remarquer à Thomas que nous étions venu seulement en pensant trouver un mec mignon mais que lui n’était pas notre type et qu’il ne nous toucherait qu’en rêve ! Son appartement se trouvait dans une résidence étudiante ; lui était vacataire d’histoire dans un lycée. Nous entrâmes, il nous proposa fort heureusement à boire et les choses s’installèrent. Alors que Thomas suçait Sofiane sur son lit, son gros cul en l’air, nous regardions un film en VO sur Canal+, juste à côté d’eux, assis sur une chaise et complètement impassible à ce médiocre épisode, n’attendant qu’une chose : nous faire bourrer comme deux jours plus tôt ! Thomas repu et parti, nous rejoignîmes Sofiane sur le lit, nous déshabillâmes sous ses caresses, bandant déjà à l’idée de retrouver ce sexe qui nous avait tant fait jouir, nous couchâmes sur le dos, lui sur nous et après d’assez longs préliminaires où se mêlèrent baisers et pipes, il releva nos jambes et mouilla notre rondelle mendiante avec sa langue. Sans attendre, nous le priâmes de nous enculer et son sexe nous pénétra d’un coup d’un seul, avec vigueur toujours. Dans des cris contenus, nous jouions un vrai film porno devant un spectateur, Thomas, qui corrigeait ses copies. Sofiane nous embrassait, nous le sentions venir quand, sa main sur notre sexe qu’il branlait depuis le début, il nous inonda, plongeant jusques aux couilles son sexe dans nos jolies fesses. Après cela, nous parlâmes un peu avec Thomas, dans l’unique but de reprendre de plus belle. Cette fois, nous ne voulions pas que Sofiane nous enculât. Nous avions envie de le chauffer, le tenter, le percer ! Nous étions allongé sur le dos, lui sur nous, toujours. Nous lui caressions son membre alors que le nôtre forçait l’entrée de son cul imberbe et chaud qu’il tenait fermé. Nous essayâmes de le convaincre de se détendre mais nos assauts restèrent sans effet. Finalement, nous ne déchargeâmes pas cette soirée-là mais l’aventure n’en fut que plus intéressante. Nous dûmes rester dans le lit de Thomas, un mec que nous ne connaissions ni des dents ni des lèvres et pour lequel nous n’éprouvions que mépris injustifié, une heure trente environ. Sofiane nous reconduisit ensuite sur Aix et nous lâcha à la Rotonde.

Acte III

Nous avions encore trente minutes de marche au moins pour rentrer chez notre sœur, où nous logeons en ce moment, et il ne faisait pas chaud dehors. Nous avions les pattes gelées et un enthousiasme de marmotte. Après une soirée si follement jouissive, tout ce que nous voulions était prendre une douche et nous pieuter. Enfin… Il nous fallait bien rentrer ! Nous fîmes cent mètres et devine sur quoi nous tombâmes, Fidèle ? Un homo des rues ! C’est à dire un mec qui tourne dans sa voiture à la recherche d’une proie ; il descendait le cours Mirabeau. Nous le sentîmes venir et il nous suffit d’un coup d’œil pour savoir que nous ne rentrerions pas à pattes ce soir-là… Nous lui lançâmes donc un regard aguicheur (le fameux regard gay) qu’il ne comprit pas tout de suite. Il nous suivit, nous devança parfois pour voir plus loin quel chemin nous prenions et nous dûmes remonter le cours et la rue d’Italie en le regardant à chaque occasion pour qu’enfin il s’arrêtât et nous demandât s’il pouvait nous déposer quelque part. Ce con aurait pu nous épargner de marcher si longtemps et puis nous n’aimions pas être chassé ; notre génie cruel de manipulateur entra en scène pour réclamer vengeance ! Nous jouâmes le frêle innocent, il nous demanda où nous voulions aller, ajouta qu’il pouvait nous y déposer et nous lui répondîmes que nous rentrions chez nous mais que nous n’avions pas vraiment envie de… de ce qui vient habituellement après quoi… quand on monte dans une voiture avec un inconnu… Il nous promit qu’il n’y aurait rien et après une hésitation mille fois oscarisée, nous déniâmes monter dans sa Twingo noire. Notre chauffeur jetable devait approcher les 45 ans. Nous parlâmes pendant le trajet, nous inventant une vie au fur et mesure de ses questions. Nous ne voulions pas sembler trop novice – notre rôle ne le voulait pas – alors lui annonçâmes-nous, comme cela, que pour deux-cents euros nous pouvions rester un peu plus, sachant que le pauvre possédait à peine de quoi se payer l’essence le soir pour sa chasse. Il ne sut que répondre, nous demanda si nous étions sérieux et, comme prévu, refusa notre offre, désorienté par notre nouvelle assurance. Arrivés près de chez notre sœur, nous lui fîmes signe de nous déposer et, avant de sortir, nous lui demandâmes s’il n’y avait vraiment RIEN que nous puissions faire pour le remercier de ce trajet, ajoutant que tout service se payait, naturellement ! Il nous répondit, pauvre timide, que non, que c’était sincère et désintéressé, qu’il n’avait besoin de rien, que nous étions sympa et que c’était de bonne grâce… Bref, des conneries du genre ! Nous fîmes donc mine de sortir.

Nous, d’un air envieux . Dommage, je suis sûr que j’aurais pu faire quelque chose mais bon, comme tu veux pas… !

Surpris, une nouvelle fois, il nous dit qu’un baiser… peut-être… Souriant intérieurement (nous avions vaincu !), nous refermâmes la portière et enfonçâmes le pieu du chasseur dans le chasseur. Nous nous approchâmes de lui, le levier de vitesse pour seul barrière, l’embrassâmes avec une main derrière la nuque, l’embrassâmes bien, le laissâmes nous caresser le sexe, ne bandant pas, ne retenant de cette scène que le plaisir d’un jeu bien monté ! Nous retirâmes notre langue de sa bouche, il nous dit que nous embrassions bien, il pensait la chasse payante quand nous lui tapâmes la nuque doucement avec la main et le regardâmes dans les yeux.

Nous . Ainsi, ce soir, même mon chewing-gum aura senti quelque chose !

Nous lui tapâmes à nouveau la joue. As-tu vu The Truman Show avec Jim Carrey, Fidèle ? À la fin, Truman finit sur un mot, un « Ouais ! » qui veut dire : « Brave homme, je t’ai eu mais j’ai pitié de toi ! » Et bien la petite claque sur la joue voulait tout à fait dire cela : « Ouais, brave homme, tu peux retourner dans tes rêves maintenant et penser, seul la main sur ton sexe, à ce que tu viens de rater ! » Nous sortîmes de la voiture, lui souhaitant une bonne soirée, traversâmes la rue, jetâmes le chewing-gum devant lui au pied d’un platane et le laissâmes, bandant et seul, dans sa Twingo noire. « Salope notoire ! » Oui, et alors ? Cependant, la pièce achevée, le rideau baissé, le personnage redevient-il la personne… Il paraît !


11 juillet 2004

Aix-en-Provence (France).

Nous allâmes pour la première fois à Andorre les 8 et 9 juin derniers, voir Éric, un client. Onze heures de voyage, trois trains puis un bus pour franchir les cols : un véritable périple pour y seulement passer la nuit ! Heureusement Éric était-il sympa et mangeâmes-nous dans un excellent restaurant chinois.
Nous y retournâmes trois jours là. Franchement, il géra plutôt bien la chose : restaurant le soir à l’hôtel Plaza, visite de l’église de Meritxel le lendemain, déjeuner à l’Ermitage, shopping à Andorre-la-Vieille, le même resto chinois que la fois précédente, la nuit au Mort Qui T’ha Mort (une boite dite gay), et mieux que tout le dernier après-midi aux thermes de Caldéa. Le bonheur aquatique, un véritable festival « son et eau » dont il faut absolument voir un jour la splendeur, sous les cimes pyrénéennes ! Après un bon massage facial de quarante-cinq minutes et un repas à l’Aquarius, nous reprîmes tout pimpant notre train, onze heures de voyage toujours mais étrangement beaucoup plus supportables. Vive la prostitution !


26 juillet 2004

Aix-en-Provence (France).

Soirée enrichissante, en tous points de vue, encore ! Nous passâmes avec Philippe, un client, la nuit de samedi aux Trois Maillets, rue Galande, quartier Saint-Jacques (il nous semble, nous étions pinté). Ce pub-bar-restaurant-cabaret au sous-sol est simplement terrible ! Nous te le recommandons vivement, Fidèle, d’autant plus que, d’après Philippe, seuls les vrais Parisiens connaissent, ne figurant dans aucun guide. Par contre, nous y brûlâmes notre pantalon avec la cire d’une bougie en tentant désespérément d’allumer notre clope avec ; quel con ! Nous devions vraiment être pinté à 6 heures quand nous en sortîmes. D’ailleurs, nous pensons avoir baptisé une Merco devant Phiippe ; la classe, bébé !
Dimanche, Tour de France. Un bordel monstre sur Rivoli ! Nous voulions faire du shopping. Impossible, trop de touristes agitant frénétiquement leurs drapeaux ridicules ; une demi-heure pour nous rendre de la sortie des Tuileries à Rivoli ; la merde quoi ! Nous eûmes même droit à « Grand-Mère sait faire son putain de du bon café ! » remixé par la caravane publicitaire pendant près de deux heures ; formidable ! Nous n’étions pas préparé à cela, ni mécontent de retrouver au soir la relative tranquillité de la Provence. Retour chez nous donc, le feu, logique ! Nous ramenâmes un TGV entier de pompiers de la BSPP pour l’occasion, tous trop beaux mais en service. Vive l’Été !


4 septembre 2004

Aix-en-Provence (France).

Virginie, une amie, et nous-même allâmes hier à la Foire internationale de Marseille pour assister à la journée officielle de l’Algérie. C’est accueilli à l’entrée du parc Chanot en VIP par une hôtesse que nous entrâmes, libre de visiter les expositions avant le cocktail dînatoire de 17h30. Ne nous demande pas, Fidèle, pourquoi nous devions assister à ce banquet ; ni elle ni nous n’étions au courant. Nous avions des invitations écrites par le directeur du pavillon, pourquoi nous en serions-nous privés, n’est-ce pas ? À la sortie des expositions de mode, un bus de l’Établissement du sang français attendait les donneurs. Nous invitâmes Virginie à tenter l’expérience. Pour notre part, nous avions déjà donné quinze fois depuis le lycée. Elle, était vierge de toute pénétration (de ce genre). Nous entrâmes dans le bus, la tension était à son comble. Non ! En fait, ça sentait surtout la collation offerte. On nous donna à boire et nous dûmes remplir le traditionnel et bien débile formulaire de questions connes. Virginie passa la première dans le cabinet. Tout se passa bien (elle mentit sur son orientation sexuelle) et elle s’apprêtait à subir l’épreuve tant redoutée lorsque vint notre tour. Nous entrâmes en confiance, l’habitude ne trompant pas, nous assîmes et poussâmes l’expérience jusques à plaisanter avec le médecin qui nous demanda si nous avions déjà eu des relations homosexuelles. C’était trop tentant !

Nous . Oui, évidemment, je suis gay !

Elle ferma notre dossier.

Le médecin. Je suis désolée, Monsieur, je ne peux pas prendre votre sang.
Nous . Pourquoi ça ? Ça fait déjà quinze fois que je le donne et je ne suis pas gay d’hier, vous savez !
Le médecin . C’est tout simplement interdit ! C’est une loi parlementaire et nous considérons qu’il y a plus de risques chez les homosexuels, vu les pratiques auxquelles ils s’adonnent dans leur milieu.
Nous . Là, je suis d’accord avec vous, mais quand même je suis conscient des choses, je me protège autant que n’importe quel hétéro, sinon plus.
Le médecin . Je suis désolée, je vais devoir clore votre dossier, à vie.
Nous . À vie ?
Le médecin . Une seule relation homosexuelle suffit à vous interdire de donner votre sang à l’EFS ; vous avez un code-barres, vous ne pourrez plus venir chez nous à vie, c’est comme ça.
Nous . Bien… Personnellement, je n’y gagne rien à donner, je fais ça par civisme. Permettez-moi de vous dire que je trouve absurde d’en arriver là. D’autant que le sang que vous prélevez est testé avant d’être transfusé. Enfin, vous êtes médecin, je ne vais pas discuter non plus, c’est juste absurde.

Embarrassée, elle ferma le débat en même temps que notre dossier. Désormais donc, à vie, notre code-barres nous interdit de donner notre sang… Fuck la charité et vive la discrimination !

La masse inculte. Eh les mecs, r’gardez y’a Florimon là-bas ! – Hein, qui ça ? – Mais si, Florimon-Louis de Kerloar, le pédé marqué ! – Ah ouais, c’est vrai, j’avais entendu cette histoire, on devrait les gazer ces gens-là ! – Ouais, trop pas bien d’êt’ pédé, devraient même pas avoir l’droit d’respirer notre air !

Passons. Nous rejoignîmes Virginie qui donnait son sang et était prête à sombrer alors que l’infirmière soulevait son fauteuil pour lui redonner des couleurs. Une deuxième collation nous fut servie et nous lui racontâmes ce qu’il venait de se passer. Nous lui en avions fait part avant – nous savons bien que les homosexuels n’ont pas le droit de donner leur sang – mais, par esprit purement anti-cons, nous avions toujours menti à ce sujet, sauf ce jour-là, parfaite justification d’une rumeur, belle et bien fondée, la salope ! Par ailleurs, il faut bien l’avouer, notre vie sexuelle n’est plus aussi saine qu’il y a quelques mois… Mais quand même, la raison de notre ire n’est pas personnelle. Un peu plus tard, le médecin de l’EFS nous rappela pour nous demander d’une voie mielleuse à souhait si nous pouvions repasser au bus pour faire des analyses afin de clore notre dossier. À la bonne heure, Virginie et nous-même avions encore un petit creux. Il s’agissait de cinq tubes à essais : hépatites, sérologie, tout l’touti quoi ! Sans oublier celui qui sera congelé pendant dix ans. On sait jamais, des fois qu’on s’plaigne, notre sang d’homo jouera l’excuse médiatique ! Le médecin nous remercia finalement d’avoir accepté de revenir ; il n’y avait aucune raison de refuser de toute manière. Elle nous confia qu’à notre place, elle aurait depuis longtemps perdu patience. Elle avait passé un coup de fil et son supérieur lui avait dit que de nouvelles lois… conneries, conneries, conneries… C’est sans importance ! Nous passâmes en priorité et l’infirmière qui nous préleva fut dépitée en entendant notre récit.

L’infirmière . L’EFS homophobe maintenant, ça alors ! J’aurais jamais cru ça !
Nous . Et pourtant…

Nous sortîmes du bus et continuâmes notre visite par une glace et un crash test en Clio avec la Sécurité routière. Au passage, il est interdit en voiture de : porter une casquette, croiser les jambes, porter la ceinture sous le bras, laisser traîner des CD, des livres, des bouteilles, ou quoi que ce soit hors des compartiments prévus à cet effet ; il est naturellement interdit de fumer, de téléphoner, de conduire pinté, de tourner la tête pour parler à son voisin, de l’écouter d’ailleurs. Quant à la musique… Non plus ! N’écoute surtout pas Rire et Chansons, Fidèle, tu risquerais d’avoir une crampe d’estomac et d’être responsable d’une catastrophe sur l’A8. Tout cela pour un délire entre deux jeunes qui simulaient un accident en rentrant du Spartacus, pintés, et qui n’en avaient vraiment rien à foutre de savoir si oui ou non ils voulaient allaient retrouver leur vie d’after. Passons cela également. Électrisé, nous passâmes au cocktail. Bon, OK !, nous n’avions pas la tenue, mais on n’allait pas non plus nous interdire d’entrer alors que nous étions invités ; merde quoi ! À l’entrée de la tente, notre hôte confia au creux de notre oreille précieuse que nous ne portions vraiment pas une tenue appropriée mais que nous pouvions entrer, quand même. Nous n’avions pourtant rien à faire là, reconnaissons-le. Pour preuve, devant la maquette d’un port, pensant reconnaître la corniche Kennedy, un mec se retourna pour nous dire qu’il s’agissait du port autonome d’Alger. Hum… Au temps pour nous ! Qu’il s’agisse d’Algériens ou de Français, quand on parle bouffe, ce sont tous de vulgaires estomacs sur pattes ! Virginie ne put même pas réussir à trouver un canapé ; quant à nous, nous dûmes littéralement nous battre avec une mama en plumes pour le dernier sandwich au jambon. Tu parles d’un dîner mondain ! Pour s’en mettre plein la panse comme des porcs, à quoi bon imposer une tenue respectable ? Expulsé vers la sortie, où se trouvait en définitive notre place, rentrer à nouveau n’aurait été que folie. Nous nous séparâmes de Virginie dans le métropolitain. Dans le TER pour Aix-en-Provence, nous repensâmes à tous ces interdits et une incompréhension nous vint à l’esprit. Nous passâmes en 2003 six mois en Asie du Sud-Est. Nous travaillions dans un orphelinat et soignions des enfants sidéens, sans gants inutiles pour ne pas les perturber (choix personnel). Nous vivions avec eux, partagions tout. Ensuite, nous allâmes en Malaisie. À la frontière, nous dûmes subir des tests de température car nous étions en pleine zone de pneumonie atypique. Dans notre vie, nous risquâmes même les attaques à l’anthrax en Floride, après avoir assisté à l’effondrement du World Trade Center en direct sur Fox News, et nous ne savons quoi encore… À notre retour d’Asie du Sud-Est, nous parlâmes de tout cela au médecin de l’EFS au CHU d’Aix-en-Provence, on nous fit des tests et nous pûmes redonner notre sang en janvier. Et nous ne pouvons plus le donner À VIE parce que nous sommes homo ? Serait-ce une si grave maladie ? Nous commençons de nous le demander ! Invoquer le prétexte que le SIDA se propage plus vite dans le milieu gay n’est pas suffisant pour nous interdire de donner. Attention ! Samedi soir nous étions au Spartacus, donc forcément nous visitâmes la backroom et nous fîmes prendre par tous les plus gros pervers alcooliques, tatoués et infectés de la boîte ; logique de l’EFS ? On dirait bien ! À nous on interdit de donner notre sang. À ceux qui l’ont contaminé il y a quelques années, on leur permet encore une existence politique. Veuillez nous pardonner dès lors ne n’être qu’un simple citoyen ! À bon entendeur, allez vous faire foutre !


20 septembre 2004

Aix-en-Provence (France).

Notre dernier mandat : huit jours en Guadeloupe du 11 au 19 septembre, dans une immense propriété entourée de canne à sucre, loin de tout, à regarder CanalSat ou à profiter de la piscine de quatorze mètres à débordement, une verre de rhum jamais loin ; c’était d’un ennui, Fidèle, comme tu n’as pas idée ! Nous revînmes de cette aventure plus enrichi, certes, mais nous ne comprendrons jamais pourquoi nous avoir fait venir de si loin pour à peine profiter de nos services. Oserions-nous être vexé que nous le serions ! D’un autre côté, n’est pas homo qui veut ! Il faut une certaine dose de problèmes dans la tête pour cela, rechercher au minimum la déviance. Producteur de rhum, notre client devait sans doute associer son travail à la dégustation plus que nécessaire. Brave et honnête homme, nous pouvons en témoigner mais de là à avoir un gode niché à la place du cerveau, tout de même ! En Guadeloupe, c’est simple et si peu caricatural, les métropolitains gays sont tous ou presque des bites en esprit ; quant aux locaux ils sont tous ou presque idiots. Sordide critique, convenons-en, pleine de conneries, mais nous n’aimons pas rester sur notre faim, voilà tout. Avouons cependant que nous ne regrettons pas cette expérience, loin de là ; au contraire, ça pète de pouvoir dire d’un air snob et imbuvable : « C’était d’un ennui cette année, la Guadeloupe ! La prochaine fois, chéri, nous irons à Dubaï ! »


7 octobre 2004

Amphi C, faculté de Lettres et Sciences Humaines d’Aix-en-Provence (France), 18h37.

Un enseignant blatère sur son podium et passe de Jean-Jacques Rousseau à Marguerite Yourcenar pour nous prouver que Mimêsis est selon Platon la confusion de tout. Face à un tel désordre, comment ne pas sombrer dans la caverne de l’absolu désespoir ? Nous écrivons donc sans grande inspiration, ce cours d’esthétique inhibant nos pensées. Un brouhaha émerge de notre incompréhension et il semble que chaque mot glisse sur notre autel sans qu’il puisse accrocher notre attention. D’un autre côté, nous ne sommes ici que par observation et ne tirerons de cette expérience qu’un goût pour l’art fortement modéré par un orateur dépité devant tant de nullité académique. Il faut bien avouer que la grande majorité des étudiants présents dans cette amphithéâtre ne sait même pas pourquoi elle y est…

18h45.

L’introduction s’achève ; courage, nous sortirons de ce cours vers 20 heures. Platon, La République… Rien que le titre nous fait pousser des herpès. Vive l’aristocratie ! Platon condamne et nous, pauvre âme spiritueuse, décrochons de nouveau. « Ça va jusque là ? », demande le professeur. Nous répondons : « Est-ce par timidité ou désespoir que tout le monde ne dit mot et n’ose avouer son errance intellectuelle ? » Parole, geste, danse, apparence et mouvement des animaux et des Hommes. C’est cela Mimêsis ! Oui ! Nous l’avons enfin en notre possession, ce terme ! Mimêsis est donc l’origine du théâtre, de la tragédie. Elle est l’imitation de la réalité des sentiments. Mimêsis, c’est notre copine ! Passons. Platon distingue ce qui est aux normes de l’exposition d’un récit par le poète sans volonté de l’imiter intégralement, telle Mimêsis. Il prend partie pour cette forme d’exposition. Ainsi est-il nécessaire de distinguer toujours l’image de son modèle et Platon pose cela déjà dans le livre III de La République. Nous sommes atterré ! Un antique philosophe grec vient de nous parler à travers ce petit bonhomme en bas de l’amphi. Nous voyons des mots… Achevez-nous, nous devenons fou, nous ne faisons plus la différence entre notre image et nous-même. Que nous arrive-t-il ? Nous sommes fou. Nous voyons des mots partout. Sommes-nous ces mots ? Est-ce nous qui les dictons ou notre image qui nous les impose ?

19h02.

Première question conne : une fille dans les premiers rangs ne comprend pas le mot anthropomorphisme… Quand nous t’écrivons, Fidèle, qu’il y a des étudiants qui sont à la faculté sans savoir pourquoi ils y sont, il faut nous croire ! Platon critique l’impressionnisme. Les questions connes fusent, les étudiants fuient, une heure de cours à peine après le début des festivités. Tant de courage, de volonté et de sérieux sont saisissants ! Notons quand même que si nous étions ici pour apprendre quelque chose et non pour accompagner Niko, un ami, nous aurions déjà emprunté furtivement la porte de secours en haut à gauche.

19h13.

Une pause ; est-ce tellement nécessaire ?

19h26.

Reprise. Encore quelques mots sur ce que nous venons de développer et après nous aurons droit à une séance diapos. Lumineuse idée !
Voilà, nous le savions, la coupure coupa notre élan. Deux heures de cours, que Diable ! Une pause était-elle absolument indispensable ? Les cancéreuses démangeaient-elle à ce point leurs poumons ingrats ? Platon se sert souvent d’une analogie entre la peinture et le miroir – le reflet séculaire – car elle peut tout représenter d’une part, et qu’elle a une fonction presque magique, une fonction de prodige. Le miroir était représenté dans l’Antiquité comme lieu d’apparitions. « Ô mon beau Miroir, dis-moi qui est la plus belle ? »
Le blanc écran s’affiche. Représentation !


21 octobre 2004

T’es-tu déjà promené, Fidèle, le long d’un parc, la nuit, dans une grande ville ? As-tu déjà eu le sentiment dans ta vie de passer pour un morceau de viande que l’on aimerait embrocher ? Enfin, n’as-tu jamais remarqué comme les hommes s’avilissent parfois au point de passer pour les plus ineffables pervers que la société ait connus ? Des animaux… Non ! Des bêtes humaines plus précisément, des singes de foire auxquels il ne faut jamais, jamais, confier tes cacahuètes ! Fidèle, je te souhaite la bienvenue dans le monde merveilleux de l’homo des rues.
Hier soir, nous ressentîmes l’envie subite d’aller à la chasse aux idées. Nous songeâmes tout d’abord à parcourir les bars et les pubs du centre-ville aixois pour y trouver un vieil alcoolique beurré qui nous aurait conté, au son d’une douce mélodie métallique, sa dernière vision. Toutefois, nous nous souvînmes que nous avions toujours voulu écrire sur le défilé de guimbardes, avenue des Armées d’Afrique, qui s’y produit tous les soirs. « Tiens ! Voilà du boudin ! Voilà du boudin ! » Depuis le parc Jourdan jusques au viaduc du TER en bas de l’avenue, un lieu de drague gay connu de toute la région. Sur les trottoirs, les places de parking, la route même, c’est l’invasion, l’ultime chance de ne pas passer sa nuit son prochain quart d’heure seul. Qu’il vente, qu’il pleuve ou qu’il neige, rien à faire : l’homo des rues est toujours présent ici, prêt à bondir. Il rode telle une femelle en chaleur à la recherche de son coup du soir dont il n’attend qu’une chose : la plus intime soumission. Te donner plus de détails serait purement explétif, nous nous en passerons donc. Nous descendîmes cette avenue depuis le parc Jourdan, nous attardant sur une démarche lente et appliquée ; il était 00h13. Il y avait encore du peuple dans la rue, la cité universitaire toujours ouverte, le club de salsa toujours plein. Les voitures bordaient la route et nous dûmes hélas attendre de passer le pont du Coton-Rouge pour laisser le champ libre à nos investigations. La parade commençait, les voitures montaient et descendaient. Ce sont toujours les mêmes d’un soir à l’autre, certains s’ajoutant parfois et d’autres partant voir ailleurs si la cueillette est meilleure – les fleurs y étant peut-être plus ouvertes, va savoir… Nous ne nous fîmes pas aborder cette fois-là, il leur fallait d’abord voir et revoir si nous étions suffisamment convenable à leurs attentes – nous n’avions heureusement aucun doute là-dessus. Une Renault Kangoo passa, ralentit ; nous regardâmes son chauffeur, où plutôt la place qu’il devait occuper car avec les pleins phares dans les yeux et les fenêtres fermées, nous n’avions guère d’autre choix. L’homo des rues ne refoule pas le courage et l’assurance, vois-tu ! À grand-peine, nous maintînmes notre regard et passâmes notre route : la cible était accrochée et nous n’eûmes pas besoin de plus de deux minutes pour nous en assurer, le temps pour elle de faire demi-tour en haut de l’avenue et de rééditer son passage. Cette fois, nous étions du bon côté de la route ; la voiture passa, se rangea plus loin. La technique d’approche changea, les feux s’éteignirent, la vitre à la place du mort s’entrouvrit, laissant un léger filet d’air envahir la pesante atmosphère que dégageait cet animal en rut. Là, l’homo des rues offre trois variantes : la première consiste à allumer son portable et feindre la rédaction d’un SMS ; la seconde à attendre que l’on tape à sa vitre pour lui demander naïvement sa route, ou peut-être combien il propose, ou encore tout simplement ce qu’il recherche ; la troisième enfin à ouvrir une conversation niaise d’un : « Bonsoir jeune et tendre morceau de viande ! », « Que fais-tu seul dans la rue à cette heure-ci ? », « Tu vis chez tes parents ? », « Tu es perdu ? », où, comme nous l’entendîmes une fois : « Tu connais un endroit où on peut draguer ici ? » Le pire est qu’ils pensent réellement être en train de draguer… Tu parles ! Ils draguent comme on drague un étang, à savoir on ramasse tout ce qui traîne et on s’en accommode ! Celui-là nous proposa la seconde variante. Nous n’approchâmes pas notre nez de son antre, de peur d’y sentir une pâle odeur de syphilis. Nous jetâmes seulement un rapide regard aguicheur en passant devant sa voiture pour joindre le trottoir d’en face, histoire de ne pas perdre un si précieux sujet d’étude. De l’autre côté, sur le parking de la crèche (!), ce sont parfois dix à quinze voitures, les jours de grand rassemblement, qui se côtoient. Nous ne poussâmes pas l’expérience de nous y rendre pour parler avec ces mecs qui, c’est une évidence, sont de vraies têtes pensantes. Un jour peut-être irons-nous engager la conversation sur la pensée pascalienne et son influence sur l’histoire de l’Ancien régime mais, pour l’heure, nous préférâmes jouer la carte de la médiocrité qui semblait, ne leur en déplaise, plus idoine. Une bande était regroupée autour d’une Clio grise. Nous la fixâmes en passant et, passé, les portières se fermèrent et les moteurs s’échauffèrent. Nous tournâmes sur l’avenue Jules Ferry. Certains nous auraient déjà collé au cul si un feu rouge ne s’était pas interposé. Finalement, une seule voiture s’engagea. Elle nous suivit, passa au ralenti, laissant son chauffeur nous reluquer derrière sa vitre, toujours fermée. Un peu plus loin encore, nous retrouvâmes la voiture rangée sur notre côté, son chauffeur au volant, tout moteur coupé et vitre grande ouverte. Nous passâmes sans le regarder puis revînmes sur nos pas, nous baissâmes, le saluâmes et lui demandâmes de la plus naïve des façons pourquoi il nous suivait ainsi. Il nous répondit qu’il nous trouvait charmant et qu’il aimerait… Nous le coupâmes en lui répondant que nous n’étions pas débile et que nous connaissions très bien ce lieu mais que nous n’y étions pas pour trouver notre coup du soir, que nous ne faisions que passer. Nous ajoutâmes que nous trouvions pathétique de s’adonner à de telles rencontres, dans la rue, tels des chiens en manque. Le chien avait mordu et la conversation s’installa. Tant pis pour Pascal ! Il s’agissait pour lui désormais de légitimer cet endroit. Notre cobaye d’environ 40 ans nous expliqua donc qu’il avait un copain (de notre âge) mais que de temps en temps il avait envie d’aller voir ailleurs et que cet endroit était indiqué comme le plus efficace. Il argua pour cela que les mecs qui venaient ici ne se posaient pas de questions, ne se prenaient pas la tête, que nous devions être flatté de nous sentir ainsi désiré, etc., etc., etc.

Notre pensée profonde . Bouffon, quand nous marchons dans la rue et que nous attirons le regard de mecs qui cherchent à mettre au chaud leurs bijoux de famille, nous ne nous sentons pas flatté, tout juste dégoûté !

Nous continuâmes en lui faisant prendre conscience que si nous cherchions un plan cul, nous dirigerions nos recherches vers un mec mignon de notre âge qui roulerait dans autre chose qu’une AX vieille de dix ans. Nous terminâmes en lui souhaitant de trouver le fruit de sa convoitise dans ce marché ambulant et de ne plus nous suivre car il perdrait son temps et que nous n’aimerions pas avoir à attester de son harcèlement. Vexé probablement, mais refroidit, il remit le contact et fuit la queue entre les jambes. Il était près de 00h45 et les festivités ne faisaient que commencer en haut mais nous devions réfléchir alors fîmes-nous le tour de l’Arc par la rivière et remontâmes ensuite par l’IUT. Trente minutes s’écoulèrent ainsi. Il nous fallait rejoindre le centre-ville et nous n’avions pas encore toutes les observations dont nous avions besoin pour notre article. Nous envisageâmes donc un second passage. Il y avait beaucoup moins de monde qu’au premier et nous ne retrouvâmes pas le mec à l’AX ; sans blague ! De nouveaux étaient arrivés en revanche, de nouveaux sujets d’étude, des petites souris de laboratoires toutes prêtes à être disséquées… Malheureusement, personne ne nous aborda. Toutefois, juste après le viaduc, nous passâmes devant un mec planté sur le trottoir dont le visage nous était familier. Étrange, nous n’arrivions pas à le remettre. En remontant, nous réfléchîmes sans trouver. Nous nous assîmes un moment sur un banc, devant le passage souterrain qui conduit à la fac de Lettres et la chose nous revint. Nous l’avions croisé au Mediterranean Boy, dit Med Boy, LE bar gay en centre ville. Nous pensions en venant ici que les mecs que l’on y croisait étaient des gens de passage, des homos refoulés, des mecs mariés, des pervers, des prostitués, des… des mecs sans imagination, incapables de trouver leur bonheur autre part que sur du bitume. Et bien non, il y avait aussi des mecs que nous croisions dans la rue, dans les bars, dans notre entourage ; shame! Bon, d’un autre côté, nous adorons le Med Boy mais la crème de la société n’y est pas représentative. Même si nous nous y amusons bien, souvent, la clientèle pue le Milieu.
Avant d’achever cet article, précisons que ce qui nous gène, ce ne sont pas les mecs qui cherchent un plan cul ou ceux qui trompent leur copain ou les mecs mariés avides de nouvelles expériences, encore moins les prostitués, évidemment. Nous trouvons écœurant en revanche que tout ce petit monde vienne dans la rue, dans un endroit bien précis, parader dans des voitures minables d’un parking à un autre, prêt à sauter sur le premier passant venu, et près d’une crèche surtout !

La gosse . Papa, t’es vilain, tu m’as mentie ! Les bébés naissent pas dans les mamans. Hier à l’école j’ai appris qu’ils naissent dans des petits sacs en plastique !
Son père . Comment ? Que dis-tu, ma chérie ?
La gosse . Ben oui, tu m’as dit que le papa met la petite graine dans la maman avec son zizi et que neuf mois plus tard on a un bébé. Et ben non, t’es un menteur ! Hier j’ai trouvé des petites graines sous l’arrêt de bus, elles étaient enfermées dans un sac en plastique. Je l’ai ouvert pour libérer les bébés, j’ai même goûté et tu sais quoi, papa, ben ça a un drôle de goût les graines qui font les bébés !
Son père . Allo… Oui, Docteur ? J’aimerais prendre rendez-vous, s’il vous plaît… Une analyse oui… Oh oui, très longue je crois !

Bref ! Tout cela pour nous, c’est amusant, nous en jouons. Mais imagine, Fidèle, que certains reviennent là tous les soirs, qu’ils se préparent pour cela, qu’ils le prévoient même et que pour eux tout ceci porte un nom : draguer ! Pour nous, c’est une parade de coqs désespérés.


2 novembre 2004

Parfois, le thème d’un article nous tombe dessus alors que nous ne l’attendons plus. Il était 19h40 ; on frappa à notre porte. C’était notre propriétaire, nous lui devions le loyer d’octobre, nous étions en retard d’un mois depuis août, depuis que nous avions quitté Monoprix sur un caprice (nous en avions marre de bosser). Ce n’est pas la mort, un mois de retard ! Cela faisait pourtant trois mois que la comédie se jouait à cette même période. Nous la faisions traîner volontairement car, le payant en espèces, il ne voulait pas nous donner de quittances. Mais enfin, il voulait des comptes.
Remontons d’une semaine. Tout commença avec la lettre suivante :


« Aix-en-Provence, le 26 octobre 2004.
« Monsieur Viriot,
« À ce jour, vous ne m’avez toujours pas remis les quittances de loyer des mois de : mai, juin, juillet, août et septembre 2004. Je vous signale que celles-ci doivent être remises au locataire en échange du paiement du loyer, surtout si celui-ci est payé en espèces. Il reste donc, bien entendu, que mon loyer ne vous sera réglé désormais que si vous me remettez la quittance en compensation (Page 2, paragraphe VII du bail). J’ajoute que j’envisage vivement de recourir pour les mois qui suivent à un paiement par virement bancaire. J’en profite pour vous rappeler, également, que les joints des robinets n’ont toujours pas été changés, comme il était convenu lors de la signature du bail, le 1er mars 2004. Le bailleur est tenu de délivrer un logement en état et d’en assurer les réparations qui lui incombent (Page 2, paragraphe V du bail). Vous semblez être exigeant sur la régularité quant au paiement du loyer, alors soyez-le aussi en ce qui concerne vos obligations envers vos locataires.
« J’ose espérer que cette situation sera vite rétablie et, comptant sur votre compréhension, je vous prie de croire, Monsieur, en mes sentiments les plus respectueux.
« Florimon-Louis de Kerloar »

Nous la lui envoyâmes, sur les conseils avisés de notre mère, pour nous protéger. Payer en liquide et ne pas recevoir de quittance en échange ne nous plaisait guère. Et puis, autre chose nous dérangeait chez lui. À notre dernière entrevue, c’est-à-dire début octobre, lorsque nous lui payâmes septembre, il nous parla sur un ton menaçant, hautain, irrespectueux et surtout – la pire des choses que nous puissions concevoir chez un être intelligent –, il leva le ton, ce qui tendait à prouver qu’il ne l’était pas vraiment, intelligent ! Il menaça d’appeler nos parents. En gros : « Mais heuu ! Arrête ou j’le dis à ta maman ! » Il nous déclarait la guerre, soit, nous nous engagions ! Ce soir donc, il vint nous prévenir (bien tard) qu’il l’avait reçue.

Nous . Bonsoir !
Monsieur Viriot . J’ai bien reçu votre lettre. Il est où mon loyer d’octobre ?

Un veau beuglant n’aurait pas été plus direct. Nous sortîmes de notre appartement, il était hors de question qu’il y entrât. Il ne faisait pas froid dehors mais son haleine fétide et alcoolisée laissait échapper une vapeur entre les mots qu’il éructait.

Nous . Monsieur, je m’excuse mais je reçois de l’argent sur mon compte tous les 5 du mois et je vous donnerai votre loyer au plus vite, comme tous les mois.

Son esprit s’échauffa, notre calme et notre indifférence à ses bouillonnements gastriques semblaient l’énerver au plus haut point.

Nous . Je sais que j’ai un mois de retard, seulement je ne peux pas faire autrement. Je vous le réglerai dès que possible et tout rentrera dans l’ordre.
Monsieur Viriot . Non, c’est hors de question. De toute manière, vous allez recevoir un recommandé vous aussi, vous allez quitter l’appartement. Et pour le prélèvement, j’en veux pas.
Nous . Pourquoi ça ? De toute manière, je ne vais pas pouvoir faire autrement. N’ayant pas de quittance…
Monsieur Viriot . Je les ai vos quittances, dans la poche, mais je veux pas vous les donner.

Mort de rire ! Il aurait ajouté un : « Nah ! » que nous n’aurions pas été étonné.

Monsieur Viriot . Et pour les prélèvements, je ne suis pas d’accord. Si le prélèvement est refusé, ça va encore repousser d’un mois.
Notre pensée profonde . C’est surtout que tu ne déclares pas tout et que ça t’emmerde ; avoue, facho !
Nous . C’est malin ! Si je vous ai envoyé une lettre recommandée, c’est que je vous demande mes quittances depuis des mois et que je voulais me couvrir, c’est tout, y’a pas mort d’homme.
Notre pensée profonde . Tu nous fais chier, vieux con ! Nous t’avons vexé avec notre lettre ? Tu es rancunier ? Va te faire foutre !
Monsieur Viriot . Vous touchez la CAF, j’ai rempli le papier ! Je vais leur écrire. Je vais leur dire que vous n’êtes pas à jour et ils stopperont votre aide.
Notre pensée profonde . Nous aimerions bien voir ça !
Nous . Oui, c’est malin, encore une fois. Ainsi aurai-je moins de problème à l’avenir pour vous le régler, votre loyer…

Et tout cela avec le plus grand calme. Là, il alla aux boites aux lettres, regarda son courrier, sortit une lettre et nous continuâmes, de loin.

Nous . Monsieur Viriot, il me faut absolument mes quittances. Quant au prélèvement, je ne vais pas pouvoir faire autrement.
Monsieur Viriot . Vous n’aurez qu’à retirer l’argent à votre banque, en liquide !
Nous . Je ne vais pas pouvoir, pour raison personnelle.

Il faut nous avouer un don certain pour énerver les gens… Il s’apprêtait à partir, nous laissant comme un con mais nous continuâmes encore.

Nous . Monsieur Viriot, pour mes quittances, c’est important !

Il revint en mettant sa main sur la poche de son blouson miteux.

Monsieur Viriot . Je les ai là vos quittances, je vous les donnerai pas ! Vous allez recevoir une lettre pour aller vivre ailleurs. Si vous pouvez déjà !
Nous . Monsieur Viriot, je n’ai qu’un mois de retard et ce n’est pas condamnable, vous le savez très bien et c’est ça qui vous ennuie !
Notre pensée profonde . Touché !
Monsieur Viriot . Vous n’avez pas le droit d’avoir même un mois de retard. Vous allez avoir un mois de retard toute votre vie comme ça ?

Particulièrement drôle, la caricature d’opérette sur cette réplique.

Nous . Non, je vous le payerai dès que possible, lorsque je travaillerai.
Monsieur Viriot . Quand vous travaillerez… Oui, évidemment ! Vous avez de l’argent pour m’envoyer un recommandé mais pas pour votre loyer ? Et puis c’est en écoutant la musique toute la journée là-dedans que vous aller trouver un travail ?

Et en plus il nous espionnait ! Précisons que nous ne sommes que rarement chez nous (là-dedans) et que nous y laissons la musique en permanence pour Ophélie, notre ficus mélomane. Par ailleurs, que nous cherchions ou pas un travail n’était pas son problème. Nous aurions pu le payer si nous l’avions vraiment voulu, s’il avait fait preuve de respect, s’il nous avait donné nos quittances, si, enfin, il n’était pas qu’un gros con vulgaire, alcoolique et probablement homophobe !

Nous . C’est vraiment malin ! Ne soyez pas sarcastique, vous croyez que ça fait avancer les choses de sortir ça ?
Monsieur Viriot . Ne me cherchez pas la p’tite bête ! Elle est bien belle votre lettre mais vous allez voir, moi aussi je sais envoyer des recommandés, et bien montés. Je vais vous les donner vos quittances. Tenez ! Si le 5 je n’ai pas octobre, j’appelle la CAF !
Notre pensée profonde . Coulé !

C’est en voyant ce genre de mecs barbares, incultes et haineux que nous nous rendons compte que l’Homme n’a vraiment aucune chance de survivre à lui-même. On a déclaré des guerres pour moins que cela, tu sais, Fidèle ? C’est pathétique ! Nous prîmes nos quittances en le remerciant, il partit. Nous lui souhaitâmes sèchement la soirée bonne. Il est 20h33, nous attendons encore sa réponse…


8 novembre 2004

Nous passâmes encore notre après-midi à la faculté de Lettres. Nous devions à midi y rejoindre Niko et faire la connaissance d’un petit troupeau d’homos de FAG (une association gay que nous n’aimons pas) afin d’en tirer quelques anecdotes. Arrivé devant l’amphi H pour suivre un cours d’Histoire de l’art sur la Renaissance, il n’y avait personne. Niko finit par arriver seul. Dommage pour notre article, nous aurions tant voulu l’agrémenter de quelques croustillantes mais ce sera pour une fois prochaine. Nous ne revînmes toutefois pas l’esprit vide de cet après-midi académique. Après un cours fort intéressant sur la vertu de la noblesse pendant la Renaissance et sa représentation symbolique au travers de tableaux et de fresques, nous allâmes manger un sandwich plutôt sec à la cafétéria pour finir devant l’amphi Guyon vers 14h15. Là, nous rencontrâmes Nicolas (un autre, tous les Nicolas sont homos…), mignon et sympathique jeune homme qui était arrivé de Paris deux mois plus tôt pour suivre des études d’espagnol puis d’art plastique ici. Et le voilà, lui, inspirateur de ce présent article. Si le petit troupeau dont nous parlons plus haut était constitué de plusieurs homos primaires desquels il ne pouvait sortir qu’une insipide réflexion sur le manque absolu d’originalité inhérent au Milieu (nous n’en parlerons donc pas !), Nicolas nous parut en revanche quel que peu plus intéressant. Nous fûmes touché par son innocence ; il nous fit remonter le temps de dix mois en nous révélant le prénom de son nouveau copain rencontré samedi soir.
Le 18 décembre 2003, nous écrivîmes une lettre sur une incompréhension qui torturait notre esprit, encore inexpérimenté aux assauts pervers de la communauté homo*. Nous sommes attiré par les mecs et nous l’assumons depuis bien longtemps mais nous n’avions jamais avant notre retour d’Asie du Sud-Est pénétré cette enceinte aux mille dangers. Aujourd’hui nous sont-ils familiers et après nous en être amusés, finîmes-nous par nous en lasser, voire même nous en dégoûter. Nous rencontrâmes le copain de Nicolas à cette période alors que nous espérions encore trouver de la sincérité chez les homos qui, en fin de compte, semblent bien incapables de traduire le bonheur autrement que par une multitude de petits jeux sexuels qui ne mènent nulle part. Il est donc inutile que nous contions à nouveau ce chapitre de notre évolution, l’ayant déjà fait dans la lettre susnommée. En revanche, il convient d’analyser ce à quoi Nicolas, sans s’en douter, nous fit repenser. Si nous employons le terme innocence, c’est uniquement pour ne pas pousser notre réflexion à la critique ou au simple jugement. Si l’homosexualité n’est pas un choix, l’assumer socialement l’est tout à fait. Quand nos choix nous font emprunter trop de chemins de traverse, la sexualité devient une boussole qui n’indique plus le nord ; il est alors facile de confondre cure amoureuse et soin palliatif. Un sentiment ne naît pas quoiqu’on en puisse dire d’un désir. Lorsque nous regardons ces agaceries chez les homos, tels des coqs paradant devant une poule désireuse de se faire prendre pour la ponte, nous rions jaune ! Un sentiment n’a pas réellement d’explication : il est une émotion, une représentation, une sensation ; il est un phénomène résultant d’une alchimie autre que celle du désir charnel. À Aix-en-Provence, plus qu’ailleurs nous semble-t-il, tout le monde sait tout sur tout le monde ; il y a ici plus de commérages que dans un petit village corse ! Pour savoir qui couche avec qui, il suffit simplement de s’adresser aux bonnes personnes. Il est inutile d’ailleurs de faire des détours, ces dernières si bien choisies se font un plaisir de nous raconter les derniers potins, les homos étant, comme tous s’accordent à le dire, de vraies salopes entre eux. Une fois en cours, en écoutant Nicolas parler, entre constructivisme et cinétique, de son nouveau copain, nous ne pûmes nous empêcher de nous dire intérieurement qu’il allait, nous l’espérions pour lui rapidement, tomber de haut… Certes ce jeune homme fréquentait-il le Milieu depuis plusieurs années et semblait-il ne pas encore s’être fait dévorer par un rapace putréfié, pourtant était-ce le sentiment que nous ressentions en parlant avec lui. Nous comprenons qu’un manque affectif te pousse, Fidèle, à te rapprocher des autres, car paradoxalement la solitude partagée est plus supportable, mais dois-tu pour autant la partager avec n’importe quel mec rencontré un soir en boite ? Viens passer une année ici et, si tu te laisses aller, tu feras rapidement le tour de tous les mecs de la région en manque de ce que nous nommerons généreusement affection ! Ici, le speed dating prend tout son sens.
Ceci n’est PAS l’amour !
La confusion est source de danger. Sur un esprit expérimenté, qui a déjà traversé les mille et un pièges de l’abrutissement homo et qui n’en est pas sorti pourri, cette confusion n’a pas vraiment d’importance. Arrêtons-nous donc un instant sur un esprit nouveau et admettons ensemble ce garçon, puisqu’il en serait un, attiré par un autre garçon. Le premier serait jeune, beau, innocent, il chercherait l’amour, l’affection, une vie faite de plaisirs simples avec quelqu’un comme lui ; il se chargerait d’illusions. Le second serait jeune et beau, il traînerait sur les trottoirs du Milieu depuis un moment et tous diraient de lui qu’il est un garçon avenant et ouvert. Lui rechercherait un mec à aimer, l’amour étant pour lui un loisir de semaine. Deux choix s’opposent à nous : l’un consiste à laisser notre innocent apprendre de lui-même, au risque, s’il n’est pas assez fort, de perdre ce qui le rend justement intéressant (son innocence) ; le second est de l’en prévenir, au risque de l’enfermer et d’avorter son évolution. Le choix est critique et nous pensons qu’il lui appartient de le faire lui-même. Chacun mérite de vivre sa propre expérience – c’est la base du positivisme ! – et les risques encourus mènent à l’évolution. Pense seulement, Fidèle, que l’évolution est un changement graduel qui ne précise pas son sens…
Si cet article peut te faire comprendre qu’il ne faut pas trop s’aventurer en terrain conquis avec une boussole qui n’indique plus le nord et qu’il faut se méfier des personnages de cette illusion comique, nous ne l’aurons alors pas rédigé pour rien.


12 novembre 2004

Ce billet ne sert à rien, Fidèle, passe au suivant !
Aujourd’hui, nous émergeâmes à 13 heures. Nous comptions nous lever tôt mais après mûre réflexion, lorsque notre réveil sonna vers 8h30 alors que nous étions en plein rêve idyllique, nous pensâmes tout bonnement qu’il était inutile de quitter un lit si chaud pour affronter une journée qui n’annonçait rien d’exceptionnel. Nous devions, comme tous les jours ou presque depuis quelques semaines déjà, sortir de chez nous en évitant d’être vu par notre connard de propriétaire, furibond, à qui nous devons toujours un loyer, passer à notre banque pour pleurer devant le distributeur automatique et nous rendre à la fac de Lettres, ou plus précisément à sa bibliothèque, pour y consulter notre courriel et voir si la Free Box que nous attendons comme le Messie allait arriver bientôt chez nous. Il était donc inutile de nous lever si tôt pour si peu de choses mais ainsi aurions-nous eu moins de scrupules à utiliser le temps qu’il nous est imparti ! Une fois levé, nous enfilâmes un pantalon blanc 100% coton acheté trois ans plus tôt chez Sherpa, sous le passage Agard, le premier t-shirt que nous trouvâmes dans le coffre familial qui date de cent-quarante ans où nous rangeons tous nos vêtements, une paire de chaussettes énormes et nos Stratos pour aller, la tête dans le pâté, jeter un œil à notre boîte au lettres dans laquelle nous ne trouvâmes hélas que notre relevé de compte CCP et un vide absolu, frère d’un horizon sans Free Box avant au moins la semaine prochaine. Livrée sous dix jours… Tu parles ! Nous rangeâmes consciencieusement notre relevé à sa place, dans une enveloppe marron, elle-même placée sous clef dans un autre coffre en bois sombre de Mauritanie installé dans notre salle de bain. Il devait être 13h30 lorsque nous sortîmes de notre douche et, la vapeur ayant recouvert de son auguste voile notre miroir, nous allâmes nous préparer un thé vert, reste de notre séjour en Asie du Sud-Est, dans un véritable mug new-yorkais. Lorsque nous le sortîmes du micro-onde, naturellement nous brûlâmes-nous car saches que le micro-onde ne chauffe pas seulement le contenu, il chauffe aussi le contenant, effet des plus simples que notre esprit complexe a du mal à assimiler de bon matin. Nous jetâmes un « Putain de bordel de merde ! » familier, reculâmes d’un bond et notre infusion encore vierge s’écoula sur notre bar, inondant par la même occasion la porte du réfrigérateur. Nous prîmes le mug, le remplîmes à nouveau d’eau et le remîmes à chauffer. Entre temps, nous nettoyâmes nos conneries avec le débardeur Jean-Paul Gaultier que nous avions payé cent-trente-cinq euros à moitié prix chez l’Autre Taxiphone avant de partir en Guadeloupe, et qui nous sert désormais de torchon de cuisine car notre sœur eut un jour la bonne idée de le laver avec notre pantalon rouge Timomo qui, forcément, déteint dessus. Nous aurions pu rattraper le coup en le portant dans un pressing – cela ne nous aurait coûté que cinq ou six euros – mais nous devons également penser à nos détracteurs qui nous taxent de snobinard pédant, suffisant et bourgeois en leur donnant matière à critique. Notons au passage, histoire de nous crucifier sur place, que nous repérâmes chez Qi Déco, près de chez nous, une splendide jarre chinoise en terre cuite décorée ne coûtant que quatre-cents et quelques euros que nous placerons volontiers lorsque nous le pourrons dans notre salle de bain comme corbeille à linge sale. Alors que notre thé vert diffusait son arôme dans notre appartement, nous nous habillâmes et préparâmes notre sortie du jour. Nous ajoutâmes une cuiller de miel de trèfle du Canada dedans, le bûmes en vitesse, éteignîmes les lumières, collâmes notre oreille précieuse à la porte et, n’entendant aucun bruit louche, signe d’une autre algarade avec notre connard de propriétaire, tournâmes la grosse clef dans la serrure, poussâmes la porte, la refermâmes et nous enfuîmes, pointes aux pattes, rasant les murs en priant tous les saints de ne pas être aperçu. Comme prévu, Orange avait prélevé deux-cent-cinquante-sept euros sur notre compte dans la nuit et nous étions dans la merde. Si au moins ils nous avaient rendu notre ligne ! Nous aimerions tant que le prélèvement soit finalement refusé ! Nous continuâmes notre chemin par le parc Jourdan pour rejoindre la fac, arrivâmes par l’amphi E, montâmes à l’étage, empruntâmes le couloir de l’Histoire et descendîmes les marches jusques au grand hall. Là, nous croisâmes sans nous y attendre Nicolas, Florianne, Vincent et d’autres, parlâmes quelques minutes de tout et de rien, des derniers potins surtout. Nous apprîmes qu’il y avait une conférence en fin d’après-midi sur la criminologie et le métier de profiler ; nous aurions voulu y assister, pour voir et peut-être en rapporter un article mais l’envie n’y était guère – cette journée devant être, comme nous l’avions décidé, une journée de merde. Nous laissâmes donc là ces jeunes gens et allâmes à la BU. Il faudra que l’on nous explique pourquoi quand nous voulons que la journée soit pourrie, il arrive toujours quelque chose de bien qui l’illumine et quand il est prévu quelque chose de génial, cela finit toujours par merder ! C’est vrai… Nous avons toujours cette malédiction qui nous poursuit… Nous trouvâmes un poste libre à notre arrivée, chose assez rare pour être signalée, nous y installâmes, ouvrîmes notre BAL et là… là nous faut-il t’expliquer un truc, Fidèle.
Nous rencontrâmes Patrick voilà un peu plus d’un an sur l’Internet. Il habitait Quiberon. Nous avions longuement parlé, au point que, tous les vendredi, nous passions nos nuits au cybercafé Netgames, uniquement ou presque pour le voir – notre correspondance doit s’étendre sur deux cents pages environ, tout de même. En mars dernier pourtant, nous avions perdu contact ; telle était sa volonté. Nous lui avions écrit que nous étions là pour lui au moindre souci, etc., mais n’eûmes plus de nouvelles. Nous essayâmes de le retrouver à diverses occasions, sans succès ; nous avions réellement perdu contact. Il y a quelques jours, nous décidâmes de jeter une bouteille à la mer et de lui écrire à l’adresse qu’il utilisait alors, que nous pensions éteinte. Depuis mars, nous avions beaucoup évolué, vécûmes diverses expériences, mais gardâmes toujours à l’esprit nos échanges. En fait, il était le seul garçon dont nous nous sentions proche, qui nous attirait et avec lequel nous n’avions pas absolument envie de coucher. Notre sentiment allait plus loin, nous avions envie de le connaître et notre correspondance achevée, nous eûmes l’impression de perdre un être auquel nous tenions beaucoup. Nous lui écrivîmes donc sans grand espoir. Aujourd’hui, il nous répondit ! Lorsque nous vîmes son pseudonyme apparaître à la place de l’expéditeur, un météorite aurait pu s’écraser sur la fac, une centaine de mètres plus loin, faisant quelques milliers de cadavres, nous, sadique et curieux, n’aurions même pas ôté nos yeux d’or de l’écran. Nous appréhendions, n’osions ouvrir mais en fait étions trop content et quelle que pouvait être sa réponse, cela signifiait qu’il allait bien, ou au moins qu’il allait… Il ne nous écrivait que des choses gentilles, qu’il vivait désormais entre Paris et le Morbihan et qu’il ne nous avait pas oublié non plus. Tout ceci reste bien personnel. Nous lui répondîmes, lui faisant part de notre joie en lui racontant succinctement nos dernières vicissitudes.
Nous allâmes ensuite voir où en était l’envoi de notre Free Box ; justement, toujours en cours d’envoi… Nous aurions piqué une crise en temps normal mais il pouvait désormais nous arriver n’importe quelle merde, nous nous en moquions ! Nous flottions, quasiment euphorique et rentrâmes. Dans notre rue, nous entendîmes un bruit que nous n’aimions pas, la porte du garage de notre immeuble : quelqu’un, merde ! Nous sortîmes notre téléphone (qui ne fonctionne plus mais qui nous sert quand même parfois de bon alibi), nous assîmes sur une marche et attendîmes que la lumière de la cour s’éteignît, feignant une conversation avec Julie, une amie inventée sur le moment qui avait un problème avec son copain, Ben, ce dernier l’ayant larguée pour Hugo, leur meilleur ami à tous les deux. Pathétique mais nous nous en rendons compte, c’est déjà ça… La lumière éteinte, nous nous approchâmes, prîmes une forte respiration et reconquîmes lâchement notre appartement… Il devait être près de 18 heures. La soirée fut banale. Nous allumâmes notre ordinateur, lançâmes Media Player et regardâmes à la chaîne American Pie III, Shrek II et L’Attaque des Clones. En fait, nous dûmes nous endormir lorsque Stefler se faisait lécher les couilles par un chien et nous réveillâmes lorsque Marraine la Bonne Fée s’apprêtait à fioutre en l’air son régime. Pendant notre séance DVD, nous mangeâmes un plat de riz Basmati et du thé car, oui, nous entreprenons un régime : pain, riz et thé. Nous avons l’ambition de finir sumo, ce qui fera toujours bien sur notre CV entre prostitué et vagabond. Nous sommes surtout passablement fauché en ce moment, ayant réduit nos activités de… voyons… 100%. Par conséquent : finis les repas chez Maxime ; finis les petits-déjeuners à La Rotonde ; finies les bouteilles de Bollinger de bain (en fait, non, faut pas pousser !) ; finies les sorties en boite ; fini le shopping ; finis les verres d’alcools le soir quand nous écrivons… sniff… la vie est dure ! Les choses vont bientôt changer. Ce sera peut-être pire, certes, mais il faut positiver ! Ne nous reste-t-il pas après tout l’option de tout vendre et de quitter ce pays à nouveau ? Ou encore celle du dernier recours : le pot familial de Nutella que nous gardons comme la dernière cigarette du condamné ? Bref, espérons avoir au moins réussi à prouver qu’écrire pour ne rien dire, c’est possible !


15 novembre 2004

Depuis plusieurs jours maintenant, nous évitons Monsieur Viriot, notre connard de propriétaire, à cause d’un loyer en retard. Nous avions déjà convenu que nous le lui paierions au plus vite, non sans menaces et haussements de voix de sa part. Nous racontâmes cet épisode plus haut, passons donc.
Ce soir, en l’entendant entrer dans la cour, grâce au bruit de son énorme trousseau de clefs (nous le soupçonnons d’avoir un double de celles de tous ses locataires), à cause de l’épisode du 2 novembre, nous baissâmes la musique, arrêtâmes de faire du bruit et nous apprêtions à éteindre la lumière également lorsqu’il frappa à notre porte une première fois. Nous pensâmes que, de la cour, on ne voyait pas la lumière, l’éteignîmes donc… Nous nous trompions, ce fut notre seule erreur de la soirée, ô combien coûteuse ! Si nous ne voulions pas le voir, c’est que d’une part c’était inutile n’ayant pas de quoi le régler et d’autre part que ce con est un personnage dangereux car haineux, violent, impulsif et alcoolique. Nous n’aimons pas les menaces, encore moins les injures et surtout tenons-nous à la fraîcheur de notre visage ! Nous n’avons pas envie qu’on vienne nous casser la gueule, comme nous n’avons pas envie non plus de surenchérir, surtout lorsque la discorde porte sur trois-cent-quatre-vingt-un euros et vingt-huit malheureux centimes. Nous attendîmes donc calmement que la tempête passât, qu’il s’en allât, ce qu’il fit après avoir tapé à la porte une seconde fois, plus fort. Nous entendîmes claquer la porte de l’immeuble, nous signifiant qu’il montait chez lui, et retournâmes à notre ordinateur prévenir quelques amis en ligne que nous le sentions mal, qu’il y avait du bruit. Tu sais, Fidèle, cette boule au ventre que tu peux sentir quand quelque chose va arriver… nous l’avions ! Après un cours instant, un nouveau bruit retentit dans la cour, quelqu’un qui entrait avec sa voiture. Monsieur Viriot redescendit à ce moment-là parler avec son fils et sa belle-fille, ou sa fille, qu’importe. Les bruits cessèrent, la lumière s’éteignit, puis se ralluma. Nous écoutions toujours ce qu’il se passait, savions qu’il n’allait pas en rester là ce soir. Cette fois, c’était un clochard, ou un squatteur, qui était entré dans la cour et, manque de bol pour lui, notre proprio était là pour le recevoir. Il lui dit clairement qu’il ne pouvait pas boire ici, que c’était une propriété privée. Le clochard baragouina quelques mots incompréhensibles, sans doute pas très catholiques, Monsieur Viriot s’énerva et le poussa vers le portail de la cour, le menaçant de le virer d’ici en le tutoyant grossièrement et de lui casser la gueule. Échauffé, il revint à notre porte, frappa d’un coup sec, s’approcha pour nous dire qu’il savait que nous étions là, qu’il avait vu que la lumière était allumée juste avant et que nous l’avions éteinte en l’entendant. Nous ne répondîmes toujours pas, n’avions vraiment pas envie de le voir, encore moins après l’avoir entendu parler à ce clochard comme à un chien – qui, nous en sommes sûr, aurait reçu à peine plus de considération. Il frappa à nouveau et s’énerva. Peut-être parlait-il à quelqu’un dans la cour, ou seul, nous ne savons pas ; toujours est-il qu’il criait qu’à nous aussi il allait nous coller son poing dans la gueule. Avec cela, c’est sûr, nous eûmes encore moins envie de lui ouvrir ! Il revint à notre porte, y frappa toujours plus fort (il donnait des coups dedans à présent), nous menaçant d’y mettre un verrou pour que nous ne puissions plus sortir de chez nous. Il alla dans la rue où donnaient nos deux vitres, nous étions à ce moment-là dans la salle de bain, où il ne pouvait nous voir. Il rentra dans la cour et notre ordinateur s’éteignit ; notre courant venait d’être coupé, il avait tourné le bouton de notre compteur, ce qui est évidemment interdit. S’il avait pu nous enfumer, il l’aurait fait sans gêne et avec même un plaisir pervers, ce con ! Nous ne pouvions pas laisser les choses continuer, il nous fallait l’affronter, au moins ouvrir la porte avant qu’il ne l’enfonçât. Nous sortîmes donc, trouvâmes la fille dont nous parlons plus haut devant et Monsieur Viriot qui arrivait de la rue. Nous prétextâmes un truc idiot pour ne pas avoir ouvert, pensant bien qu’il n’en croirait rien. Là, les choses s’enchaînèrent : il nous gueula que nous le prenions pour un con (ce qu’il est, assurément), que nous lui devions son loyer, qu’il voulait l’argent maintenant ; il était vraiment furieux, nous le lisions dans ses yeux. Nous lui répondîmes calmement, la voix un peu tremblante, que le lendemain nous avions rendez-vous avec notre banquière et qu’elle devait débloquer nos facilités de caisses. Il s’en foutait, s’énerva encore un peu plus et entra dans notre appartement sans y être autorisé, nous disant qu’il nous foutait dehors. Nous le retînmes quand il s’apprêtait à fermer la porte, le devançant et lui disant qu’il ne pouvait pas, qu’il n’en avait pas le droit. Il nous répondit qu’il allait nous virer en posant ses affaires (son trousseau, son pain) sur notre bar. Nous lui dîmes encore que nous voyions notre banquière le lendemain, etc. Et là… Et là, il nous prit par le cou de sa main gauche, nous colla contre le bar et était au bord de la crise de folie. Il nous tutoya, insulta, traita de connard, de pédé, de petit con, nous somma de payer ou il nous virait. Calmement, mais toujours la voix tremblante, de notre main gauche, nous le maintenions à distance car il serrait vraiment notre coup, tandis que nous nous contenions pour ne pas lui coller la droite dans son flanc et le virer de chez nous. Nous sentions que nous le pouvions aisément d’ailleurs, le maintenir à distance étant facile. Mais nous nous contînmes, essayant de le raisonner ; nous ne voulions pas qu’il puisse nous le reprocher, au poste de police (car nous avions déjà l’idée de porter plainte) ou ailleurs. Il nous ramena, toujours la main autour de notre cou (nous portions alors un col roulé), vers le milieu de la pièce en nous disant toujours la même chose, toujours des menaces, toujours des insultes. À ce moment-là, son fils arriva et, le voyant, nous lui réclamâmes de retenir son père où ça allait mal finir pour lui. Il vint, se mit entre lui et nous-même et lui dit d’arrêter, que s’il continuait nous allions porter plainte – et pas parce que si son père continuait il risquait de nous briser le cou… Bref, nous lui parlâmes à lui, ignorant son alcoolique de père, lui expliquant que nous voyions notre banquière le lendemain, etc. Il nous répondit que nous l’avions mérité et que son père avait raison, forcément… Quel connard lui aussi ! Ils étaient quatre chez nous : les deux fils, la fille et leur père. Le fils le résonna, remarqua notre ordinateur et lui dit, accentuant sur sa valeur, qu’ils pouvaient toujours revenir et le prendre en gage… Il avait donc bien le double des clefs de ses locataires. Une fois sur le pas de la porte, son fils l’y ayant entraîné presque de force, il nous redit que s’il n’avait pas ce que nous lui devions le lendemain soir, il repassait et nous virait.
La haine, Fidèle, envahit le cœur de l’Homme inculte et ignorant. Ne te fie pas à sa position sociale, un Homme peut s’asseoir confortablement sur un bon paquet de fric et un apparat de bourgeois mondain, il n’en a pas pour autant le cœur. Tel est Sébastien Viriot : un rustre, un vieil homme usé par sa bêtise et la haine qui le ronge. Ses fils en portent les germes apparemment… Quel gâchis !
Nous appelâmes notre mère, tombâmes sur André, notre beau-père, qui nous conseilla de nous rendre au plus vite au commissariat et d’y déposer une main-courante. Notre mère nous rappela ensuite. Elle avait reçu un appel de la femme de notre connard de propriétaire, quasi-mielleuse, qui reconnaissait que son mari avait peut-être été un peu loin mais qui s’étonnait que, pour nos quittances par exemple, nous n’en avions pas simplement parlé – « Tu parles, connasse ! Les demandes et recommandés, c’est du foin ? » – et que le lendemain, elle allait engager une procédure auprès de ses avocats, etc. Notre mère, ne pouvant en placer une devant tant d’agressivité, lui raccrocha au nez et nous rappela pour nous raconter, écouter l’épisode dans son entier et conclure que nous devions carrément porter plainte pour menace, insulte, harcèlement moral, violation de domicile et agression physique ! Nous attendîmes quelques instants que nos nerfs se calment et sortîmes de chez nous. Au passage, nous croisâmes l’autre frère, celui qui était resté à notre porte sans rien faire comme un blaireau ; il rentrait chez lui aussi. Nous nous rendîmes d’abord au commissariat. On nous dit qu’il fallait absolument un certificat médical pour porter plainte d’une agression, délivré aux urgences uniquement. Va pour le centre hospitalier dans ce cas ! Nous nous inscrivîmes et après une heure d’attente, entre poignet cassé, brûlures et autres, un médecin nous reçut en bloc 5 pour nous poser les questions d’usage. Elle remplit notre certificat et désinfecta la marque laissée par Monsieur Viriot sur notre cou, malgré le col roulé. Nous redescendîmes au commissariat ; 20 heures approchaient. À l’accueil, on nous demanda de repasser le lendemain car il n’y avait plus personne pour traiter notre demande à cette heure-ci… Et bien, quel pays !

Notre pensée profonde . Hé ho ! Nous venons de nous faire agresser, les gars ! C’est pas rien, bordel !

Penses-tu que ce récit soit vrai, Fidèle ? Hélas, il l’est et quand on pense que tout arriva pour trois-cent-quatre-vingt-un euros et vingt-huit malheureux centimes (en retard seulement), on prend peur !


16 novembre 2004

Le coup tant redouté tomba à 19 heures ! Le coup de notre connard de propriétaire sur notre porte, que nous attendions depuis 18 heures tel le glas de celui qui annonce la fin d’un âge : celui de la tolérance, de la déférence et de la dignité.
Tant d’arrogance dans un si vain personnage relève du pathétisme ; nous admettrons presque de la commisération à son égard en jetant dans l’antre de sa haine une pure indifférence. Telle est la seule disposition que nous lui accorderons. Il n’était alors pas question de lui ouvrir, et puis nous étions au téléphone. Pourtant, une absurde lueur s’installa dans notre esprit : et si, après tout, un tel être était capable de raison ? Et si ce conflit pouvait encore être réglé à l’amiable ? Nous tentâmes le coup et ouvrîmes… À l’horizon ne se présentaient que deux espaces : l’un était couvert d’une face plutôt maigre, couverte d’une paire de lunettes, signe d’un âge déjà avancé, d’un corps frêle qui se voulait gonflé et puissant pour lui donner consistance par un rembourrage de Damart acheté sur catalogue. L’autre espace était couvert de vide. Nous étions seul avec un mec qui pourrit notre existence en ce moment, mais qui toutefois, admettons-le, inspire très allègrement nos derniers billets. Finalement, il n’est peut-être pas si inutile que nous le pensons, ce con ! Calmement, ce soir (et pour commencer), il nous demanda si nous avions son argent ; nous ne l’avions pas et son calme disparut pour laisser la place à une jarre sur feu prête à éclater. L’ordre du jour était : restons courtois ! Il ne s’agissait là en rien d’envenimer les choses, et puis ce mec est tout de même dangereux, comme nous l’écrivîmes plus haut. Nous contînmes les tremblements de moins en moins présents qui nous animaient et lui expliquâmes, à nouveau, notre situation, notre banquière n’ayant rien pu sortir comme autre son de sa bouche qu’un rire cynique et un significatif : « Nous ne sommes pas l’aide social, la police ou la justice ici, Monsieur, nous sommes une banque ! » Ouais… Tu parles ! Qui nous foutait dans la merde depuis deux mois par manque de ou fausse information ?! Passons. Nous n’allions pas non plus prendre sa tête et la passer dans la broyeuse à papier, par considération seulement pour la machine qui aurait rendu l’âme passant au trait tant d’indifférence. Il semble que la société finalement ne se soucie que trop modérément de ses problèmes vitaux ! Monsieur Viriot s’énerva alors. Cette fois-ci, nous tenions la porte et l’empêchions de voir l’intérieur de notre appartement, ne voulant pas susciter chez lui une seconde envie de s’inviter à demeure. Il nous offrit son extrême gentillesse, tels furent ses mots, jusques à vendredi, menaçant avec cela qu’il nous ferait chier toute la journée s’il n’avait pas son dû. Nous passerons les détails plus que navrants de sa repartie et de son argumentation pour signaler seulement qu’au milieu de la conversation, après une insulte de plus, le voilà se dirigeant vers la porte d’entrée de l’immeuble. Nous le suivîmes pour continuer la conversation et sa réplique fut mémorable :

Monsieur Viriot, se retournant . Quoi ? Tu veux que je t’casse la gueule que tu t’approches si près d’moi, c’est ça ? Tu veux que j’te frappe ?

Voilà ce que dans un souffle nimbé d’émanations alcooliques son imagination trouva de mieux ; navrant toujours ! Nous alléguâmes bêtement le droit à la courtoisie mais devant tel axiome – entends par là, Fidèle, que ce mec est un grand malade et que tout le monde devrait s’en rendre compte –, nos efforts restèrent sans succès. Nous terminâmes en lui disant que le lendemain il l’aurait, son loyer d’octobre, et nous l’invitâmes à rédiger dès ce soir sa quittance car il était hors de question, naturellement, de lui donner du liquide sans cet échange accepté (et de toute façon obligatoire). Il nous répondit qu’il nous la donnerait vendredi dans notre boite aux lettres. Bien, nous vîmes à quel point cet être délicieux semblait vouloir chercher la merde !

Nous . Je ne vous fais pas confiance, Monsieur Viriot. Pas de quittance, pas de loyer. Bonsoir !

Les deux portes se refermèrent, l’une plus violemment que l’autre ; nous te laissons deviner laquelle. Toujours dans le but de protéger notre fondement, nous reprîmes notre mère au téléphone qui avait entendu les éructations de notre connard de propriétaire, et la laissâmes pour taper le 17. Sommes-nous le seul à croire encore que l’on s’occupe vraiment des gens dans ce pays ? Nous leur parlâmes de ses nouvelles menaces, ajoutâmes qu’il vivait au-dessus et ponctuâmes par son : « Je vais t’envoyer quelqu’un qui va te massacrer demain, tu sauras pas qu’c’est moi ! » L’agent d’accueil nous signala qu’il fallait prendre notre mal en patience et attendre qu’il y ait vraiment un problème, que l’on nous agresse chez nous, pour appeler la police. Ignorance, ignorance… Finalement, nos garants et nous-même convînmes qu’ils descendraient le lendemain de leur château perché dans les Basses Alpes pour lui laisser un chèque dans sa boite et une lettre cerclée de froideur sans la signer, sans cordialités inutiles qu’il ne comprendrait pas, de toute évidence. Ils lui enverront par la suite un chèque tous les mois à partir du 10 et nous les réglerons, eux, par virement bancaire.
Lorsqu’il s’agit d’éviter la médiocrité, tous les compromis sont bons à prendre. Pour Monsieur Viriot, même un pacte avec le Diable, bien plus conciliant, aurait été envisageable, pour signaler l’intérêt que nous daignons porter à sa stupidité, ambassadrice de son incompétence à la simple réflexion.


8 décembre 2004

Aix-en-Provence (France), 00h11.

Trois autres quidams peuplent la grande salle des Deux Garçons. Nous occupons la place à gauche de l’entrée dans le coin. À notre gauche au fond, un professeur corrige ses copies en buvant un thé entre deux bâillements. En face de lui, un jeune couple rit en confidence. D’ailleurs, ils s’en vont ; elle met son écharpe, lui son blouson. Le cadre est magnifique, l’espace est vide. Si ce soir nous vînmes nous saouler au Martini Bianco, dans le café dit gay le plus vide du cours Mirabeau, avec pour seul compagnon le Journal d’un vieux fou*, c’est qu’une pensée des plus horribles nous éclaira.

00h16.

Nous voilà seul. Avec délice, La Danse Macabre de Saint-Saëns efface le bourdonnement de nos verres accumulés. Passons et revenons à cette pensée.
Nous savons ce soir que nous serons toujours seul. Accompagné ou pas, nous avons le sentiment qu’il nous manquera toujours celui, l’unique, qui aurait pu nous combler. Nous parlons de l’être qui hante nos nuits, de notre frère jumeau, de ces six semaines d’une illusion de vie à deux parfaite, mais éphémère. Il est mort et le vide, c’est nous ! Nous craignons que ce soit trop arrangeant, trop facile, mais nous ne serons jamais qu’à moitié. L’ébauche invite au schéma, à la construction ; nous n’avons plus aucun dessein sinon celui de continuer à vivre. Errance ou exil, nous ne savons… Nous voudrions ne plus exister. Nous aidons tout le monde mais personne ne nous aide. En fait, nous ne voulons pas être aidé, au moins autant qu’on ne peut nous aider. Nous vînmes, vîmes et fûmes déçu. La moitié qu’il nous manquera toujours est le seul fait qui abîme notre âme, génère nos pensées et dicte nos actes. Notre existence ne sera jamais qu’errance. Triste pensée dans cet éthylisme nocturne pour une âme déchue sur laquelle la muse de la mélancolie s’acharne d’une joie malsaine !


16 janvier 2005

Casino Barrière d’Enghien-les-Bains (Île-de-France, France).

Dehors, il fait froid. Ici, soit tu as les moyens de jouer, Fidèle, soit tu consumes, comme nous, la haute couture, seul, à l’écart, assis dans un fauteuil confortable et envieux de la richesse éphémère de cette pseudo élite cosmopolite. Quoi qu’il en soit, ce que tu gagnes ce soir te conduit presque inexorablement à venir le perdre demain. Minuit sonna voilà plus de trois heures mais dans cette salle de perdition, l’heure n’existe pas, simplement parce qu’elle n’est affichée nulle part. Ici, l’isolement est de mise. Le bruit décourageant des jetons perdus à la roulette qui tombent dans la fausse n’entame en rien le moral de ces joueurs refroidis par l’habitude. Il nous semble même que les milliers d’euros qui traînent sur chaque table ne font plus rêver la plupart d’entre eux ; l’argent n’a aucune valeur, imprimé sur des rondelles en plastique. Une coupe à la main, une cigarette dans l’autre, assis sur notre fauteuil, nous analysons le comportement des gens, un peu perdu dans les pensées méphistophéliques qui traversent notre esprit ces derniers temps. Nous gagnâmes deux-cents euros mais n’allâmes plus loin. Clope sur clope, nous préférons fumer à en avoir mal au crâne ; quelle importance ? Fumer des YSL, c’est s’accorder une mort sur mesure ! Le casino, c’est la déviance par excellence. Nous regrettons seulement de ne pas y trouver également un bordel ; ainsi pourrions-nous nous amuser et gagner un peu plus.


18 janvier 2005

Crise d’un soir

Parce que ce soir nous n’avons pas envie d’être écrivain ou poète !
Parce que ça fait chier, la censure !
Parce que ça fait chier, les cons qui lâchent des commentaires débiles !
Parce que ça fait chier, les pisseuses qui pleurnichent quand on leur donne une baffe méritée !
Parce que ça fait chier, le capitalisme bon marché qui pourrit notre espace visuel de pubs hideuses et même pas vendeuses !
Parce que ça fait chier, de crier ce que personne n’écoute !
Parce que ça fait chier, d’étaler son inspiration sans retour !
Parce que ça fait chier, ce pays où il faut être mort pour être reconnu (et encore…) !
Parce que ça fait chier, de devoir troquer sa sincérité contre un petit peu d’attention !
Parce que ça fait chier, ce Milieu où l’amour n’a plus de signification !
Parce que ça fait chier, les présidents réélus qui n’ont rien à foutre là où ils sont !
Parce que ça fait chier, les vagues qui tombent toujours sur les mauvaises personnes !
Parce que ça fait chier, de devoir dire besoin !
Parce que ça fait chier, de devoir lécher le cul à tout le monde !
Parce que ça fait chier, de ne pas pouvoir dire : « Ta gueule ! » à son propriétaire !
Parce que ça fait chier, d’allumer la télé et de voir des putes qui racolent au lieu d’enseignants qui instruisent !
Parce que ça fait chier, l’intolérance, la susceptibilité, l’arianisme, l’hypocrite allégeance, les personnes diaprées !
Parce que ça fait chier, les agaceries, les vieilles tantes sadiennes, les merdeuses j’me-la-pète, les mythomanes abusifs, les poubelles de parc dans lesquelles on déverse la mort, les poupées funestes et les toutous blafards !
Parce que ça fait chier, de payer des impôts pour aller casser la gueule à des mômes en Irak au lieu d’y construire des écoles !
Parce que ça fait chier, les vieux jamais contents qui manifestent pour leurs salaires !
Parce que ça fait chier, de devoir se taper dix heures de voyage pour payer moins cher sa cartouche de clopes !
Parce que ça fait chier, de sortir dans la rue pour respirer la mort !
Parce que ça fait chier, de bouffer de la merde !
Parce que ça fait chier, de ne pas pouvoir fumer de la weed quand on en a envie !
Parce que ça fait chier, l’inculture, les raclures de chiottes qui imbibent leurs paroles d’un aréisme intellectuel !

Parce que la conscience n’est pas !
Parce que la conscience naît !


28 janvier 2005

Nous revenions des Danaïdes où nous avions déjeuné avec un ami. Nous voulions rester sur Marseille et profiter un peu de l’après-midi à faire les boutiques mais notre budget nous criant de l’épargner, nous décidâmes de rentrer. Lorsque nous arrivâmes à la gare, le train avait cinquante minutes de retard et nous bénîmes les syndicats car nous l’aurions autrement manqué et ne nous sentions pas d’attendre le prochain en fin d’après-midi. Nous rejoignîmes notre voie, montâmes en seconde et nous assîmes dans le sens de la marche, comme d’habitude, pour ne pas avoir mal au cœur. Avec ce retard, les voyageurs ne manquaient pas et nous dûmes ranger notre sac sous nos pieds pour ne pas gêner le passage dans l’allée embouteillée par un groupe se rendant dans les Hautes-Alpes. Nous descendions à Aix-en-Provence et en avions pour quarante minutes, au plus. Le wagon du TER se remplit et quitta la gare.
Il avait les yeux clairs. Nous ne nous aperçûmes pas de sa présence de suite. Nous étions dans un club 4 sur la gauche et lui dans le club 4 d’après, nous faisant face. Ce n’est que lorsque nous appuyâmes notre tête contre la vitre que nous le vîmes et fûmes captivé par son regard. Il écoutait la musique sortie de son baladeur en fixant nous ne savions quoi ou qui derrière nous. Nous n’avions jamais vu un regard si azuré. Il portait une casquette blanche, était blond décoloré coupé court, avait la peau nette. Sans nous en rendre compte, nous l’observions d’un regard mi louche mi perdu. Nous nous demandions s’il était gay, nous le pensions ; nous nous demandions s’il était avec le groupe de garçons assis à-côté de lui et où il descendait, espérant secrètement que ce fût à Aix ; nous nous demandions comment l’aborder. Il est tellement simple sur l’Internet d’aborder un garçon, un « Salut ! » suffit et le lieu est approprié mais là, dans un wagon, devant tout ce monde, que faire ? Nous ne voyions aucune solution, baissâmes les yeux et nous enfermâmes dans nos pensées un instant.
Il est devenu tellement compliqué d’aborder quelqu’un naturellement dans la rue, à Aix, comme partout, mais surtout à Aix, pensons-nous. Les gens ne se regardent même plus dans les yeux, ils ont peur d’être lus. Ils ne se parlent plus, ils craignent qu’on les juge. Ils ne se présentent plus comme personne mais comme membre de quelque chose. Les gens sont cons, nous sommes con ! Après tout, approcher quelqu’un n’est-il rien à faire ! Il n’allait pas nous agresser, que risquions-nous ? Nous prendre un vent ? Et là, assis sur notre fauteuil à penser des choses pas si idiotes que cela, que risquions-nous ? Et bien rien justement ; nous étions pathétique !
Alors nous lançâmes-nous, prîmes une grande inspiration morale et le regardâmes, rien de plus. Quelles sont les chances pour que deux regards se croisent, Fidèle, lorsque l’un est déjà fixé sur l’autre ? Nous te laissons y réfléchir… Les nôtres se croisèrent, une première fois, puis une seconde et, nous voyant insistant, il soutint le nôtre un moment. Une certaine chaleur naquit dans notre poitrine, nous lui sourîmes en clignant doucement des yeux et regardâmes dehors par la vitre. Nous étions partis depuis un peu plus d’un quart d’heure, nous l’avions entendu au téléphone parler de Gap, nous devions absolument accélérer ce petit jeu de séduction. À-côté de nous se tenait un vieux gros qui lisait Cosmétique de l’ennemi*. C’était parfait, il allait nous servir ! Notre plan ne souffrait d’aucune faille, il nous fallait juste encore croiser son regard. Il avait ramené sa casquette sur ses yeux et avait sans doute envisagé de dormir. Pourtant nous regarda-t-il à nouveau et, là, il comprit que ce n’était pas son regard qui nous captivait tant mais bien ce que nous pouvions y lire derrière. Gêné, il alla pour se réfugier à nouveau derrière sa casquette quand nous nous levâmes, bousculâmes un peu le vieux gros en nous excusant et en attirant l’attention sur nous. Nous prîmes notre sac, fîmes chier un peu tout le monde alors qu’aucune gare n’était annoncée ; personne ne comprenait, personne sauf un, nous l’espérions. En partant, nous le fixâmes et lui fîmes un très léger signe de la tête pour l’inviter à nous suivre. Nous avions une chance sur deux, n’est-ce pas ? Nous traversâmes deux wagons pour arriver dans le compartiment de sortie. Il était vide, nous entrâmes dans les toilettes nous rafraîchir. Lorsque nous en ressortîmes, il était devant la porte. Nous nous regardâmes, ne savions quoi nous dire. Et puis merde, nous n’avions pas fait tout cela pour rien : nous laissâmes tomber notre sac dans la cabine, nous approchâmes de lui, passâmes notre main dans son dos et l’embrassâmes. L’avantage des nouveaux TER est qu’ils sont spacieux ; nos corps purent s’exprimer de toute leur mesure. Debout, l’un contre l’autre, il nous bloquait contre la porte désormais close et nous nous caressions, perdant conscience de la situation, du lieu, des éventuelles personnes pouvant nous surprendre. Nous étions seuls, n’avions qu’une vie, un désir l’un pour l’autre ; qui pouvait nous en empêcher d’ailleurs ? Nous nous retrouvâmes rapidement torses nus. Il était bien fait, doux, son corps était chaud. Nous ne savions même pas son prénom, lui ne savait pas le nôtre, nous nous en foutions, nous ne parlions pas, nous laissions nos corps le faire pour nous. Nos mains baladeuses excitaient nos sens et dans cette étreinte charnelle presque délétère, nous nous oubliions, sans pousser la passion à la déraison. Le contrôleur annonça l’entrée en gare d’Aix-en-Provence. Nous ne pouvions pas continuer avec lui, il le savait, nous savions tous deux que cette rencontre était plus belle si elle se posait ainsi, en éphéméride sucrée. Nous sortîmes de la cabine, un peu débraillés, sans la contenance qui nous caractérisait presque en y entrant, devant une quinzaine de personnes dépitées qui attendaient que la porte s’ouvrît. Nous étions à Aix. Si vite, c’était passé tellement vite, cela avait été tellement bon ! Nous nous quittâmes, nous promettant tacitement de planer le reste de la journée chacun de notre côté en pensant à l’autre.
Et là, ce putain de vieux gros qui lisait Nothomb à-côté nous bouscula en s’excusant, nous sortant de ce rêve semi éveillé, nous qui avions tant l’espoir de pouvoir y rester enfermé encore quelques instants. Et bien non, ce n’était qu’une illusion. Il dormait sous sa casquette et nous, comme un con, avions rêvé cette rencontre au lieu de tout faire pour la vivre. Putain que nous sommes con, des fois ! Nous ne nous fîmes pas la promesse de ne plus jamais rater une telle occasion mais celle de tout faire la prochaine fois pour la vivre. Quel con, putain ! Lorsque nous arrivâmes effectivement en gare d’Aix, prîmes notre sac un peu dégoûté et bousculâmes le vieux gros pour passer, notre rêve ne dormait plus et ses yeux azurés nous regardaient. Ils nous firent cette fois l’effet d’un poignard que l’on nous aurait planté dans le cœur. Ils nous disaient, ces yeux : « Pourquoi n’as-tu rien fait toi ? Moi, je n’osais pas ! »


29 janvier 2005

Inculture

Nous nous trouvons dans une sphère de ce monde où la partialité n’a de repère que l’inaltérable vérité : sommes-nous humain ou ne le sommes-nous pas ? Cette nuit, notre esprit spiritueux renverse nos certitudes et, devant telle abjectitude, nous nous soumettons à une analyse étrange et funeste pour notre communauté de chair, pas gay, pas hétéro, mais humaine, bien bestiale et communément avivée par la flamme du désir. Dans la forme de nos songes, nous pensons que l’acte le plus abominable se trouve dans l’irrationalité de ses conséquences sur autrui, nous nous abandonnons au regard de cette médiocre populace incapable de réflexion.
As-tu déjà édifié, Fidèle, des barrières entre l’absolutisme d’une notion simple : le sexe ; l’invective utopie : l’amour ; la sage animalité : la passion ? Nous ne connaissons que trois prétextes au sexe, la trinité figurative que nos pères nous enseignèrent dans un saint bouquin : l’amour, l’envie et l’intérêt. Ces trois prétextes sont acceptables par tout être s’ils sont le fait d’un choix.
Parader tel un coq pour poursuivre un but charnel ne paraît dès lors pas être le plus abject des faits sociétaires ; le sexe n’est pas une perversité, le sexe n’est pas une honte, le sexe n’est pas une révélation du malin dans les mains de celui qu’il tente. Le sexe est naturel, et putain que c’est bon ! Mais alors, si nous nous contentions de cette analyse fortuite et critiquable, nous devrions admettre que la plus idéale des sociétés serait une bacchanale titanesque où le foutre rejoindrait dans notre cas d’uranisme l’antre de nos passions débridées. La libido envolée, nous courrions alors d’une lope à une autre, désireuse de se faire crucifier elle aussi comme le fut le Tout Premier par un pieu défendant, ignominie d’une barbarie païenne. Décrotter les trottoirs et les parkings deviendrait alors la mission de ces êtres qui croient encore en la possible relation intime de deux êtres qui sont là, là pour s’aimer dans la simplicité et non la concupiscence. Mais ces rogatons d’Ève et d’Adam, seigneurs du péché originel et adorateurs de l’irritable bon sens seraient trop vite consumés par la masse ingrate qui finalement ne leur doit rien puisqu’elle ne suit pas le même régime.
Nous nous trouvons dans une sphère de ce monde où les rejetons naissant d’une humanité trop humaine sont châtrés à la naissance. Nous ouvrons notre cœur pour comprendre mais n’y recevons ni commisération, ni jet de pierre ; nous ne recevons que le regard niais et vide d’hommes et de femmes que la symbiotique culture n’atteint pas. Nous avons dans nos songes des idées de massacres incompréhensibles, des lubies protectrices des valeurs que la réflexion, la connaissance, la sagesse et l’imaginative procuration de siècles d’histoire nous apportent. Nous sommes humain et nos envies sont naturelles. Nous sommes humain car nos envies ne se débattent pas entre l’ignorance et la prude allégeance mais parce qu’elles se débattent entre la recherche du plaisir et l’acceptation de la médiocrité.
Nous retournons à nos contextes rédactionnels pour apporter notre petite pierre à un édifice branlant que les masses incultes se complaisent à masturber de leur lubrique connerie. Nous voyons ici des êtres sans humeur et sans teint qui perdent ce qui leur reste d’humanité en s’adonnant à la chair obsessionnelle d’une rencontre qui finalement n’est qu’une rencontre. Se mêler avec un corps parce qu’il est corps ne fait de soi qu’une soumise sans saveur. Nous couchons avec des potes, des amis et des amants ; nous laissons les parcs, les lopes, les vieilles et les refoulés à l’acharnement de l’inculture, et de leurs dires nous nous foutons puisque cet acharnement les enferme !


17 février 2005

Nous allâmes hier soir avec Morgane, notre filleule de 8 ans, au cinéma Mazarin voir l’animation danoise Le fil de la vie d’Anders Ronnow-Klarlund, conte fantasque enchanté de marionnettes merveilleuses. À la fin, l’oiseau s’envole et elle nous dit :

Morgane . Parrain, j’ai compris pourquoi il s’est envolé l’oiseau à la fin, c’est parce que tous ses fils sont tombés !

Au-delà de l’impressionnante réflexion de ce film, qui nous réapprend la force de l’amour jaillissant de ces liens qui nous unissent tous, nous ne pensâmes pas nous retrouver devant cette vérité perdue depuis quelques mois : l’oiseau s’envole ! Après tout, nous ne savons pas le message que veulent faire passer les dieux créateurs de ces marionnettes mais nous le voyons comme un clin d’œil discret ou distrait envers ces choses qui nous retiennent, toutes ces considérations finalement inutiles que nous adoptons comme indispensables à notre existence. Le plus difficile n’est pas de l’apprendre et le comprendre, mais d’oser le faire. Loin de nous l’idée de jouer les révolutionnaires cubains frustrés mais bon, c’est vrai quand même : nous vivons dans un monde matérialiste qui enferme notre bonheur dans un écrin recouvert de dorure. Depuis notre retour d’Asie du Sud-Est, nous nous construisons une petite vie tranquille, presque trop simple ; nous avons un appartement (un propriétaire très con, certes, mais un appartement génial), des relations, des connaissances, des amis, un ordinateur, etc. Pourtant ne rêvons-nous que d’une seule chose : nous casser ! Bon, nous nous promîmes de ne pas faire de ce journal la pseudo psycho analyse égocentée et mégalomane de notre vie en dents de scie et de nous-même. Passons donc et ne sortons que des généralités que tout le monde connaît déjà mais ne veut pas voir ; écrasons ce qu’il nous reste de fierté pour retourner notre société sur elle-même et lui montrer son propre cul ! Lançons-nous, sauveur de l’humanité, être seul au monde qui déterminera par son altruisme la destiné de ces masses déliquescentes et animées par les plus absurdes sentiments de possessions. Mais non, bande d’imbéciles, VOUS êtes possédés ! Nous le sommes tous. Nous, ce qui nous possède là, vu les conneries que nous écrivons, c’est notre verre de gin… Passons.
Et si nous nous envolions nous aussi ? Et si, par la force des choses, de toute manière, nous n’en avions plus le choix ? Le referions-nous ? Pourquoi, Diable !, attendons-nous d’être le dos au mur, ce putain de mur que nous évitons depuis des années, pour prendre une telle décision ? Nous croyons que c’est résolument humain ! Nous croyons que quand arrive le moment où devant chaque chose, la seule réponse acceptable que nous trouvions à donner est : « Eurk ! », c’est le moment de partir ! Comment faire ? Mais, évidemment, ne suffit-il pas de laisser tomber ses fils et de s’envoler ?


25 février 2005

Comme quelques autres ces temps-ci, nous allâmes hier soir fêter Rammstein à l’Elfike, un pub semi gothique, semi médiéval, semi fantastique, semi métal… Oula, beaucoup trop de semis, notre culture surabonde ! Bref, un pub pour les suicidés existentiels qui n’ont pas la vie imaginaire rêvée qu’ils aimeraient avoir, dont nous faisons partie. Alcool, alcool, alcool… Le paquet de clopes ne tint lui non plus pas la soirée. Défoulement sur le dancefloor devant une foule de spectateurs débridés (en fait un mec, une fille, même pas alcooliques, de nos compagnons de soirée), au sous-sol, avec Virginie et une autre copine. Danse, danse, danse, fous rires, délires, démontage de scène, et nous en passons.

Minuit.

Heure du crime, nous ne savons pas, mais nous commencions à ne plus entendre Rammstein de toute manière… Laissant trois compères derrière, Virginie et nous-même continuâmes notre tournée des bars jusques au Med Boy (glauque à souhait mais le patron est sympa, la musique kitsch, la cervoise pas chère et le billard à volonté). Alcool, alcool, alcool…

2 heures.

Morts des hystéro-éthyliques ! Recherche spiritueuse de la grand-voie, séparation. Nous retournâmes chez nous, laissâmes notre clef ouvrir la porte toute seule, puis rien, nous ne savons pas, ne savons plus… Arrête, Fidèle, avec tes questions quoi ! Non, non, non, nous n’avons rien pris ! Passons.
La porte se referma, les clefs se rangèrent, les habits tombèrent, les New Rock résistèrent mais compatirent finalement. Nous étions nu, gelé. Le maquillage ? Demain ! Le courriel ? Et puis quoi encore ! Les dents ? Ah si, les dents oui, quand même ! L’ibuprofen ! ARHHG plus d’ibuprofen, plus rien, nada, niet ; l’angoisse ! Bon ! Courage ! La tête haute, telle une lady (bourrée, et hélas pas dans le bon sens…), nous nous écrasâmes sur notre lit, nous retournâmes, tombâmes en disgrâce dans les bras de Morphée, cet ignoble concubin qui ne daigna même pas soigner notre pauvre migraine venante. Et le matin… Et oui, il arrive toujours, ce putain de matin… Il faut bien se lever, le matin ! Zonage, zonage, recherche désespérée d’une molécule : rien ! Mémo perso : acheter des molécules aujourd’hui… Non ! mauvaise idée. Mémo perso 2 : aller nous noyer dans trois-cents litres d’eau bouillante saveur coco. Oui, oui… parfait ! Et merde, pourquoi n’avons-nous plus d’alcool en fait ? Ce serait tellement parfait de ne jamais avoir la gueule de bois si nous étions toujours bourré. Mémo perso 3 : passer chez Nicolas dans la journée ! Si tu n’as pas compris un traître mot de ce que nous venons d’écrire, Fidèle, ne panique pas, essaye Nicolas aussi ! Ô, décadente jeunesse !


26 février 2005

Le syndrome de la préparole,
ou la déraison du vice verbal

L’article qui suit nous donna beaucoup de mal. Cela fait plusieurs semaines que nous y pensons, ne sachant trop qu’écrire, ou plutôt comment l’exprimer. Nous allons traiter du futur, conception vaporeuse et inexacte que nous apprîmes à redouter. Le syndrome de la préparole, tel que nous le définissons, annonce l’ère de la retenue et de la constance dans notre jeune existence. Il est la prise de conscience d’une malédiction qui, nous le pensons fortement, nous tourmente depuis toujours. Il est l’illusion destructrice, cette nappe éthérée de songes, de rêves et d’espoirs qui voile ce que devrait être notre perception réelle.
La société est faite de contenances : l’apparence, le geste et la parole.
Vincent, une connaissance, fait état du premier dans un article auquel nous répondons ainsi :


« Le corps, l’esprit, la symbiose grecque épique de nos pères. S’il s’avère que l’un peut aller sans l’autre, lorsque l’un le compense, pourquoi admettrions-nous si facilement cette idée ? Le corps aujourd’hui l’emporte sur l’esprit, séduisant le noble spectateur médusé par la pure beauté et lui arrachant un sentiment de respect, de compassion, d’amour, de fierté… Nous songeons à ces magazines people du culte de la chair lisse et bien modelée. Oui… Un modèle justement ! C’est cela en fait : nous avons tous un modèle conditionné dans notre esprit sujet à la passivité forcée par notre société du beau, du bon, du facile amalgame des deux. Imposer son discours ne tient pas seulement de notre esprit et réflexion mais, ne nous leurrons pas, aussi de notre capacité à subjuguer, à charmer. Les masses sont atteintes aujourd’hui par le constructivisme marketiné de starlettes rembourrées. Nous entendons par là l’exploitation de notre espace visuel pour que nous n’échappions pas à ce lebensraum de possédés incultes mais tellement bien foutus. Ainsi sommes-nous baisés, nous, pauvre élite qui voguons entre spiritisme, spirituel et spiritueux pour compenser notre manque de ventre plat, de beau cul, de teint lisse et de… plein de choses. Coucher avec une planche à pain, un rogaton blafard et frustré quand il a devant lui un burger et du Pepsi, un narcisse prépondéré mais tellement con qu’il ne s’en rend même plus compte, un stéréotype griffé jusques aux basques… Non merci ! Nous préférons quelqu’un qui nous attire pour ce qu’il est et non pour ce qu’il s’acharne à vouloir montrer. Cependant – admettons-le ! – l’adipose, la médiocrité et la disgrâce nous repoussent-elles… Nous sommes humain, nous aussi vivons dans cette société, et quelque part n’avons pas le choix ! »

Le geste, quant à lui, est une éducation. Nous devrions tous, dès l’enfance, apprendre à le maîtriser, par des cours de théâtre à l’école, par exemple, obligatoires car, tu dois le savoir, Fidèle, le geste à notre époque n’est pas une option.
Il ne reste donc qu’à développer la parole. Tu sais aussi, Fidèle, qu’une conversation se construit entre petites ridicules, verbiages pompeux, propos subtils, etc. Ce que tu ignores en revanche, par pure dénégation de ta part, est ce que nous appelons « préparole ». Elle correspond à tout ce qui pourrait être mais qui ne sera point, par un injuste fait du sort, parce que nous en parlons… trop tôt ! Nous retournâmes notre cerveau pour en trouver l’origine. Faisant appel à notre muse, conspuée à maintes reprises pour sa dépendance éthylique, nous comprîmes une chose essentielle. À chaque démonstration prématurée de ce qui n’est finalement que de la vanité, une onde s’acharne à nous baffer convenablement et publiquement pour nous rappeler que nos envies défient les dieux, que nos choix ne dépendent que peu de nous, et que le destin se dérobe sous nos pas quand nous pensons l’entrevoir pour nous mieux imposer sa splendeur. Le vice verbal que nous décrivons succinctement ici est donc bel et bien une malédiction à laquelle personne ne semble pouvoir échapper. Face à ce perturbant et somme toute dramatique constat, nous prîmes la résolution d’adopter la retenue et la constance dont nous parlons au début. Ainsi est-ce complet pragmatisme que d’accorder à cette réflexion psychologique de bar-after un intérêt certain. Nous ne t’invitons pas à prendre acte de ce qui s’apparente à de la pédanterie mais simplement à réfléchir sur ta propre expérience et à t’avouer, peut-être, qu’il est parfois plus raisonnable de fermer ta gueule !


4 mars 2005

Aix-en-Provence (France), 5 heures.

Merde, nous nous levons dans trois heures ! Bon, Arthur, abrège ou nous allons encore avoir la tête dans le cul aujourd’hui ; nous ne faisons rien de notre vie, avons tout notre temps, certes, mais ce n’est pas une raison ! Courage ! Après tout, le week-end sera court : nous devons nous rendre à Colmar pour la nuit. Douze heures de train aller/retour, tout cela en moins de deux jours. Mais bon, il faut bien payer le loyer. Note, Fidèle, avec quelle abnégation et sens des responsabilités nous nous démenons pour honorer nos factures ! Le jour où notre connard de propriétaire, Monsieur Viriot toujours, pourra nous virer d’ici, des thons défileront sur les podiums à la place des mannequins. C’est déjà un peu le cas au passage, méfions-nous…

8 heures.

Heinheinnn… Qui a eu l’idée conne de mettre de la dance pour dormir ? Arf… Ce doit être nous. Quel con !

Nous . Maman, encore cinq minutes s’il te plaît !
Nous / notre mère . Non, Louis ! Remue-toi un peu, tu vas me bouger tes fesses maintenant, allez ! Tu vas te trouver un boulot.
Nous . Mais, Maman, j’ai un boulot et je m’bouge les fesses déjà ; c’est ÇA, mon boulot !

Le téléphone sonne :

Nous . Arthur… Déjà levé ? Étonnant !
Arthur . Pas encore couché, chéri !
Nous . Rassure-moi !

10 heures, Rotonde.

Ah ! nous travaillons trop en fait. Courage ! un petit effort encore.

Nous . Garçon ! Un chocolat chaud, deux tartines, un croissant, un jus d’orange et un Gin Fizz, s’il vous plaît !

Bah quoi ? On a tous le droit de prendre du plaisir, n’est-ce pas ?

Le serveur . Votre Gin Fizz arrive, Monsieur !

Il fallait commencer par cela voyons, chéri ! Nos clopes… Où, Diable !, avons-nous mis ces putains de clopes ?

10h48.

Bon, maintenant que nous avons bien mangé, nous ferions bien une sieste… Non ! Il ne faut pas ! Et puis, de toute façon, nous ne dormirions jamais aussi bien dans notre lit que confortablement enfoncé dans la place numéro 13 de la voiture 2, première classe, c’est une évidence. Allons, un café et nous repartons ! Essayons de choper le serveur mignon là-bas !

11h43.

Merde ! Nous venons de nous rendre compte que nous avons oublié le gel ; quel con ! Quelle idée aussi de ne pas en proposer dans les distributeurs Selecta entre les Bounty et les bouteilles de Perrier ! Même au Relay, ils n’en ont pas. Quel monde, quel monde !

13h12.

Finalement, ce siège numéro 13 ne nous inspire pas confiance, et puis il n’est pas dans le sens de la marche. Nos problèmes existentiels sont tellement vitaux, comme tu peux le lire. Nous nous demandons bien comment nous parvenons encore à y survivre…

Belfort (Franche-Comté, France), 18h23.

À nouveau seul dans notre club 4, nous crûmes un instant que nous allions commettre un meurtre. Mémo perso : la prochaine fois, penser à emporter une arme anti-vieille, un alibi (dictionnaire slovaque, croix retournée, maquillage provoc’, collier de chien, Guerre et Paix* pour, à défaut de le lire, le leur coller en pleine poire, lecteur MP3…). Notre vie est éprouvante, tu sais !


5 mars 2005

Colmar (Alsace, France), 12h08.

Il neige ! Il neige ! Nous nous réfugiâmes au salon de thé L’Amandine dans la vieille ville. C’est que nous n’avons pas l’habitude de tout ce blanc, Fidèle ! Encore une nuit sans dormir mais nous sommes pété de thunes désormais. Ce n’était pas la grande bourre (sexuellement chiant), mais c’est passé vite et il était sympa.

La serveuse . Vous désirez ?
Nous . Un Gin Fizz, une niçoise et une grande carafe d’eau, s’il vous plaît !

12h16.

Putain, c’est pas un Gin Fizz de pédé, ça ! Parfait ! Notre train de retour est à 14h30, mangeons donc gaiement.

12h48.

Nous zonons… Rentrons et dormons ! Non, mauvais plan… Allons d’abord faire un tour dans la vieille ville, trouvons un Monoprix, achetons une Veuve, rentrons et plongeons-nous dans trois-cents litres d’eau bouillante saveur vanille. Décidément parfait !


12 mars 2005

Aix-en-Provence (France), 4h45.

Instant propice à la réflexion spiritueuse. Morphée, ce salaud prometteur de grande bourre, nous abandonne à l’instant dans un ronflement pénible qui ne berce que notre pensée nocturne, et non nos rêves. Ainsi donc sommes-nous las devant lui, nu et étiré, bientôt pourvu du charme crépusculaire. Nous aimons cet instant de demi-nuit, de demi-vie, qui manœuvre sur nos pensées folles. Nos yeux lourds forment le dessein de nous laisser en plan ; notre esprit combat cet état. Nous sommes le sujet de ce conflit romantique : « Ô sage passionné du ténébreux, finiras-tu jamais par t’endormir ? » Dans quatre heures, nous devons nous lever pour quelque rendez-vous uranique ; à quoi bon finalement, nous préférons zoner. La nuit dernière, nous ne couchâmes pas non plus, le blond ténébreux nous ennuyait. C’est toujours pareil avec lui : il nous invite, il nous comble, il nous laisse ou nous le chassons. Autant avoir un chaton, au moins lui ne ronfle-t-il pas. Le midi, nous déjeunâmes avec Nanou, vidâmes un Saint-Véran blanc très rond, très bon, rentrâmes et dormîmes. À notre réveil, notre estomac criait famine. Nous le remplîmes de Nutella et de gin et depuis, comblé, il ferme sa gueule et accueille chaque chaude descente de cette liqueur divine avec foi. Il n’a qu’à nous remercier. Nous disions donc que nous aimions cet état de demi-vie, au matin, lorsqu’il faut aller à la Poste chercher du fric, à la boulangerie acheter du pain, chez Nicolas s’offrir du bien. Nous pensons qu’aujourd’hui ce sera cette Bollinger que nous vîmes hier midi à trente-quatre euros et quelques ; elle nous hante, nous appelle. Elle nous pèle ! Sommes-nous dépendant, sommes-nous atteint ? Nous ne savons. Est-ce complet délire, non… complet désir, que de boire les rêves dans des bulles ? Nous ne savons. Nous savons seulement qu’elles ne nous irritent pas, elles, contrairement à ce blond ténébreux qui trempe notre précieux drap de satin de sa scintillante candeur. Pour faire clair, il bande ! Nous n’avons aucune volonté et le rejoignons.

23h49.

Ça se dit aixois, ça s’habille Van Dutch ou Kulte ou pour les mieux Adidas Vintage chez Stéphanie Bruno, ça se coiffe chez Tony & Guy, Sculpt ou VIP Studio, et ça vient ici commander un Coca-Cola ou un café en comptant les derniers centimes qu’il reste dans la bourse offerte par papa et maman. Nous sommes, nous, habillé electro-trash avec ce que nous trouvâmes dans le fond de notre coffre.

Nous . S’il vous plaît ? Un autre Gin Fizz, un grand verre d’eau et… voyons… le foie gras truffé, vous le servez par combien ?
Le serveur . Par deux. C’est une assiette de deux.
Nous . Parfait, mettez m’en quatre, s’il vous plaît !

Notre paquet de clopes est neuf ; il ne fera pas la soirée. Notre bourse est pleine ; nous la soupçonnons de ne pas tenir plus longtemps. Ce soir, nous devions aller au Med Boy avec Virginie, Niko et Sébastien, son copain ; annulé ! « OK les gars, pas de problème ! » Sur MSN, nous croisâmes un pote de tchatche et conclûmes avec lui que, quitte à être seul et déjà bourré au gin, autant continuer sur notre lancée : nous sommes chaud, nous sommes jeune, nous sommes beau, nous avons un peu de fric, nous avons envie de faire la fête, nous sortons, avec ou sans personne, nah ! Ici, à La Rotonde, la musique est sympa, le peuple précaire j’me-la-pète-je-viens-parader nous inspire. Le foie gras est tout à fait convenable. Nous ne savons pas avec quoi ils le fourrent mais s’ils pouvaient en faire autant avec certains de ces Aixois, cela rendrait cette ville réellement agréable ; pour le moment, il y fait seulement bon vivre. Nous pensons finir au Med Boy après, et rentrer décadent en rampant chez nous, comme toujours. Il n’y a pas de raison, pourquoi nous en priverions-nous ? Tiens ! Vendredi 18 mars à La Rotonde, soirée Ultra Lounge de 19 heures à 2 heures ; c’est là qu’il faut être pour rencontrer du monde ! Vitalic sera ensuite au Studio 88. Avis aux amateurs…


13 mars 2005

Aix-en-Provence (France), 00h15.

La détente est de mise, le lieu est intimiste. L’une commence à danser sur une musique orientale naissante près du bar. De noir vêtue avec un liseré rouge sur le col, elle déchaîne ses rondeurs. En bon before, La Rotonde tient ses promesses. Alors que le petit chien gueulard de la maison déambule entre les tables, Margarita, vins blancs, gins, champagnes et autres coulent à flot, préparant la cité cosmopolite à la fête, à l’oubli. Décidément mignon, ce serveur ! Il nous demande si notre Gin Fizz nous convient.

Nous . Absolument parfait !

00h32.

Le temps est venu de rejoindre le Med Boy et de sombrer. Une dernière clope et nous y allons. En attendant, que dire rapidement sur le Med ? Avant tout, Michel, nous l’adorons, le considérons comme un ami et son bar comme un lieu culte où l’on s’amuse bien. L’endroit est glauque, vieux, la voûte au sous-sol tombe en miettes sur un billard qui tient par miracle et les vieilles se branlent dans la salle de visio dans l’espoir qu’un jeune et bel éphèbe vienne les aider. Nous préférons mille fois le Med à n’importe quel autre bar chic et puant de cette ville de faux bourgeois (tous sauf La Rotonde, évidemment !). Tout le monde peut en dire ce qu’il veut, il n’empêche : au Med, nous n’y avons que de bons souvenirs.

19h12.

L’ambiance musicale en ce moment à la maison est aux années 60 : Fifth Dimension. Nous sortons de trois-cents litres d’eau bouillante saveur lait de palme ; nous croyons les avoir méritées. Nous n’eûmes hélas pas cette Bollinger que nous désirions tant hier mais ce n’est que partie remise. Notre équipée nocturne nous fit dériver bien plus loin que ne l’auraient fait, de toute manière, ces soixante millions de bulles. Nous arrivâmes au Med Boy, seul, légèrement pinté. Michel nous ouvrit en nous accueillant comme à l’accoutumée les bras ouverts. Nous entrâmes, regardâmes qui était présent et qui ne vîmes-nous pas ? Stéphane, un copain rencontré alors que nous bossions encore tous les deux à Monoprix. Une surprise, assurément ! Nous nous croisons si peu malgré un passé commun (et profond) datant de l’été 2003. Nous parlâmes un moment, commandâmes un Martini Rosso – nous t’assurons, Fidèle, que c’est la Michel qui se planta sur le Rosso, n’en étant pas fan du tout, mais bon… de gaspillage point trop n’en faut ! – puis un Bianco. Entre temps, Michel sortit le mot Cancan ; ce soir, il allait en boîte. Entre deux vapeurs éthyliques, nous le captâmes et en profitâmes pour lui demander de nous emmener avec lui. Stéphane était avec un copain. Nous leur demandâmes s’ils voulaient descendre faire un billard, la nuit ne faisait que commencer, mais il était fatigué !

Nous . Qu’à cela ne tienne, bonne soirée chéri ! Moi je compte bien en profiter !

Nous descendîmes donc seul. Il n’y avait personne en bas non plus. Nous plaçâmes les boules sur le tapis et commençâmes à jouer. Après quelques coups pitoyables, admettons-le, un mec vint nous rejoindre et nous proposa une partie. Nous avions déjà joué ensemble la veille, il nous semble, ou une autre fois, peut-être ; toutes les nuits sont les mêmes à l’ouest. S’ajoutèrent ensuite deux autres connus contre lesquels nous disputâmes une partie acharnée qui s’acheva en égalité parfaite. Nous demandâmes la belle pour un autre jour : on ne fait pas attendre le dancefloor du New Cancan ! Allons, tout le monde en voiture, il était déjà 3 heures et cette nuit-là, Michel s’inventa grand prince, c’était pour lui ! Nous entrâmes en boîte en invités du Med donc. Michel commanda des verres pour tout le monde et là, enfin, la soirée sombra sérieusement dans le n’importe quoi déluré décadent très alcoolisé que nous vénérions. Entre poppers, clopes et verres divers, sur la piste enfumée électro-clashée 80, nous dansâmes à en perdre nos sens.
Nous ne l’avions pas remarqué au Med, ni à vrai dire sur la piste du Cancan. Il était venu avec les autres et s’appelait Régis. Au fil de la soirée, l’ambiance se détendit suffisamment pour nous envoyer des verres de vodka pomme à la figure au beau milieu de la piste, en guise de rafraîchissements, entends-nous bien. Le t-shirt mouillé, nous n’eûmes d’autre choix que de continuer torse nu. Il fit de même et de nos jeux sortit une certaine attirance réciproque. Nous sommes un être inaccessible et ne cherchons personne dans notre vie. Nous jouâmes donc la froideur, mais pas la distance. Nos corps se collèrent et se séparèrent pour, épargnons-nous les détails, finalement s’emmêler sur une banquette proche du bar (jamais trop loin, jamais !). De baisers langoureux en caresses subtiles et délicieuses, le temps vint rapidement au départ. Nous souhaitions rentrer avec Michel (nous rentrions tous ou presque sur Aix) mais en voyant son état, nous changeâmes étrangement d’idée et montâmes avec les autres, torse nu. Il était 7 heures. Régis nous invita à dormir chez lui. Nous lui concédâmes même une coucherie, tant qu’à faire, à condition qu’il ne s’attachât pas. Finalement, nous passâmes la journée à baiser, pour ne rentrer chez nous que vers 17 heures, épuisé, tu t’en doutes, par tant d’ardeurs à nous socialiser. Ah ! le temps est venu de nous préparer, encore, mais nous serons sage ce soir…


17 mars 2005

La nuit dernière, nous célébrâmes la déesse Cervoise ! Nous ne sommes pas catho, nous en foutons comme de l’an 450 de la Saint-Patrick puisque nous sommes païen mais cette fête religieuse et nationaliste outre manche nous apporta ici LA parfaite justification pour nous bourrer la gueule à la bière dans la rue de la verrerie devant feu The Red Clover, rebaptisé récemment après moult explosions mafieuses le O’Shannon. Nous ne lésinâmes sur rien, bûmes, bûmes et bûmes encore, le but de cette nuit étant le coma éthylique. Kanterbrau, Calsberg, Despe, Corona, Heineken, Leffe, la bien nommée Bière de Mars… Le choix au Casino était établi mais, finalement, un pack de dix bouteilles de Kro allèrent ! Et puis nous nous dîmes que tout le monde avait dû en prévoir de son côté. Passage par la Poste centrale : eurk ! De quoi nous demander pourquoi avoir voté pour Maryse aux dernières élections…

Nous . Excusez-moi… Non, non, ne bougez pas voyons, je vous enjambe… Non… Je n’ai pas de fric sur moi… Ah, non plus non, le pack n’est pas ouvert… Comment ?… Heu… Désolé, je ne parle pas roumain… Sans Logis ? Je ne lis que Le Monde mais c’est gentil !

Comment leur en vouloir ? Après tout cela n’est-il pas de leur faute s’ils sont ici, c’est celle de Maryse qui les laisse entrer !

La masse inculte . Quelle salope !

Oui, elle le sait, et alors ? Elle adore ! Continuons notre périple ! Nous arrivâmes à l’appartement (nos clopes, nos bières et nous-même) vers 20 heures.

Nous . Bonjour tout le monde ! J’ai pris des bières !
L’une . Nous aussi, quatre packs géants !
Une autre. C’est la fête ce soir, les gars !
Une dernière. Qui veut fumer ?

En parfaits jeunes gens biens sous tous rapports, nous rejoignîmes la rue, déjà pintés, bière dans une main, clope dans l’autre et deux sacs de réserves blondes ou brunes. Destination : rue de la Verrerie ! Nous ne savons pas pour toi, Fidèle, mais avant ce soir-là, nous n’avions jamais mis les pieds dans ce pseudo restaurant chic qu’est le Bistrot Romain. Seulement, minuit approchait, il nous semble, et notre outre vésicale criait à l’urgence. Ne faisant pas la fine bouche, nous entrâmes avec Joe !

Nous . Bonsoir ! Excusez-moi, pourrions-nous emprunter vos toilettes, s’il vous plaît ?
Le serveur . Heu… Nous allions fermer, mais… Oui, allez-y.
Nous . Merci, trop aimable !

Ô Cervoise, Cervoise, plaisir à double sens…

Nous . Joe ? Joe ?
Le serveur . Votre amie est déjà dehors.
Nous . Parfait, encore merci. On reviendra !

Comme prévu, la rue de la Verrerie était bondée de monde ; en masse, les supporters du trèfle (et à défaut ceux de la bière) étaient regroupés entre l’Elfike et le O’Shannon. Nous nous posâmes devant le pub.

Nous . Bon, les filles, ces jeunes gens sont morts, allons les réveiller ! Virginie chérie ?
Virginie . Allez !

Et nos deux joyeux lechorpans bourrés de déambuler entre les fêtards coincés en criant : « C’est la Saint-Patou ! C’est la Saint-Patou ! Joyeuse Saint-Patou ! » Et eux de répondre gaiement par des sifflets en levant leur pinte à la décadence. Ô Cervoise, prête-nous ta muse en cette nuit de flots ! Deux heures et trois litres de bières plus tard (pour notre seule part), nous nous traînâmes jusques à l’appartement. Les détails nous échappent aujourd’hui ; nous nous souvenons de barrières, de gazon et de bancs, signe que nous dûmes souvent nous arrêter bon gré, mal gré. Une fois au chaud, nous ne tînmes pas, laissâmes la collégienne étasunienne anorexique qui était en nous s’exprimer librement au-dessus de son trône et nous effondrâmes sur un lit, posé là. Au matin, il était 11 heures, nous nous levâmes tout pimpant, prêt à recommencer une telle nuit, frais et disponible… Pff… Tu parles ! Nous avions la tête dans le cul et après un suprême cheese chez Quick pour éponger tout cela, nous dûmes nous gaver de molécules diverses pour enfin pouvoir ouvrir les yeux en grand. Dans notre bain, la coupette ne pétillait cette fois-ci que de petites bulles acidulées au goût d’orange lyophilisé. Au réveil de notre longue sieste, nous ouvrîmes notre agenda et, ô grande joie, dimanche, ce sont les Rameaux. Chic, vive le Saint-Joseph !


29 mars 2005

Hier, jour de Pâques, nous nous adonnâmes, telle une bonne cloche que nous sommes, à quelque plaisir agreste. Nous avions rendez-vous, Nanou et nous-même, pour déjeuner ensemble à demeure sur le Tholonet. Le coq n’étant pas réputé pour son acharnement au travail, nous ne trouvâmes nulle part de caviste digne de ce nom ouvert un lundi, férié de surcroît, pour nous indiquer une liqueur appropriée ; ainsi donc achetâmes-nous un Monbazillac dans une enseigne dite grossière. Sur la terrasse, la chaleur du soleil harmonisée par un léger filet d’air, la table fut dressée et entre deux immixtions de cette belle robe fruitée et alcoolisée dans nos gosiers mendiants, nous décapitions des crevettes en nous contant nos derniers potins. Se rapporta par exemple le repas à l’Aixquis entre le comte de Provence et son invitée la comtesse d’Anjou qui eurent la fantaisie de commander un vulgaire pot-au-feu provençal que le chef dut agrémenter de luxe et de goût pour ne pas être obligé de servir la soupe du pauvre à l’aristocratie française tombante. Le Monbaz’ mort pour l’honneur de sa maison, Nanou rapporta du rouge de la région pour accompagner le canard confit aux figues, le gigot de mouton et les champignons en sauce ; un véritable repas champêtre en somme… Pour le dessert, nous dégustâmes une mousse à l’abricot, fondante, signe d’un été approchant et tant attendu. Enfin, c’est au Bailey’s que nous célébrâmes le rami. 15 heures approchaient lorsque nous continuâmes notre route, seul et à pattes toujours, vers le château du Tholonet. Enfoncée derrière, entre deux falaises, se trouve pour les plus téméraires une petite cascade ; c’est là que nous prîmes notre premier bain en extérieur de l’année dans une eau pour le moins rafraîchissante. Le jean trempé et torse nu, saillant à souhait, nous revînmes sur nos pas pour escalader un peu une faille plus ou moins définie, voire carrément inexistante, et rejoindre ainsi le haut de la falaise et la piste violette, couleur goudous. Nous ne te conseillons pas, Fidèle, de l’emprunter après telle barbotage… Nous pûmes en effet, fier de notre philosophie animiste, vérifier que dame Nature existe concrètement en nous croûtant lamentablement à plusieurs reprises sur des racines, incapable de lever notre jambe cotonneuse et engourdie par la froide humeur du printemps ! Le souffle sec, nous retrouvâmes finalement le sommet de la colline, humble devant notre connerie. Nous atterrîmes au dessus du barrage Zola. Sur le chemin du retour, nous croisâmes une masse de citadins heureux de pouvoir venir se ressourcer en pouvant garer leur caisse miteuse et polluante dans un parking dit vert planté au milieu de la colline. Pour type de base, le Marseillais au fort accent de prolo pastisé, nous promit sa plus grande caricature en s’insurgeant pour impressionner son fils de douze ans et sa femme plus tirée que la divine Cher elle-même, devant un pauvre randonneur à vélo en train de réparer sa chambre à air crevée. Dans pareil cas, lui aurait dans sa besace Décathlon deux ou trois « chambreuhs de secoureuhs », et puis, de « touteuh manièère », ses « peuhneus Micheuhlin », aux prix où il les aurait « acheuhtéeuh », n’auraient jamais « rieen laissé passer euh »… Regrettant nos randos solitaires et nocturnes de fin d’automne, nous nous enfermâmes alors dans nos pensées et continuâmes notre marche haletante vers Bibémus. Nous gagnâmes la ville une ou deux heures plus tard quand, devant le Sacré-Cœur, nous reçûmes un coup de fil.

Nous, entre deux bâillements . Aaallo !?
Marie-Françoise . Mon p’tit Florimon, c’est Marie-Françoise !
Nous . Marie ! Comment vas-tu, chérie ?
Marie-Françoise . Et bien écoute, j’étais à Nancy ce week-end ! C’est le gros bordel avec les trains là, je n’en peux plus, je craque !
Nous . Mais où es-tu donc, Marie ?
Marie-Françoise. À Mâcon ! J’ai pris le premier train pour Marseille mais, dis-moi mon p’tit Florimon, rassure-moi, il s’arrête bien à Aix, n’est-ce pas ?
Nous . Heuu…

Sacrée Marie-Françoise ! Toujours à l’ouest, presque pire que nous, dis donc… Onze heures de voyage et un épileptique plus tard, elle arriva finalement à Aix ; quel monde, quel monde ! Une fois chez nous, nous n’eûmes pas le courage d’un bain. Avec grand-peine pour nous déplacer, nous zonâmes sur la toile avant de sombrer dans notre lit. Grande expérience que cette sainte journée, assurément !


31 mars 2005

Aujourd’hui, de nombreuses années vinrent ajouter leur détestable révolution à nos pensées quotidiennes. Nous nous levâmes tôt ce matin, 8 heures, motivé pour aller nous promener au parc de la Torse, par exemple, avec notre bio de Mérimée, du pain pour les canards et peut-être aussi du tricot (et de la weed) mais c’était sans compter un tout petit détail appelé monoï, oui, mais du monoï DE Tahiti ! En sortant de notre lit donc, nous fîmes couler un bain chaud, allâmes nous verser une coupe de Martini Bianco (plus d’olive verte, mauvais présage…), changeâmes notre tracklist pour Enya, retournâmes à la sale d’eau et là : le drame ! En ouvrant notre bouteille de monoï, préchauffée dans l’eau pour le faire fondre, ses effluves absorbées par nos narines, nous nous vîmes, nous, dans vingt ans. Angoisse. Nous fûmes pétrifié sur place ! Nous nous jetâmes sur notre glace, regardâmes, scrutâmes nos traits pour nous rassurer et non, heureusement, nous n’avions pas réellement pris vingt ans en une nuit. Quand bien même, nous en gardons encore une très mauvaise impression ! À cette époque somme toute proche, nous nous vîmes esseulé, avec un chat et notre ficus dépéri, sous les toits d’un immeuble chic parisien, avec des caisses de Bollinger pour uniques confidentes, nous prélassant des heures dans des eaux lactées ou palmées (au choix !) qui garantissaient la fraîcheur de nos traits tirés et de notre corps plastique. Non ! Nous devions combattre cette pensée horrible ! Nous ne sommes pas le type même du snobinard qui se complaît dans la pâle lueur matérielle de la décadence. Pensé ainsi, dans un bain chaud au monoï (presque pur !) avec une coupe à cocktails en cristal remplie de Martini Bianco et de glaçons, ce n’est guère crédible, certes… Passons.
Ceci est notre pensée sentinelle. Nous avons 23 ans, la vie devant nous ; nous nous revendiquons et puis c’est tout ! Il y a peu de temps encore, nous étions un jeune coq arrogant qui critiquait beaucoup le petit monde dans lequel il évoluait. Le dépit et la lassitude du chaton qui crie dans un gouffre de crétinerie eurent raison de notre témérité. Mais tout ceci n’est pas important en soi. Dans vingt ans, si nous y parvenons :
– Nous aimerions être un homme usé mais fort, enrichi par les nombreuses expériences que la vie lui aurait apportées ;
– Nous aimerions être de ceux qui peuvent se retourner avec une certaine satisfaction de ce qu’ils ont accompli, des choses simples mais utiles, des choses humaines et pas futiles ;
– Nous aimerions nous sentir bien dans nos rides et dans notre peau tannée par le soleil de nombreux pays ;
– Nous aimerions être fatigué mais droit, sage mais pas pédant, inconnu mais apprécié.
C’est la raison pour laquelle depuis quelques semaines notre cœur tend à nous pousser vers de nouvelles péripéties loin d’ici, de cette société où tout le monde n’est personne, où personne n’est quelqu’un. Plus tard, nous aimerions sourire de ces gens qui restèrent derrière nous, imbus de leur personne alors que de leur vie ils ne firent jamais rien.


2 avril 2005

Le Pape est mort, vive le Pape ! Le pauvre, enfin, ce n’est pas trop tôt, il ne tenait plus à son bâton, notre Jean-Paul. Et puis, les piqûres, autant les faire à des enfants phtisiques qu’à un vieil homme sur la brèche qu’il faut faire tenir à coup de DHEA dans une clinique privée suréquipée pour ne pas endeuiller les célébrations pascales ! Comment ? Ah ! il n’est pas encore mort. Tu es sûr, Fidèle ? C’est étonnant ! Nous nous réjouîmes trop vite alors ?! Il faut nous comprendre car, en fervent partisan de cette foi sectaire qu’est la religion catholique, nous ne pensons qu’à son bien-être, naturellement… Par ailleurs, depuis le temps qu’on lui promet son retour sur Terre à Rézouss, il commence à s’ennuyer grave tout seul là-haut ; parfait, nous diras-tu, plus on est de folles, plus on rigole et ils pourront se mettre au jeu de go à deux contre Confucius qui, avouons-le, s’ennuie lui aussi devant le pathétisme de la religion chrétienne. Oula… Nous allons nous attirer des foudres nous, une fois de plus ! Que veux-tu, nous sommes le Diable en personne : nous sommes pour l’avortement ; nous prônons le port des préservatifs (enfin, pas trop chez nous…) ; nous sommes contre toute forme de religion iconolâtre et monothéiste et, pire que tout, nous sommes gay ! Le Diable, pas moins ! Nous ne comprendrons décidément pas comment un gouvernement qui dépense des millions dans des majorettes blindées, un service postal enterré, des polichinelles suisses et autres ne peut pas empêcher la mort d’un saint puissant. Ah, quel coup du sort ! « Dieu te rappelle à lui mon brave, tu as bien servi sur Terre, regarde : le monde va si bien depuis que tu es là… » Tu parles ! Nos jolies fesses ont dispensé plus de joie autour d’elles que cet élu prosélyte ! Nous ne pensons pas avoir besoin d’expliquer que s’il n’y avait pas eu de religion monothéiste sur Terre, l’Homme aurait évolué vers une civilisation digne de ce nom et pas vers un creusé débile de petits prophètes mégalos et de moutons bouseux et aveugles. Alors maintenant, forcément, il est baisé : il a les moutons, il lui faut bien leur berger !


3 avril 2005

Nous aurions voulu démonter les rues parisiennes en 68 ; nous aurions voulu visiter Woodstock en 69 ; nous les avions déjà douces en 88 ; et bien nous étions ce matin à la cathédrale Saint-Sauveur en ce jour de fête de l’Alliance et de pénurie pontificale. Précieusement manuscrit dans le carnet de bord du Vatican, Jean-Paul II sombra hier à 21h37 alors que nous nous apprêtions à pécher de gourmandise au Tir Bouchon à Aix-en-Provence. Nous n’apprîmes donc cette triste mais pas insurmontable nouvelle que ce matin au téléphone ; il devait être 9 heures. Il était déjà prévu que nous allions à la messe avec Marie-Françoise, nous étions donc tout excité, la dernière remontant à la Pastorale du village de nos parents pour la veillée du 25 décembre 2004. Nous nous étions levé tôt, en étions déjà à deux gin, avions prévu le poppers pour supporter le sermon lorsque, ô funeste malédiction, le coup tomba ; nul n’est donc éternel ! Nous arrivâmes à l’église après l’appel des fidèles, il ne restait plus de bonnes places ; c’est toujours pareil de toute manière, c’est injuste ! Tant pis, nous nous contentâmes de l’allée gauche et ne vîmes pas si mal la scène finalement. Accompagnés d’une nuée encensée de larmes de Birmanie, les prêtres paradèrent avant d’échouer derrière l’autel. Chacun trouvant vite sa place, depuis le temps, la cérémonie put commencer avec quelques mots du père puis les chants élévateurs du chœur cantabile. Avouons que c’était envoûtant, presque aussi touchant que les trois petites filles devant nous qui n’y étaient que par la volonté de leur pieu paternel.

Le père. Hier soir, notre pape a accompli son dernier voyage et nous qui croyons en lui et en sa foi pour notre seigneur Jésus Christ l’avons accompagné dans sa lente agonie avec nos prières.
Notre pensée profonde . Vous et TF1 !

Et c’est peu dire ! Nous n’avons pas la télévision chez nous (Dieu merci !), mais s’ils avaient pu filmer son dernier souffle à Paulo, nous sommes certain qu’ils ne se seraient pas gênés, ces vautours. Par ailleurs, Claire Chazal est aussi fine et crédible pour demander des nouvelles de la Clef que Gérard Holz quand il en prend d’un Italien qui vient encore de se tuer sur le Paris-Dakar… Les fiancés furent également loués ce matin :

« Tu es le Dieu d’amour
« Qui appelle l’homme et la femme à ne faire qu’un
« Pour qu’ils soient les témoins de Ton amour.
« Nous Te prions… Conneries, conneries… Amen ! »

Nous eûmes même droit à un questionnaire au choix très restreint ; il suffisait de répondre : « Oui, nous le voulons ! » à des trucs finalement sans intérêt. Sérieux et imbuvable, le père tonna que Dieu était amour et que l’amour n’était QUE Dieu. Et merde ! N’y croyant pas, nous étions obligé d’accepter notre vie de souffrance, de solitude jusques à complète déliquescence ; ce n’était pas notre jour. Arriva finalement la course aux hosties et puisque nous n’en prenons pas (nous ne fûmes que baptisé, et à notre insu), nous regardâmes donc un peu les gens.
L’hostie, c’est le corps du Christ qui est là pour purifier les âmes, à défaut de caler un petit creux. Ainsi, tu peux faire toutes les conneries que tu veux, Fidèle, viens donc à l’église ensuite, elle lavera tes péchés. D’ailleurs, le père le signala au début : « Nous sommes tous pécheurs, nous nous prosternons devant ton amour. » ou un truc du genre. Et cela, Fidèle, nous donne envie de gerber ! Nous sommes contre cette hypocrite allégeance. Nous vîmes aujourd’hui davantage d’amour dans le regard de notre boulangère que dans celui du chrétien quêteur avide de fin de séance qui fit le tour des bancs pour remplir son panier de fric. Non, très franchement, la messe ainsi faite, plus jamais ! À trop se prendre au sérieux, ils en deviennent tous méprisables ; la religion ne passe déjà pas, ces bondieuseries idiotes encore moins !


5 avril 2005

Apologie de la prostitution

En plus vieille fonction du monde, du bitume aux hautes sphères, elle sera toujours, et à jamais elle sera appréciée. C’est ainsi qu’elle se présente à tous, quoi que l’on en puisse penser. Nous nous dîmes donc : « Florimon, puisque vous avez quand même un peu d’expérience en cet endroit, vous allez témoigner ; confessez-vous ! »

Histoire et culture

Adorées ou conspuées, les prostituées suivent le cours de l’histoire avec courage et ténacité. À la préhistoire, l’homme rapportait déjà de la viande pour la femme qui lui offrait en échange ses faveurs. Dans l’Extrême-Orient moyenâgeux, la femme était louée pour son art sexuel et jouait parfois un rôle important dans le jeu politique (Mata Hari ferait pâle figure si nous osions les comparer). En Europe, la donne ne fut pas aussi chanceuse. Au IVe siècle, Théodose Ier le Grand, empereur romain, pensa exiler tous les pères, époux et / ou maîtres qui prostituaient leur filles, femmes ou esclaves mais n’en rédigea aucune loi. Au VIe siècle, Justinien Ier, empereur byzantin, débuta la répression en en promulguant une dans son Corpus Juris Civilis qui punissait sévèrement tous les proxénètes (souteneurs et maquerelles). Cette loi rendait aux ex-prostituées le droit de se marier (son épouse Théodora en était une, forcément ça aide…). Rien dans ce texte cependant ne prévoyait encore de sanctions à l’égard des prostituées mêmes. Au contraire, un programme de réadaptation sociale (la Gauche déjà ?), appelé Metanoia, fut mis en place ; échec total, la Gauche, déjà ! Chez les Germains, une vision similaire était partagée et la prostitution représentait un mal à combattre, les proxénètes étant passibles de la peine de mort sous Théodoric Ier. Ce ne fut qu’avec le Code Alaric, promulgué par Alaric II, roi des Wisigoths, que les prostituées étaient fouettées. Sous Charlemagne (le même qui inventa l’école), la répression devint quasiment obsessionnelle. Les capitulaires stipulaient que toutes personnes qui racolaient, aidaient les prostituées ou encore tenaient des bordels étaient passibles de flagellations. Les prostituées étant perçues comme de très graves criminelles, les coups étaient portés à trois-cents tel que le prévoyait le Code Alaric et leur chevelure était coupée. En cas de récidive, elles étaient tout bonnement vendues comme esclaves au marché du coin. Cette méthode ne fonctionna pas non plus puisque les chefs francs avaient des gynécées et que même les sœurs de certains couvents se prostituaient pour arrondir leurs fins de mois ! Arriva un peu plus tard, au XIIIe siècle, le tour de saint Louis qui passa de la dure répression à la tolérance presque forcée : les hommes se plaignaient de ne plus pouvoir protéger la chère vertu de leurs filles et femmes des assauts de violence que canalisaient autrefois les bordels. Tenu en échec, Louis dut révoquer son édit et ouvrir un centre de réadaptation et de reclassement, dans la même ligne que celui de Justinien, appelé cette fois-ci Couvent des Filles-Dieu. Comme si une claque ne lui suffisait pas, il se heurta, lors de la huitième croisade qu’il dirigea, à l’habitude qu’avaient les prostituées de suivre les troupes en Terre Sainte. Le pauvre se retrouva avec un salaire de treize mille prostituées sur les bras afin d’encourager ses soldats en guerre loin de leurs femmes. Son fils Louis IX continua cette politique. À la même époque, Thomas-d’Aquin, quant à lui, mit carrément les pieds dans le plat en justifiant dans sa Somme théologique la prostitution comme étant un mal nécessaire et en clamant que l’on pouvait accepter les fruits de ce commerce en toute conscience*. Avec le fric que le clergé se faisait sur le dos de la putain, le contraire eût été surprenant ! En 1360, la reine Jeanne Ière des Deux-Siciles ouvrit un bordel en Avignon, plus pour renflouer les coffres du royaume que par humanisme, mais cela créa un précédent et les filles de joie étaient largement contrôlées par des médecins et une abbesse. L’ordre du jour (de l’époque) était à l’institutionnalisation pour, en plus de se remplir les poches, donc, restreindre cette activité à certaines zones de la ville. D’ailleurs, Voltaire rapporte que l’évêque de Genève administrait tous les bordels de ses terres[Note]. Pour la suite faisons-nous court car c’est carrément de la ségrégation et nous trouvons cela abjecte. À Venise par exemple, on les habillait d’une certaine façon pour pouvoir sévir si elles ne respectaient pas les capitulaires ; à Londres, on leur interdisait de porter de la fourrure ou de la soie ; leurs talons étaient également limités à une certaines hauteur ou interdits à Venise et à Sienne. De toute évidence, les courtisanes faisaient de l’ombre à la société et du moment qu’elle ne les voyait pas trop, elle s’en satisfaisait. Sous l’Ancien Régime, nul besoin d’entrer dans le détail, l’époque était au libertinage le plus excitant, Versailles et Paris devinrent le bordel de l’Europe (un peu comme Bruxelles pour les homos d’aujourd’hui). La prostitution fut rapidement considérée comme une mode et les bordels des lieux de détentes et de plaisirs acceptés. Dès 1878, c’est au Chabanais de Madame Kelly que la haute société européenne venait laver ses mœurs. Quelques décennies plus tard, la très célèbre et très controversée Madame Claude domina le monde sur les scènes politique, artistique, économique et culturelle. Rien ne semblait pouvoir faire tomber en disgrâce ce théâtre aux milles plaisirs ; et pourtant… Alors qu’en Europe et en Amérique du Nord, les tripots et différents cercles faisaient la joie de leurs pensionnaires comme de leurs clients, en Asie et en Amérique du Sud, certains abus se manifestèrent et l’ONU vint y foutre son nez, condamnant ces pratiques au grand nom des droits de l’Homme et de sa condition. Les choses alors changèrent : les guerres, les bouleversements économiques et culturels, les mœurs coincées, les puritains… Tout cela détruisit des siècles de préparation et de marches vers la libération. Aujourd’hui, notre société nage dans une définition vaseuse, hypocrite, héritée d’un féminisme réactionnaire et lisse, défendue par des idiotes. Une cri chétif s’élève toutefois au dessus des slogans moralisateurs : « Nous ne sommes pas des chiennes, nous ne demandons qu’à être reconnues et des papiers pour nos amies les putes albanaises ! », bien ridicule, avouons-le, à côté du combat des Dames Claude et Kelly.

L’art dans le besoin

Coucher pour du fric ne relève pas selon nous d’une facilité des plus communes. Que l’on s’imagine en être capable lorsque la nécessité l’exige est loin d’être suffisant – à moins de faire le trottoir au parc et de ramasser les ébréchés du cerveau et les vieilles tantes sadiennes qui conduisent là leur cul libidineux pour y trouver chair fraîche. Nous regrettons amèrement les maisons closes dans lesquelles souvent un certain art de vivre et une hiérarchie des valeurs étaient présents ; la putain était alors considérée pour ses services et non seulement pour ses orifices. Bien entendu, tout n’y était pas rose, ne tombons pas dans l’angélisme ; mais quand même. Aujourd’hui, et par la faute des pontes idiots qui dirigent la société, la luxure mondaine laisse la place à la médiocrité de l’asphalte ou des terrains désaffectés et aux dangers de la déviance. Heureusement, des moyens annexes existeront-ils toujours, dans nos chers pays voisins par exemple. Proposer de tels services requiert aussi une certaine capacité à l’indifférence. En effet, il est impensable de revenir d’un contrat traumatisé et il faut donc laisser le fun et le fric faire bon ménage ; lorsque l’un manque, continuer n’est que perversité ou bêtise. Pendant longtemps, les courtisanes eurent plus d’influence sur les hommes que leurs épouses. Nous pûmes constater que se prostituer n’est pas mince affaire ; il faut être pute, masseur, infirmier, amant, confident, prêtre ou psy, tout cela en accumulant les nombreuses informations que son client déballe pour se soulager moralement, sans nécessairement y prêter grande attention ; des confidences sur l’oreiller qui prennent alors tout leur sens. Il ne faut pour autant pas négliger le besoin réciproque car trouver un foutoir pour se vider est accessible au premier venu, surtout aujourd’hui ; l’art de savoir montrer (ou dissimuler) ses charmes rend alors le défi incroyablement complexe.

L’exception gay

Les homosexués de nos fréquentations, ces deux dernières années, nous apportèrent suffisamment matière à réflexion pour nous dégoûter purement et simplement de leur petit monde, malheureusement pas si étroit que cela, si tu vois ce que nous voulons dire. Dans le Milieu, aucune norme, aucune valeur, aucun honneur, aucune gloire, aucun esprit, aucun savoir-vivre ne règle la vie de l’homo de base qui pense avec sa bite et son cul. Il faut donc dans le Milieu jouer finement, se fondre insidieusement dans la masse inculte et la manipuler au mieux. La prostitution y est courante, qu’elle soit directe ou plus subtile. Entre l’escort-boy qui s’affiche clairement vénal et le jeune éphèbe qui tombe sous le charme bedonnant d’un mec de cinquante piges, étrangement friqué et généreux, nous ne faisons aucune différence, chacun faisant son chemin comme il l’entend, même si le second a plus de chance de réussir car le vieux en question est aussi fier et bête qu’orgueilleux. Aujourd’hui, un plan remplace une relation. Ce qui était avant un échange, vénal certes mais autrement enrichissant, n’est plus qu’une branlette contre un mur. Payer un garçon pour ses charmes et la qualité de ses services n’est dès lors plus nécessaire puisqu’il suffit de remuer son bout pour en trouver un, finalement suffisant pour telle besogne. Et puis, il reste les bar à cul, tel le Dépôt à Paris, avec des centaines de bites et de culs infectés qui traînent pour les petits besoins de fin de journée. Mais alors, comment faire son chemin en tant que prostitué gay ? Est-il absolument impossible de trouver encore des mecs civilisés qui considèrent autant la personne que ce qu’elle a entre les jambes ?

Ceux qui payent : petit lexique sournois

Riche en expériences diverses dans ce domaine, nous ne pensons pas baver d’orgueil en les partageant ici ; ce n’est donc qu’à titre informatif et non exhaustif. Tu les penses caricaturés, Fidèle ? Détrompe-toi, c’est pire !

L’étudiant en droit. 22 ans, bi parce que surtout pas gay. Une copine peut-être, vit chez ses parents dans une villa. Étudie à Paul Cézanne, destiné à être un grand magistrat. Discret avant tout ! Sa raison : ça l’amuse de temps en temps mais pas chez lui et nous n’en parlons à personne évidemment !
L’indécis-pas-sûr-de-lui. Sans âge défini. Un problème : ne sait pas s’il est gay ! Aimerait essayer mais ne veut pas le dire à sa copine encore alors « Tu comprends, j’assume complètement mais je suis pas sûr et puis c’est pas si grave, hein ? Faut bien essayer un jour après tout, comme ça on sait, et puis c’est pas grave, hein ? »
L’hétéroPassif ! Sans commentaire…
Le mec friqué. Élu de la République, médecin, déjà grand magistrat… N’a pas le temps, ni l’envie, ni la possibilité de toute manière de traîner dans les boites et les bars à cul pour y trouver un jeune homme. Une secrétaire trop conne pour le faire à sa place. Assume souvent et cela ne le dérange pas de payer pour une soirée, à condition qu’il en ait pour son argent.
Le fils à papa. Comme l’étudiant en Droit, discret avant tout. Ses parents pourraient couper les vivres autrement ; l’horreur ! Ne résiste pas pourtant à l’appel de la bite.
Le pervers / le baltringue. À bannir, sans intérêt. Ils sont de plus en plus nombreux, hélas !
L’handicapé / le nain . Non… Nous n’allons pas oser… Et pourtant…
Le névrosé . Typique à Pédéville. À ne consommer qu’en fin de vie.
Le mec seul. Confond tout : sentiments et sexe. Croit que payer quelqu’un va lui apporter ce que ses parents ne lui ont jamais donné : de l’affection.
Le militaire. Plus nombreux que tu ne le crois.
Le pire de tous. 45 ans, bi parce que gay ce n’était pas de son époque. Deux enfants merveilleux, une femme aimante et encore belle, à peine refaite, une grande maison (neuve, elle), un emploi très bien payé, une vie stable. Sa raison : n’a pas besoin que cela se sache, aime sa femme, c’est son fantasme et c’est pour cela qu’il a envie d’essayer… plusieurs fois.
Le mec bien . Celui que nous préférons. Pas d’âge défini, honnête et imaginatif. A juste une envie de baiser et en a les moyens.

Et les autres vers lesquels nous nous retournons en leur disant : « Souriez, vous finirez peut-être un jour dans nos stats ! »


7 avril 2005

Nous ne pouvons le cacher plus longtemps : Ryoga Hibiki, celui qui ne trouve jamais son chemin dans Ranma 1/2, c’est nous ! Selon Rudyard Kipling, « il y a deux sortes d’hommes dans le monde : ceux qui restent chez eux, et les autres. »[Note] Aujourd’hui, à midi, nous partîmes avec l’intention de nous promener une heure ou deux dans les douces collines du Montaiguet, pour nous rafraîchir les idées ; il nous fallut six heures trente pour retrouver notre chemin ! En fait, c’est plus fort que nous : quand nous sortons, il faut que nous continuions notre chemin sans nous arrêter, et comme nous sommes bête et discipliné (c’est notre côté vierge), nous ne revenons jamais sur nos pas. Nous rejoignîmes la colline par le CREPS, marchâmes perdu dans nos pensées jusques aux alentours de Luynes puis, nous voyant déjà bien éloigné, virâmes à gauche pour arriver à Gardanne puis, paniqué devant cet itinéraire plus que déambulatoire, virâmes encore à gauche pour finir au Château Simone. De retour à Aix-en-Provence, mort de fatigue, nous nous effondrâmes sur notre lit. Franchement, aucun doute, nous sommes un garçon paumé dans la vie…


8 avril 2005

Le temps de l’ego

Nous observons depuis quelque temps d’étranges manifestations symptomatiques chez les internautes que nous côtoyons (dont nous, étant peut-être le pire). Il semblerait que tous se veulent si importants dans ce vaste monde en putréfaction qu’ils se croient obligés de dispenser leur petite et misérable existence au travers d’une cyber-page à peine lue. Nous n’y connaissons pas grand-chose mais nous croyons que c’est soit de l’ego, soit de l’automutilation perverse. Pour notre part, nous usons des deux, nous nous aimons et aimons nous faire battre : « Oh oui, oh oui, fouettez-nous ! » Kant n’avait pas tort. Le sujet transcendantal, le MOI en tant que principe unificateur de MON expérience interne ME pousse à ME montrer au monde et à croire capter dans son regard de l’admiration, de l’amour, de d’idolâtrie, de la soumission : « JE M’aime, le monde M’aime, il est à MES pieds !! » L’explosion de ce phénomène extra planétaire prend la forme depuis trois ou quatre ans de weblogues, annoncés comme LA véritable révolution culturelle attendue depuis (au moins) Mao. Tantôt gueuloir, défouloir, exutoire, ton weblogue, Fidèle, est une tribune de libre expression accessible à tous, le théâtre de débats sur ta personne, une pensée vivante souvent éphémère et parfois contradictoire, l’évolution de tes humeurs. Quoi que tu puisses y écrire, tout le monde peut donner son avis mais personne ne peut t’en empêcher. Si ton avis est critiqué et mis à terre, ce n’est pas grave ; en bon tyran que tu es, tu ne gardes que les commentaires qui te flattent, toi, le maître de l’univers que tu as construit. Dans ce petit monde, tu peux jeter toutes tes frustrations. Fort de ta pensée, tu peux – tu le dois ! – exposer tes idées, elles changeront la face du monde et tu en es convaincu ; tu es le Messie qui purifiera l’âme humaine. Tu trouveras bien quelques imbéciles disciples, à ton tour, qui verront en toi le porteur de toute une philosophie. De bouche à oreille (ou de bite en cul, tout dépend du monde dans lequel tu évolues), une foule d’adeptes viendra se prosterner à ton autel. Les critiques aussi forment ta légende, n’aie crainte ! Au contraire, elles te sont utiles car en bon tyran tu sais qu’il faut parfois passer pour un martyr. Le plus dangereux pour toi est de passer pour un être inaccessible ; alors là, c’est le drame ! Si tu te prends trop au sérieux, les plus intelligents t’ignoreront, les plus cons médiront sur ton compte, les autres viendront t’insulter. La parade du tyran est de s’abaisser de temps en temps au niveau de son peuple, lui tendre gracieusement la main. Prévois juste des lingettes. Il ne faut pas le faire trop souvent cependant car la statue que l’on érigera à ton effigie doit représenter la divinité que tu es et non un vulgaire abreuvoir à mots. Qu’écrire de plus sinon que nous sommes un génie, naturellement ! Pour finir, voici une table de lois sommaire. Pour apprendre à préserver ton avenir de tyran ego-narcissique, tu dois :
– Être déterminé car de ta volonté ne dépend pas seulement tes actes mais aussi ceux des autres ;
– Te retenir car dans tes idées se rencontrent tes plus libidineuses archives génétiques et les restes de ces petites sympathies amusantes et perverses qui déchaînent tes passions ;
– Te cultiver car de l’ignorance naît la bêtise qui sera le germe de ta décadence ;
– Paraître humble car l’ego, c’est l’orgueil (le paraître suffit) ;
– Être régulier car la diffamation est une source intarissable des déchirures sociétaires et qu’elle noie toujours son créateur ;
– Jouer d’indifférence avec les cons.

And let blood reveal the sadness of your conscience!


10 avril 2005

Dix-neuf ans, cela se fête ! Hier soir, nous célébrâmes donc ceux de Sébastien chez Valentin avec Niko et Fabienne, puis au Med Boy. Une soirée réussie, assurément, mais inachevée ; hélas pour eux ! Nous leur dîmes de rester encore un peu, de supporter les assauts des vieilles et les regards pervers niveau ceinture des mecs en bas dans la salle de visio mais ils ne voulurent rien savoir .

Nous . Tant pis pour vous, les filles, moi je reste !

Nous remontâmes au bar, Michel devait aller au New Cancan s’il ne fermait pas trop tard car figure-toi, Fidèle, qu’il arrive que le Med Boy soit bondé ; et oui ! D’ailleurs, nous revîmes Régis. Nous ne fîmes rien, une bise et un : « À plus sans doute ! » De toute manière, nous sommes au régime sans sexe en ce moment, cela ne peut pas nous faire de mal… Il devait être 3h30 et nous n’étions plus que quatre ou cinq quand un sympathique belgo-indonésien d’une quarantaine d’années nous offrit une bouteille de champagne, puis une autre ; charmante attention ! De quoi avons-nous parlé ? Des copines, Darlin’ ! Vers 4h45 enfin, Michel ferma le bar et nous l’accompagnâmes à Marseille avec le sympathique belgo-indonésien. En voiture, La Gaîté Parisienne d’Offenbach à fond, il ne fallut pas longtemps pour y arriver. Comme la dernière fois, nous fûmes accueillis en VIP par le videur (toujours aussi débile, au passage). Ce soir-là encore, Michel nous invitait. Tout le monde papillonnait autour de lui d’ailleurs.

Notre pensée profonde . Eh oh les mecs, Michel est une personne, pas l’arbre d’abondance !

À 5 heures au New Cancan, ça commençait à être vide, voire mort, mais c’était bien sympa quand même. Nous repoussâmes trois ou quatre mecs un peu trop collants sur la piste – le Spartacus avait ses défauts mais on ne nous collait pas autant au cul au moins – et dansâmes, tel un dieu, illuminant la masse mouvante de la piste électro-clachée ! C’est dans la vodka pomme que nous trouvâmes notre inspiration ; trois bouteilles d’Eristouf rendirent l’âme, tout de même, mais nous n’étions pas seul dessus. Nous vîmes Matthieu également, un personnage à lui tout seul : électro-gothique trashy-spécial andro-génial, quelque chose comme ça. Ne détaillons pas la soirée, il ne se passa rien de véritablement extraordinaire. Attardons-nous un peu en revanche sur sa mort, à 7 heures, lorsque la Canebière s’éveille et que le New Cancan vomit ses dernières folles d’une nuit. Si cela ne tenait qu’à nous, nous serions resté davantage mais le staff ne l’entendait pas de la même oreille, le DJ délaissant ses tables pour une compil’ enregistrée, les barmen tassant les dernières vodka (pour la route sans doute), le videur enfin traitant comme de la merde les derniers résistants de la nuit. Tout cela sous le regard circonspect de Michel Piacenza, patron de ce lieu culte. C’est le moment de la journée que nous préférons, le petit matin ou plutôt l’après-nuit. Les embruns méditerranéens s’écrasent sur les vapeurs toxiques marseillaises (les voitures, le savon, l’usine Haribo… tout Marseille en fait !), la clarté du soleil impose son bleu clair sur les collines calcaires de notre Bonne Mère, les sudistes se réveillent enfin, la tête dans le cul. Arrivé à Aix-en-Provence, nous avions un dîner de prévu avec un quidam sans intérêt mais nous ne nous sentîmes étrangement pas de taille à affronter le vol-au-vent, le riz cantonnais et la partie d’uranisme proposés ; nous annulâmes donc. Michel nous déposa et nous rentrâmes nous effondrer dans les bras d’un Morphée toujours aussi négligeant.


10 avril 2005 (suite)

Nous comptions uniquement aller nous acheter notre pain quotidien. Il était 18 heures, nous avions mal au crâne, en étions à notre quatrième litre de jus d’orange, notre troisième cacheton, nous n’en pouvions plus, notre estomac se creusait et nous avions la flemme de sortir, habituelle après une nuit en boîte. Il faisait froid et nous n’avions qu’une envie : nous jeter sous la couette et regarder un truc con sur notre ordinateur. Prenant sur nous, en grand homme courageux et responsable que nous sommes (nous t’interdisons de penser quoi que ce soit, Fidèle !), nous enfilâmes ce que nous trouvâmes de plus potable et sortîmes, pensant revenir une minute plus tard. En chemin, assis sur une marche, nous rencontrâmes Morgan. Nous lui jetâmes la pièce du pauvre et continuâmes ensemble (ne cherche pas, c’est entre lui et nous-même). Nous allâmes au Proxi du coin acheter du jus d’orange, puis à la boulangerie et marchâmes un peu pour nous tenir au courant de nos dernières aventures. Il faudra qu’un jour nous nous concertions sérieusement pour savoir lequel de nous deux est le plus à l’ouest – nous craignons une égalité légitimée par nos envies rêvées ! Finalement, nous lui faisions la bise avec l’intention de rentrer quand nous vîmes, incroyable !, un cliché format négatif, en noir et blanc, collé au mur et représentant un mec en bas nylon assis sur une chaise ! Nous la montrâmes à Morgan et en vîmes un autre dans la rue des Bremondi, puis un autre, puis un autre… Une intrigue naissait, il fallait découvrir ce qui se tramait sous cette série inquiétante ! Notre première idée fut de poser la question sur les restes de la photo au mur : « Qui es-tu ? », avec notre numéro de téléphone mais quand nous vîmes que la piste continuait de l’autre côté de la rue Gaston de Saporta, nous décidâmes de la suivre, ce qui tombait bien puisque nous ne savions pas quoi faire tous les deux. S’engagea ensuite une véritable traque à l’indice instantané. Le moindre fait devint suspect : une porte qui se ferma au moment où nous passions devant elle ; un homme louche rencontré plusieurs fois ; trois Anglaises qui jouaient avec une balle, retrouvées plus loin et plus tard ; des inscriptions sur les murs publics ; un chien noir et blanc, comme la photo, étrange… Bref, autant de conneries qui inspiraient notre esprit de profiler ! Nous éditâmes en effet, au fil de notre quête, le profil mental de notre mystérieux inconnu, nommé de concert le Photopathe : il agissait seul, avait selon nous suivi un itinéraire bien particulier, peut-être même celui de sa victime car les clichés se faisaient de plus en plus gores (certains mecs pris en photo étaient égorgés, portaient des croix, etc.). Il nous sembla même un moment qu’il nous suivait. La piste menait alors dans la ruelle Annonerie-Vieille, très étroite et toujours pleine de poubelles. Nous y entrâmes et là, un malade mental sorti tout droit de Resident Evil nous suivit. Il traînait la patte, bavait, nous parlait sans que nous comprenions quoi que ce fût, voulait sans doute du fric. Nous nous retournâmes, bon diplomate, et l’envoyâmes chier ; c’était impressionnant quand même ! Nous nous dîmes plus tard que c’était peut-être lui notre photopathe mais ne le retrouvâmes pas, hélas ! Nous arrivâmes inévitablement devant l’Aix (gay) Sauna Club et nous pensâmes que peut-être c’était une pub (bien maladroite) pour ramener plus de jeunes et faire concurrence aux vieilles à la peau tombante. Nous sonnâmes donc, le mec nous ouvrit (il fermait), nous lui montrâmes un cliché mais, hélas !, il ne venait pas de chez lui. Arf, pas de chance, nous aurions peut-être gagné une année payée, c’est toujours utile pour soigner une pharyngite… La piste continuait finalement dans la rue Bédarrides et pendant une heure environ nous la suivîmes avec avidité pour ces petites scènes de vie bizarre jusques à Qi Décoration où nous la perdîmes. C’était horrible, nous ne pouvions pas en rester là, il fallait que cela continue, sinon tout ce que nous avions fait avant n’aurait servi à rien. Nous ne voulions PAS rester sur notre faim alors continuâmes-nous, dans l’espoir de retrouver une trace de son passage ailleurs. Notre photopathe semblait avoir abandonné toute cohérence dans son parcours déambulatoire, nous ne trouvions plus de piste, sauf un ou deux clichés oubliés ici et là. Nous échouâmes lamentablement, ne sûmes jamais qui il était et quel était son mystère. Nous ne laissâmes de notre quête que quelques petites traces blanches sur les murs de la cité. Il fallait nous rendre à l’évidence : il n’y avait pas de mystère et nous avions simplement détruit une œuvre d’art urbain… Désolé !


17 avril 2005

Merde, nous sommes complètement pinté ce soir ! Nous trouvâmes une bouteille de Château Le Pin 90 rapportée par Aurore et comme personne n’était présent pour nous occuper esprit et corps, nous nous mîmes à penser… Pourquoi ne jamais accepter que les autres peuvent avoir raison lorsqu’ils nous jugent ? Est-ce de l’orgueil, de la lâcheté ? Nous observâmes récemment, en lisant les diverses réflexions que l’on nous fit, que le jugement était à l’origine de beaucoup trop d’histoires et nous nous demandâmes s’il était possible qu’une fois dans notre vie nous nous avouions vaincu par tant d’accablements venus de toutes parts. Mais, après tout, suffit-il de le noter pour l’être ? Non, évidemment ! Le jugement n’est qu’une partialité reconnue. Nous ne pouvons pas admettre que nous sommes ce que nous sommes au travers du regard d’autrui puisque cet autre n’est qu’une personne qui n’est pas nous. Heu… Nous ne sommes pas sûr d’être très clair là, en même temps la bouteille est-elle déjà presque vide ! Bon, admettons, on nous critique et nous devons l’accepter ! OK ! Nous l’assumons, nous ne sommes qu’un sombre crétin dans ce monde peuplé d’incultes idiots mais, mais ? Mais nous t’emmerdons, Fidèle ! Nous écrivons ce que nous pensons et à qui de droit et si cela ne te plaît pas, c’est pareil !

Notre pensée profonde . Mais là n’est pas la question, cher Florimon, vous vous détournez de votre objectif premier. La foule vous demande pourquoi vous n’acceptez pas la critique !

Nous n’acceptons pas la critique, nous ? Mais si, bien au contraire ! Nous aimons que l’on nous critique, nous aimons être fouetté. Toutefois, nous sommes têtu, breton (à moitié, certes !), homo et il n’est écrit nulle part que nous devions en tenir compte. Nous sommes un être fier et aimons penser que si nous avons quelque chose à apprendre, nous l’apprenons en temps et en heure. En fait, nous détestons les conseils lorsqu’ils sont simplement gratifiés. Merde quoi ! Nous ne sommes pas demeuré, nous savons ce que nous valons et nous n’avons pas besoin que l’on nous dise ce que nous devons faire à chaque occasion. Nous avons 23 ans, sommes jeune, aimons faire des erreurs ! Abominable, n’est-ce pas ? Allons, allons ! Tout ceci n’est pas grave en soi, ne digressons pas ! Nous parlions d’orgueil et de lâcheté. Nous sommes un être lâche, oui, naturellement, nous avons notre côté humain aussi… Nous n’avons pas besoin que l’on nous le rabâche pour nous en rendre compte. Nous sommes un être intelligent, enfin. En tant que tel, nous savons prendre sur nous. Ainsi sommes-nous conscient que lorsque l’on nous donne une leçon, un conseil, lorsque l’on nous fait une suggestion sur notre manière de faire, d’être, nous nous braquons et ne le comprenons que bien plus tard si c’est effectivement vrai. Lâcheté et orgueil, tout à fait ! Mais au fait, pourquoi parlons-nous de tout cela ? Ah oui, nous nous souvenons ! Notre bombe de vin luxuriant nous demande s’il lui serait possible de nous apprivoiser pour que nous nous recentrions sur nous-même et que nous apprenions à reconnaître notre ignorance. Très bien, nous le lui concédons !


1er mai 2005

Aix-en-Provence (France), 1h17.

Nous sommes assis dans le petit salon de La Rotonde, nous revenons du Med Boy. Soirée pour fêter la dernière solde – argent vite gagné, vite dépensé… Plus de foie gras ; l’horreur ! Bon… Nous ferons sans, et puis le serveur est toujours aussi mignon et sympathique. Si nous nous arrêtâmes ici alors que nous étions déjà mort, c’est pour trouver quelque inspiration à la rédaction de ce pré-épilogue.

1h23.

Arthur vient de nous appeler. Décidément, il a le chic ! Il veut nous envoyer une musique ; nous verrons s’il tient jusques à notre retour chez nous… Nous commandons un autre Gin Fizz, avons déjà bien fumé, clopes et mieux. Nous sommes mort, ne pensons pas être en état de lire notre courriel cette nuit de toute manière. Et puis Arthur s’égare dans le passé, petit à petit. Nous pressentîmes avant sa Sofa Lounge Session le 22 avril qu’elle serait un adieu pour longtemps. Il fait partie de notre histoire, ou plutôt, nous passâmes dans la sienne. Passons donc.
Il n’y a pas beaucoup de monde ce soir, pourtant fait-il bon dehors et la terrasse est-elle ouverte. En même temps, c’est Barry White qui met l’ambiance… Inutile de chercher plus loin, on se croirait dans Ally McBeal. En fin d’après-midi, alors que nous revenions de chez nos parents dans les Basses Alpes, nous nous achetâmes une bouteille de Bollinger chez Nicolas et nous plongeâmes dans un bain au monoï – il fallait au moins cela, nous les méritions tous deux. Nous ne te conterons pas nos dernières péripéties, Fidèle, mais nous sommes courbaturé, griffé, blessé et surtout avions-nous besoin de nous ressourcer, nous revitaliser. Nous eûmes beaucoup de temps pour penser ces trois derniers jours et nous nous rendîmes compte que nous n’avons vraiment plus rien à écrire sur l’environnement dans lequel nous évoluons depuis deux ans. En fait, nous n’en avons plus envie, le connaissons par cœur, vivons dedans, nous attendons déjà à ce que l’on doit considérer par dépit comme nouveauté ; nous l’avons apprivoisé. Une bouteille de Bollinger, trois Martini Bianco, deux Gin Fizz, un joint, une dizaine de clopes plus tard, nous nous rendons compte que nous avons épuisé les ressources du Milieu, pas de ce que nous aurions à écrire dessus, non, juste du Milieu.

1h34.

Devant nous, un noble sur un tableau tient une épée, ou une flûte, quelque chose quoi, illuminé d’une douce lumière rouge. Franchement… Petite aparté : Mylène remixe la Californie, il est temps de partir ! Franchement, donc, nous pouvons t’écrire ceci : nous pourrions tant de choses mais nous faisons si peu, la tête décapitée sans doute, nous ne pensons plus à rien ! Triste…


20 mai 2005

Nous nous réveillons, 15 heures, mal au crâne, nous bandons. À côté un blond, un brun, jamais le même, toujours le même ; classique. Des bouteilles mortes, un reste de coke sur la table en verre, les euros roulés, des vêtements partout, rien en place, tout en place. Espace à l’ombre, tente voilée, Gucci. Mal au cou, aucun sens, toutes les positions ; salope ! Pas chez nous, où sommes-nous ? Nous nous levons, ils gémissent, qui sont-ils ? Rien à foutre, tous à foutre ; extase !
Nous avions décidé d’arrêter la rédaction de ce journal car nous pensions avoir tapé sur tout le monde ; et bien nous nous plantions. Il en reste là-bas des bien cachés parmi le Milieu pourri, les cathos catins, les républicains baveux, la société qui s’effrite… Autant de sujets d’études intarissables qui forment notre environnement depuis bientôt deux ans. Et puis merde, nous avons aussi nos perversions : nous sommes pute, alcoolique, drogué par la vie, hanté par le temps qui passe, nous nous foutons de tout, de tous ; nous prônons la décadence, l’anarchie, l’irrespect ; nous sommes aristocratique, libertin, déluré, fainéant, aventureux, jeune et con. Nous t’emmerdons, Fidèle, et n’avons pas besoin de toi comme toi tu as besoin de nous ! Nous ne nous dénudons pas ici pour en faire part à notre famille, nos amis ; ils n’en ont rien à foutre ! Nous n’écrivons pas pour laisser une trace à nos enfants, petits-enfants ; aucune chance. Ni pour partager nos récits le soir avec Ophélie, notre ficus mélomane ; elle se meurt, cette conne ! Nous écrivons pour nous-même, nous nous analysons, nous exhibons, nous soumettons, passif, au regard voyeur et lubrique des lecteurs. Pour finir, nous n’avons rien à dire mais, comme tout le monde, nous le disons quand même !


21 mai 2005

Il était 22 heures et quelques minutes, nous enlevions alors les cheveux de nôtre brosse quand nous eûmes la soudaine et folle envie d’aller nous promener en forêt, dans le massif de la Sainte-Victoire. Situé à quelques kilomètres du centre-ville aixois et à mille-et-onze mètres d’altitude, il faut être sacrément con pour s’y rendre à cette heure tardive. Et bien figure-toi, Fidèle, que nous sommes également sacrément jeune et que nous avons beaucoup, beaucoup de temps à perdre en ce moment ! La fois dernière aussi, nous étions parti sur un coup de tête. Nous voulions simplement aller jusques au barrage de Bimont et revenir, une petite promenade de cinq heures comme nous nous en octroyons souvent, à peu près à chaque pleine lune. Nous continuâmes finalement jusques à la croix et pûmes profiter au matin d’un sublime paysage cotonneux recouvrant les vallées du pays d’Aix. Au beau milieu de notre brosse, donc, (un travail soigneux, important et d’à-propos qui plus est, tu t’en doutes…), nous bourrâmes notre sac de choses inutiles mais utiles-quand-même-on-sait-jamais : notre trousse de soins, une gourde rouge, une pomme verte, un parapluie alors qu’on attend ici les sables du Sahara dans pas longtemps (mais on sait jamais, hein, qu’on nous enlève et que nous nous retrouvions en Moldavie !), un pull en laine, une boussole, d’autres trucs et un pieu parce que là aussi, on sait jamais ! Habillé tel un forestier mal rasé, nous nous engageâmes dans le chahut urbain et trottâmes, trottâmes, trottâmes encore en direction des Arts et Métiers puis du lycée Cézanne et enfin, comme ce bon vieux mort et enterré Paul, sur le chemin de Bibémus, la colline, la vraie. Là, nous pûmes laisser le débile profond qui sommeille en nous jouer à la marelle avec les hérissons, s’essayer à quelques vocalises fort douteuses, parler à voix haute avec son double intérieur dur d’oreille, bref, passer le temps entre deux souffles. Sur la route, en haut de Bibémus, nous aperçûmes la Sainte-Victoire, toute belle.

Notre pensée profonde . Florimon, vous êtes peut-être con et à l’ouest, vous vivez peut-être dans votre monde mais crachez sur toutes ces conneries, éclatez-vous donc !

Nous versâmes une larme, pour la cause, et mîmes quand même deux heures depuis le centre-ville pour nous rendre au barrage de Bimont et deux de plus pour atteindre les dessous de la Vierge, la pauvre, un peu avant le prieuré où nous nous reposâmes deux heures pour encaisser le fait que nous avions encore manqué de nous tuer trois ou quatre fois, sous les buissons, à l’abri du vent, Aix-en-Provence à notre horizon. À 4h30, nous montâmes au sommet et nous assîmes sur le bord de la falaise, notre angoisse d’enfant, Saint-Antonin-sur-Bayon à nos pieds, priant de tout notre cœur pour qu’une météorite s’écrasât sur la vallée afin de profiter du spectacle. Deux campeurs sous une tente rouge dormaient dans la cour du prieuré et ces bouffons ne se levèrent pas pour profiter de l’aurore. C’était bien utile de monter si haut pour faire la grasse-mat’ ! Ils ratèrent donc à 6 heures le levé du soleil sur une légère brume bleutée et les oiseaux chantant de leurs ailes avec Éole. Que de poésie ! Et bien oui, nous sommes une âme sensible, aussi ! Bon, à 6h10, nous en avions marre ; nous n’allions pas camper là non plus et redescendîmes. À 9 heures, nous arrivâmes au Tholonet, chez Nanou qui nous offrit le petit déjeuner. Nous passâmes en fait la matinée à jardiner et nous dînâmes à la cafétéria de Casino. Finalement, nous rentrâmes chez nous, mort, HS, sans espoir de retrouver l’usage de nos jambes avant au moins trois jours et un enthousiasme de marmotte pour nous pieuter devant une cascade de superproductions débiles.

Notre pensée profonde . Courage, Florimon, vous irez loin dans la vie !


26 mai 2005

Encore une soirée en l’honneur de la déesse Cervoise ; nous avions commencé à la célébrer chez nous. Il y a trois semaines, nous devions aller à la plage et avions acheté un pack de vingt-six Kro pour l’occasion mais bon voilà, trop de vent et depuis elles squattaient le réfrigérateur. Nous ne sommes pas fan en plus, surtout seul chez nous. Du coup, nous avions un stock pour les intéressés… Ce devait être un verre entre amis au Happy Days, histoire de se raconter nos vies puisque nous ne nous voyions pas souvent à cause des examens (pas les nôtres, hein, ne rêvons pas !), de la sécheresse financière, du glandage volontaire et déterminé (cela nous concerne en revanche). Au passage, ce qu’il est canon le nouveau serveur du Happy ! S’il reste pour la saison, nous allons finir par apprécier de nouveau Aix-en-Provence… Son allure change des petites tapettes tout juste post-pubères et mal sapées que nous avons l’habitude d’y voir. Il était 22h30 quand nous retrouvâmes Niko et Benoît. Première pinte de la soirée, premier contact avec ce charmant serveur quand il nous rendit la monnaie. Nos mains se frôlèrent dans un geste presque délétère, une douceur éphémère, une évasion du sens… Désolé, contrecoup de la bière : mal au crâne. Nous leur proposâmes ensuite d’aller au Med Boy, visiter Michel, boire et faire un billard. Nous ne savons pas quelle heure il était et tu t’en fous, Fidèle, cela tombe bien. Trois personnes dans le bar… Bon début mais nous prîmes peur quand même : guet-apens, ruelle de cité, parc Jourdan.

La masse inculte . Mais pourquoi est-il si méchant ?

Ce n’est pas notre faute, la bière nous rend acide ! Nous descendîmes donc faire un billard au sous-sol ; deuxième pinte. Nous étions trois. Pas facile le billard à trois nous écriras-tu, et bien si ! Virginie, Niko et nous-même avions inventé une règle : deux joueurs jouent normalement, le troisième joue entre les deux avec la noire et doit rentrer la couleur la plus présente sur le tapis (cela change tout le temps donc) et pour finir la blanche. Le gagnant prend la noire et ainsi de suite. C’est génial, il suffisait d’y penser ! En écoutant Pop90 sur MCM, LA chaîne musicale (paraît-il), nous nous fîmes rétamer, encore, et remontâmes ; troisième pinte. T’arrive-t-il de lire ton horoscope ? Nous, oui, parfois :


« Vierge : Quand un ami proche prend votre défense, ou a vos intérêts à cœur, c’est la preuve que vous pouvez compter sur son amitié. Cultivez-la. Il faut arrêter d’en faire trop sinon vous allez craquer. La pression ne vient pas de l’extérieur, c’est vous-même qui vous la mettez. Votre chiffre porte-bonheur, le 55. Votre couleur du jour, le gris. Le meilleur moment de la journée, 13h00. »

Alors… Apparemment en faisons-nous trop… Ménageons-nous donc, pensons à notre pauvre cœur (et à notre foie surtout) car, comme tout le monde le sait, nous sommes le garçon le plus pressé qui soit. Pour notre chiffre, c’est le 5 en effet. Pour notre couleur du jour, n’étant pas encore sorti, nous n’en savons rien. Pour le meilleur moment de la journée, un client devait nous appeler à 13 heures pour confirmer un rendez-vous à 14 heures ; il est 15 heures, mauvaise pioche. Il paraît que les ascendants sont plus révélateurs, voyons cela :


« Balance : Quoiqu’il arrive, tournez-vous vers ceux qui vous aiment. Vous vous sentirez en sécurité et vous pourrez vous confier plus facilement. Vous avez aujourd’hui besoin des autres, c’est comme ça. Cela vous est peut-être difficile de l’accepter, mais n’hésitez pas car les autres sont heureux de vous aider. Votre chiffre porte-bonheur, le 100. Votre couleur du jour, le blanc. Le meilleur moment de la journée, 16h. »

Alors… Nous faisons un effort, nous nous confions comme une blonde là ! 16 heures, nous n’en savons rien encore, nous te dirons peut-être. Ah, les horoscopes homo ! Sauf si tu as besoin de savoir que ton prochain plan va être un mytho ou le coup du siècle, ne t’y attardes pas trop, Fidèle. Nous lûmes le nôtre sur un magazine genre JE. Tu ne connais pas ce magazine ? Petit descriptif caricatural, caustique et plaisant : les mecs sont tous épilés, de vrais canons, hétéros, comme dans les pornos tchèques. À chaque page, au minimum une photo florissante de capote (pas usagée quand même, c’est qu’ils sont civilisés chez JE), comme si les homos ne pensaient qu’au cul… Ah bon ? Pour le tour des boîtes homos et pour être pris en photo, il faut soit connaître le photographe, Franck autant que nous sachions (« Vas-y comme tu balances, Florimon ! »), soit coucher avec le patron de la boîte, soit s’habiller en pute albanaise avec un mini t-shirt ultra pailleté Kulte ras les seins pendants, des bottes à la Wonder Woman, une perruque customisée, revitalisée Jean Louis David, défrisée, fer-brochée… Bref… Il faut se la jouer ridicule pour figurer dans JE. Ensuite, c’est un magazine gratuit donc toutes les deux pages y a-t-il des pubs : « Rencontre les mecs de TA région au… », pour les plus softs, ou alors : « Retrouve les mecs les plus assoiffés de TA région au… », pour les plus subtiles ou carrément : « T’es chaud, tu bandes ? LUI AUSSI ! », avec la photo d’un des hétéros tchèques susnommés et un numéro 08-ne-tache-pas-le-fauteuil-en-cuir-du-bureau-de-ton-père cachant étrangement son sexe. Le JE Magazine n’est pas chez Michel mais l’autre est pareil, faut pas croire ! Allons, assez tapé sur Pédéville, c’est trop facile ! Après cette lecture ludique donc, nous allâmes sur l’ordinateur voir nos courriels. Scott, un vieux Californien, nous offrit une tournée ; quatrième pinte. Nous sympathisâmes avec lui, étant le seul à parler anglais, ou presque (presque anglais, pas presque le seul) et il nous donna sa carte ; un client ? Va savoir, nous verrons bien. Niko et Benoît rentrèrent chez eux vers 2 heures et Scott un peu après. Nous, restâmes, comme d’habitude. Une cinquième pinte offerte, un billard et du blabla plus tard, il était 5 heures, nous rentrâmes chez nous. Nous devions juste boire un verre ; vive les informels !


4 juin 2005

Petit chaton mué en pute pour la soirée, il roda sur la couverture aixoise, snobant la cité en consumant la haute couture. Sans lune et demi nu, il miaula en l’honneur de la concupiscence. Depuis une terrasse privative de l’hôtel des Augustins, l’église du Saint-Esprit pour tableau, il put sentir à quel point il était bon de s’exhiber à la voûte divine en lui montrant son cul, une fois n’étant pas coutume. Baiser devant Dieu, une autre forme d’union. Relâché vers 5 heures au matin, il rejoignit sa demeure et, ne trouvant toujours pas le sommeil puisque la nuit n’atteint pas cet être nocturne, il se plongea dans son bain. Il se promena ensuite sur les places de marché du centre-ville pour atterrir à La Rotonde et petit-déjeuner, se faire les dents sur une viennoiserie arrosée de Bloody Mary, mérités.
Il est 10h24, le temps est agréable, il ne fait pas si chaud. Nous irions volontiers à la plage aujourd’hui. Ce soir, nous assisterons au vernissage d’Alexandra, rue Sallier ; une bouteille de Bollinger est de mise ! Demain, nous changerons d’air ; surprise ! Revenons à notre chaton.
Seul sur les toits, habillé d’un caleçon noir, à quoi pouvait-il bien penser ? Très franchement, à rien. Il laissa ses réflexions vagabonder ; elles étaient diffuses, peu nettes. Lorsque la pute dort, le chaton pense à elle et elle rêve de lui. La nuit dernière, il conclut que tout dépendait de deux questions : « De quoi as-tu envie ? », « De quoi as-tu peur ? » Les deux se répondent et entament un dialogue complexe et perturbant. Cette nuit, le chaton et la pute se rencontrèrent et s’entendirent.


5 juin 2005

Septèmes (Provence, France), 11h41.

Dans quelques minutes, nous investirons Marseille. Investir… Oui, c’est précisément ce qu’il faudrait faire : envoyer l’armée et jeter dans la Méditerranée, qui a besoin d’un nouveau fond marin, toutes la racaille qui pourrit les rues et avenues de la cité phocéenne (en ne laissant que celle qui vend de la weed ou de la coke, évidemment) ! Cette journée devait être cool. Nous devions visiter en Ardèche un client et nous y faire masser. Tout était prévu pour onze heures de trains et de bus aller/retour et cinq heures de plaisir partagé. Bah non, raté ! À 7h30, nous sortions de la gare Saint-Charles pour nous promener en attendant notre train et acheter des clopes près de la Canebière lorsque deux mecs blanc/beur, deux petites frappes de merde devant lesquels nous fûmes impuissant nous raquettèrent : trois-cents et quelques euros, une carte bleue, notre ID, notre lecteur MP3 et nos abdos. Et tout cela en plein jour, un dimanche, personne ou presque. Mémo perso : la prochaine fois que nous descendons sur Marseille, nous munir d’un AK-47 ! Même à Bangkok, à 2 heures du matin, seul, nous risquions moins qu’ici ; ça craint ! Vive le crime organisé ! Ça, au moins, ça pète ! Officiellement, nous ne nous fîmes pas agresser. Ce n’est pas tellement glorieux pour notre ego. Si l’on te demande, Fidèle, évoque une panne de réveil.

Marseille (Provence, France), 12h45.

Nous sommes (enfin) dans notre Corail pour Montélimar. Nous y prîmes un siège au hasard dans un club 4. Nous avons du retard, forcément, en ces jours de connerie nationale, habituels. Nous convînmes avec notre client, qui nous prend maintenant pour un mytho et qui attend de voir, que nous passerions la nuit chez lui et ne rentrerions qu’au matin. Nous nous faisons arnaquer et cela nous gène un peu mais nous préférons cela que passer pour un merdeux sans parole. Nous prîmes le second volet de la Trilogie de l’empire[Note] ; géniale, cette saga, nous ne nous lassons jamais de la relire. Avec ces événements, la nuit de vendredi, le vernissage d’Alexandra hier soir, nous sommes épuisé. Au passage, cette soirée fut terrible ! Niko, Sébastien et nous-même rejoignîmes la galerie Artonef pleine de monde. Plusieurs artistes exposant, un buffet sympathique (un bon blanc en l’occurrence) nous ravirent. Nous avions acheté une bouteille de Bollinger et Alexandra quatre autres pour l’occasion. Nous vîmes du médiocre mais aussi du très bon, comme la Galanda d’Alexandra vendue mille euros que nous adorons. Nous fîmes également une rencontre et verrons bien où elle mènera. Après la fermeture, nous rentrâmes puis retrouvâmes Niko et Sébastien au Duplex pour le rosé en terrasse. À 22 heures, peut-être, nous nous séparâmes d’eux devant le Med Boy. Ils étaient fatigués, nous pas, mais ne restâmes pas longtemps cependant, juste assez pour parler avec Michel ou Stéphane devant deux Martini Bianco. C’était vraiment sympa comme soirée, à renouveler ! Nous sombrâmes vers minuit.

13h15.

Ça y est, nous décollons ! À côté, deux hétéros de 20 ans se séparent pour deux semaines et pleurent ; disons que le fait est mignon… Elle suit le train qui avance, avec un signe de la main, lui tient la sienne collée sur la vitre pour lui téléphoner deux minutes plus tard ; cela, en revanche, est assez pathétique.


6 juin 2005

Montélimar (Dauphiné, France), 11h16.

C’est la débandade, les trains pour Marseille sont annulés les uns après les autres ; foutus syndiqués jamais contents ! Nous sommes donc toujours à Montélimar. Nous squattons le parc devant la gare et écrivons. Une ville de plus, nous ne sommes nulle part. Nous trouvâmes un TGV depuis Valence et notre bus est à 13h05. Ça fait chier ! Nous aurions voulu arriver à Aix avant 15 heures ; tant pis ! N’ayant rien à foutre, nous envoyâmes du nougat Chabert & Guillot chez nos parents dans les Basses-Alpes ; ils apprécieront sans doute. Nous passâmes une bonne soirée, sommes complètement détendu. Le repas était divin, le champagne plutôt bon, les massages jouissifs. Nous ne fîmes rien, étions au paradis ; on s’occupait de nous. Nous aimons décidément être au centre de l’attention. Nous sommes à tout le monde, nous sommes à personne ; atypique.

11h29.

Et bien voilà, c’était sûr ! Adossé à un arbre, nous fumions lorsqu’un un mec vint nous en taper une, forcément. Là, il commença à nous raconter sa vie de pompier de la BSPP dont la permission avait été annulée et qui devait se démerder pour rentrer sur Paris avant 19 heures.

Notre pensée profonde . Écoute, gars, t’es bien gentil, nous adorons nous faire aborder par les mecs dans la rue, mais mignons seulement et c’est pas ton cas ; dégage !

Nous avons la libido excitée ce week-end, cela ne va plus du tout ! Nous rêvons d’un jeune homme de notre âge, d’une situation de plus, apogée de trois jours de cul. Peut-être aurons-nous plus de chance dans notre club 4.

Aix-en-Provence (France), 16 heures.

Nous prîmes le bus depuis la gare TGV, ne tenions plus ! En fin de compte, nous dormîmes et ne vîmes personne exceptés les trois prolos les plus proches de nous. Nous rentrons, plongeons dans trois-cents litres d’eau bouillante saveur n’importe quoi.


12 juin 2005

Aix-en-Provence (France), 20h04.

Nous . Une bouteille de Château Ladesvignes, s’il vous plaît !
Le caviste . C’est pour offrir ?
Nous . Non ! C’est pour boire, maintenant.

Voilà presque comment débuta notre journée d’hier, chez Nicolas ; midi sonnait. Nous devions déjeuner avec Marie-Françoise pour la première fois dans son nouvel appartement et nous dîmes pour l’occasion : « Voyons, Florimon, vous n’allez tout de même pas y aller les mains vides ; prenez donc une bouteille de Monbaz’, cela fait toujours plaisir ! » Marie-Françoise en avait aussi prévue une de rosé. La journée se plaça donc sous le signe de la langueur éthylique. Nous écrivons presque car nous avions rendez-vous le matin à Partage et Travail, une association qui s’occupe de mettre en relation employés et employeurs. Nous dûmes donc descendre chez les prolos… Nous… Tu imagines, Fidèle ; quelle angoisse ! Peu crédible le mec en chemise Hugo Boss qui vient quémander un emploi parce qu’il n’en trouve/cherche pas ailleurs. C’était pour faire plaisir à Nanou qui veut absolument nous trouver un job, un métier, une situation, une carrière… Que ces mots résonnent mal en notre sein ! Ah ! ces mères, toujours inquiètes pour leur petit. En même temps, nous obtînmes un contact avec la directrice du Secours Catholique qui, nous en sommes convaincu, adorera nos vues sur la religion… Passons.
Après un bon repas, quelques courses et menus travaux, nous laissâmes Marie-Françoise et nous mîmes en quête d’une boutique à tongs ; pas facile ! Non, ce n’était pas pour nous la jouer tapette aixoise en jean délavé et à l’ourlet foutu qu’il nous en fallait. Nous avons l’intention, lundi et si le temps s’y prête, de passer la journée aux Thermes. Nous passâmes donc chez Stéphanie Bruno, Quicksilver, Agnès b., Lacoste, Mexx ; nous nous retînmes pour ne pas entrer chez Premium. Hélas ne trouvâmes-nous rien ! En désespoir de cause, nous allâmes chez Hugo Boss et là, ô joie !, LA paire de tongs ! Nous demandâmes à les essayer, 40-41, trop belles, la touche idéale pour mettre en valeur notre caleçon et le peignoir des Thermes.

Nous . Parfait, je les prends !
La vendeuse . Ça vous fera soixante-quinze euros !
Nous, manquant de nous évanouir . Vous prenez la carte ?

Franchement, cette journée prévue aux thermes commence à nous coûter cher… Mais bon, nous n’avons qu’une vie, n’est-ce pas ? Autant alors en profiter avant de ne le plus pouvoir – et cela nous pend au nez ! Mémo perso : le mois prochain, garder les APL pour le loyer. Et puis, que sont après tout soixante-quinze euros pour une pute ? Même pas une heure de plaisir. En redescendant le cours Mirabeau, nous croisâmes Jérôme, rencontré lors du vernissage d’Alexandra. Nous parlâmes un peu et allâmes finalement prendre l’apéritif à l’Unic. Nous fîmes plus ample connaissance avec lui, devant un Bloody Mary ou un verre de rosé, et rentrâmes nous préparer pour la soirée. Pinté au gin (nous ne pûmes nous en empêcher dans notre bain et devant notre écran), il devait être 23 heures lorsque nous rejoignîmes Alexandra et Gunka qui fêtait son anniversaire au Bistrot Aixois. Nous ne connaissions pas mais, dans notre état, nous trouvâmes et c’était déjà pas mal. L’ambiance était top, pas les mecs, hélas ! Par contre, les suédoises étaient splendides ! Avis personnel : ce qui est bien dans ce bar, c’est qu’il est toujours bondé, que la musique est sympa, la Despe pareille que partout, le podium assez large. Ce qui l’est moins, en revanche, c’est qu’il n’est pas bondé que de beau monde, que parfois on se rend compte en plein milieu d’un titre qu’on danse sur Alizée remixée et que sur le bar, une pute exhibe son cul tel une Coyote girl au rabais. Monbaz’, rosé, Bloody Mary, gin, gin, Bloody Mary, Despe, Despe… Nous commencions sérieusement à trouver le pavé mouvant quand nous décidâmes d’aller à l’IPN. Dans notre souvenir, la dernière fois que nous essayâmes d’entrer là-dedans, un an auparavant, avec Arthur, on ne nous avait même pas acceptés. Avouons que nous étions ce soir-là deux alcooliques en fin de vie… Pourtant, Alexandra au bras, la nuit dernière, nous entrâmes sans encombre. Pour une boite payante et dite étudiante, elle est assez médiocre. Il y faisait chaud, les mecs étaient des bouseux (sauf un dans notre souvenir), la musique sonnait bien pourtant ; dommage ! En même temps, répétons-le, nous étions tellement mort et en bonne compagnie, ils auraient pu passer du Mireille Mathieu que nous n’aurions fait aucune espèce de différence. Nous n’allions pas en rester là : direction le Scat, une autre boite rue de la Verrerie, un lieu tripant, des couloirs partout, différents styles de musique, de l’air (oui, oui, cela a son importance), plusieurs bars, des gens sympas, un bon son et quelques litres de condensation qui – au point où nous en étions – rendaient à nos mouvements plus de sensualité. Bon, OK, ce fut relativement sexe en fait et tout le monde nous regardait, Gunka et nous-même ! Nous rêvons d’une boite troglodytique à Aix dans ce genre mais où, en plus, les torses nus de mecs ou de filles pourraient se coller dans la sueur d’une nuit de folie, le délire d’un verre de plus, l’excitation d’une caresse libérée, le plaisir d’une nature chaude et dévoilée. Au Scat, ce n’est pas encore tout à fait le cas mais ils en sont proches. Vers 5 heures, nous en sortîmes trempé, excité, bourré, un peu plus. Nous allâmes chez Gunka manger des pâtes ou fumer, dormîmes avec elle, squattant encore un lit qui n’était pas le nôtre. Au réveil, vers 17h30, le mascara marquant d’un trait une autre nuit, nous allâmes petit-déjeuner une Margarita, un Bloody Mary et des tapas au Grillon.
Maman, si tu lis ces lignes, ne m’en veux pas ! Non, ton fils n’est pas alcoolique ; de suite les grands mots !


15 juin 2005

Aix-en-Provence (France), 5h42.

Les lumières de la ville s’éteignent lentement. Nous ne pensions pas passer une nuit aussi longue. Nicolas, Valentin, un autre et nous-même devions juste aller boire un coup au Happy (pour le serveur) mais comme la bouteille de rosé était dégueu, nous déplaçâmes notre foie à la Belle Époque. C’était bien la dernière fois – nous le promettons jusques à l’oubli… – car c’est vraiment un bar de merde. Les cocktails avaient le goût de Dragibus, le Bloody Mary puait le sel de céleri et le tabasco, nous n’eûmes pas le droit de manger une crêpe en terrasse car achetée au marchand ambulant devant Monoprix, les serveurs étaient cons et à part quelques mecs plutôt mignons, les clients oscillaient entre 15 et 25 ans et s’emmerdaient. Pour preuve, nous y passâmes nos années lycée à la vodka.

Nous-même . Florimon, vous n’êtes jamais content de toute manière !

Peut-être mais, à neuf euros le cocktail, bizarrement, nous aimerions pouvoir le boire ! Nous échouâmes donc sans grande surprise au Med Boy. Là, il devait être minuit et quelques, nous commandâmes des verres et descendîmes au sous-sol. Mémo perso : apprendre à jouer au baby-foot et arrêter de prendre le billard pour un anxiolytique. Nous remontâmes ensuite, nos compagnons nocturnes partirent et nous restâmes, attiré nous ne savons pourquoi par Marie, une femme de la cinquantaine au rimmel coulant et à la coupe pleine : une Edina Moonsoon en puissance ! Elle tenait à peine debout quand Michel la convainquit de rester encore un peu, trop prévenant pour la laisser rentrer seule dans cet état. Nous nous proposâmes, bonne âme, de la raccompagner plus tard, puisque nous habitions tous les deux dans le centre, et lui parlâmes un moment devant une coupe de champagne. En une heure, nous entendîmes cinq phrases distinctes et répétées ; un exploit ! Nous ne jugerons pas avec autant de sévérité et manque de tact cette femme qu’avec nos turcs habituels mais quand même… Sacré moment, plein de fantaisie ! Vers 3h30, nous déambulâmes jusques à chez elle : un grand appartement à deux pas du cours Mirabeau. Dans la rue, nous croisâmes deux anglaises.

L’une . Ça a pas l’air d’aller…
Nous . Si, si, ça va ! C’est tous les matins comme ça, vous en faites pas !
L’autre . Ah ! Tu veux pas qu’on t’aide à la porter, sûr ?
Nous, tout sourire . Nan, on a l’habitude, hein chérie ? C’est gentil, merci. Bonne journée, les filles !
Elles . Bye bye!

Une fois devant son immeuble, il fallut encore qu’elle trouvât les clefs ; pas simple avec cinq grammes. Ensuite, nous crûmes la perdre une ou deux fois dans des escaliers datant de Napoléon, pas moins, autant dire des carreaux branlants et une rambarde douteuse. Une fois dans son appartement, le chat prit peur et elle nous fit visiter.

Michèle . Tu vois, j’ai tout chez moi : 120 m2, des meubles qui valent des millions. Ce secrétaire date de Louis XVIII, cette armoire de Louis-Philippe, c’est mon assurance-vie. Tu vois, j’ai tout chez moi : ça, c’est une horloge tout en étain ; là, la chambre du chat ; là, mon secrétaire, mon meuble le plus précieux, c’est mon assurance-vie ; là, c’est les toilettes, la cuisine ; là, j’ai plein de meubles, c’est tout à vendre ; là, c’est la chambre du chat…

Nous eûmes droit à cela pendant deux heures pratiquement : récit de sa vie, de ses enfants, du mec qu’elle supportait. C’est privé cependant et tu n’es pas, Fidèle, de la confidence. Pour nous, en revanche, les choses sont-elles bien différentes, plus crues. Pute, masseur, prêtre, psy, infirmier, amant, ange gardien, n’importe, nous sommes tout donc rien, le confident idéal. Finalement, elle réprima son envie de pleurer en nous disant que de tout cela elle s’en battait les couilles, qu’elle se sentait seule. Sa tristesse, sa détresse même nous touchèrent. Prenons garde, cela peut aussi nous arriver…


18 juin 2005

Jeudi dernier débuta sur l’aire de Rebuty, dans une station Agip avec pour seul panorama l’étang de Berre ; grand luxe…

Nous . Où cachez-vous les bières fraîches, s’il vous plaît ?
Le vendeur . Nous n’avons pas de bières au frais ; nous n’avons pas d’alcool du tout en fait !
Nous, retournant à la voiture . Les mecs, nous sommes tombés dans un traquenard : une station sans alcool ! Vite, Tirons-nous !

Nous arrivâmes à la plage de Carry vers 16 heures, après être quand même passés dans un Ecomarché quelconque pour acheter une bouteille de Despe et un pack de Heineken. Bon, OK, cela fait bourrin mais à la plage, le champagne est mal vu en général… Va comprendre, Fidèle ! Valentin nous proposa une plage de galets interdite sur la droite. La falaise s’effritait mais nous évitâmes ainsi les prolos aussi entassés sur le sable que des clandestins croates dans un cargo italien. Il faudra qu’on nous explique par contre comment les filles que nous rejoignîmes sur cette plage arrivaient à obtenir un tel bronzage ! Nicolas nous dit que c’était leur boulot… Comprendra qui pourra cette fois-ci. La bière, le soleil, la brasse, le monoï pailleté ; tout cela fut terriblement fatiguant ! Tu en conviendras aisément, nous menons une vie difficile. Alors que le soleil se cachait, nous décidâmes d’aller manger et boire un coup au Bar de Jean, ou un truc dans le genre. Un gin plus tard, nous rentrâmes, Valentin nous quitta, Nicolas et nous-même passâmes la soirée chez lui et une partie de la nuit au Med Boy. Une journée tranquille en somme.
Aujourd’hui, la même mais en plus chic ! Nous n’avons pas tellement d’inspiration d’ailleurs. Nous sommes naze. Pour commencer, nous nous levâmes à 8 heures ; fais-en autant un samedi ! Nous petit-déjeunâmes des Miel Pops, comme quand nous étions jeune et encore innocent (petite larme de nostalgie), nous préparâmes, remplîmes notre sac thaï avec notre bio de Mata Hari, un brumisateur, notre monoï, un litre d’eau, ces foutues tongs à soixante-quinze euros, notre agenda, notre fric, notre téléphone, une pomme verte et partîmes en direction des thermes d’Aix, enfin ! Nous y arrivâmes à 9h30. Ils sont à deux-cents mètres de chez nous. Vitesse de croisière : 1 km/h ! Et ouais, il était très tôt en même temps. Une fois sur place (nous avions déjà chaud), nous nous installâmes à l’accueil, commandâmes un billet pour la journée, nous changeâmes et rejoignîmes la piscine à l’étage. Il n’y avait pas beaucoup de monde encore, mais cela commençait à venir. Nous trouvâmes un transat, installâmes la serviette fournie dessus, nous enduisîmes d’huile et sombrâmes pendant deux heures, laissant nos envies plonger de temps à autres dans la piscine pour les refroidir. À midi, nous allâmes manger à l’Orangerie, le restaurant de l’hôtel.

Nous . Un gin et une salade tomates / mozzarella, s’il vous plaît !
Le serveur . Un Gin Fizz, Monsieur ?
Nous . Tonique, très tonique, merci !

Tout le monde était en peignoir, les gens de l’hôtel comme ceux des thermes. De toute manière, c’était souvent les mêmes et cela nous convenait parfaitement ! Pourquoi ? Parce qu’en ce moment, nous sommes en plein trip suédois et qu’en l’occurrence, il y avait là deux garçons hyper mignons devant nous ; paysage idéal en cette heure de concupiscence gastronomique. Les deux étaient typés aryens, blonds aux yeux clairs, le teint net mais hélas n’y avait-il pas de numéro de chambre accroché à leur cou.

Le serveur . Ça a été ? Vous prendrez un dessert, un café ?
Nous . C’était parfait. Je vais prendre une soupe de figues au vin de rosé et un autre gin, s’il vous plaît !

Après cela, nous déposâmes nos effets et allâmes digérer tranquillement dans le jacuzzi. Ensuite, nous nous enfermâmes dans le hammam, seul, pensant toujours à ces deux beaux blonds. Hélas, seul un vieux gros vint nous rejoindre dans cet espace confiné, chaud et humide… Dégoutté, nous en sortîmes, prîmes une douche et entrâmes dans le sauna, plus sec, plus chaud et plus seul. Trente minutes de liquéfaction plus tard, nous retournâmes à la piscine griller sur un transat. Il y avait un peu plus de monde qu’au matin mais que du beau, ou des gens normaux, pas chiants, pas en train de parler l’argot et d’agrémenter leur réflexion d’un : « Vas-y, putain d’ta race, tu m’fais d’l’ombre ! », ou encore d’un : « Regarde-moi comment elle est trop bonne cell’là, t’as vu son cul à c’te pute ? Comment j’aimerais trop m’la faire, t’as vu ! » Tu vois le genre… Pour finir cette journée de dur labeur, nous retournâmes dans le sauna une petite demi-heure, prîmes une douche, récupérâmes nos effets et remontâmes chez nous prendre un bain saveur coco et un verre de gin. Et dire qu’il y en a qui se suffisent de peu ; des ignorants, fort probablement !


20 juin 2005

Aix-en-Provence (France), 6h40.

Nous avons déjà mal au crâne ! Aurions-nous abusé du Ruinart, du Pastis, du rosé au Jardin des Orchidées, peut-être même du gin chez nous hier après-midi ou est-ce ce mal chronique, signe des bouleversements chaotiques qui s’annoncent ? Ce doit être le mélange. Nous nous bourrons donc d’Ibuprofen, après nous être fait bourrer toute la nuit. Notre train est à 7h30. Nous montons comme la semaine dernière en Ardèche, nous faire masser. Ce n’est pas du luxe, vraiment pas ! Avant-hier, les thermes ; cette nuit, les élongations charnelles. La cure ne saurait être parfaite sans un massage complet et jouissif. Nous abusons, encore, faisons du surmenage, assurément !
Nous passâmes la nuit à l’hôtel des Augustins. Le petit chaton cette fois-ci se fit-il repérer pendant ses tergiversations nocturnes par les voisins d’en-face dont trois filles plutôt pas mal – de loin et de nuit – qui mataient autant son caleçon et son torse que sa bouteille de champagne. Coquines ! Nous sommes convaincu qu’au lieu de faire la causette aux mecs présents et de passer une soirée soft, elles auraient adoré se faire sauter toute la nuit. Mais non… Comme des idiotes, elles partirent vers 2 heures, déçues mais le sourire aux lèvres, se disant entre elles que cette soirée était sympa, qu’elles profitaient de leur jeunesse en sortant un dimanche soir chez des potes, boire du whisky et prendre des photos pour se vanter de ce moment sur un weblogue à la con, moment finalement médiocre. De l’autre côté, nous jouîmes, plusieurs fois, à en avoir des bourdonnements dans la tête ; nous pétillions ! Dormir ? Mais tu n’y penses pas, Fidèle ! Nous aurons tout le loisir de le faire plus tard. Mettons-nous pour l’heure en route et rejoignons la gare.

19h23.

Nous sommes enfin chez nous et nous apprêtons à prendre une bonne douche fraîche. Pourquoi, Diable !, faut-il que la SNCF envoie ses trains à l’heure quand précisément nous voudrions qu’ils partent comme d’habitude en retard ? Une malédiction nous colle au cul : les retours d’Ardèche, ce n’est pas pour nous ! Nous manquâmes donc notre train et notre client, de qualité et bien urbain, nous redescendit jusques à Aix en voiture. En fin de compte, nous arrivâmes avant l’heure prévue mais bon, c’est une question de principe. Nous passâmes une journée d’ivresse, jouissive toujours. Le repas était excellent, le Martini Bianco présent, le champagne à volonté, le massage élévateur. Du creux de notre ventre à la dernière parcelle de conscience, nous pétillions, encore. Ne t’es-tu jamais laissé envahir par cette sensation, Fidèle ? Il faut être secrétaire d’uranisme pour atteindre ce nirvana. Nous sommes épuisé, ces trois derniers jours ayant été riches en excitations composites ; il nous faut des vacances !


23 juin 2005

Aix-en-Provence (France), 19h12.

Le réveil est difficile. Nous fîmes une grosse bourde ce matin ; honte sur nous ! Nous avions rendez-vous avec la directrice du Secours Catholique à 8 heures mais n’entendîmes pas notre réveil, plongé dans un profond sommeil d’alcoolo qui fait trop la fête. Elle nous attendit une heure puis nous appela alors que nous comations. Nous ressentîmes alors une soudaine touffeur d’angoisse, nous confondîmes en excuses, lui expliquâmes clairement, le plus honnêtement possible – mais sans détail superflu – la raison de cet oubli : alors que nous nous étions promis de farnienter, nous sortîmes la veille. Pour conjurer le sort, sachant que tout ce que nous entreprendrions aujourd’hui merderait, nous restâmes dans notre pieu. Tout cela est bien peu glorieux, oui ! Nous n’avons aucune excuse sinon celle d’être des fois vraiment con pour rater un tel rendez-vous. Voici donc les événements qui nous conduisirent là :
Mercredi, 6h45, réveil : Gunka allait bosser. Nous devrions bannir ce mot de notre vocabulaire et les gens qui l’utilisent mais il naîtrait de cette décision une bien grande solitude. La veille au soir, c’était donc la fête de la musique et comme pour Saint-Patrick’s Day, nous eûmes une justification pour boire dans la rue sans passer pour un pochtron et nous faire arrêter tous les vingt mètres par des condés ; merci Jack ! À 22 heures, nous sortîmes nous acheter des chewing-gums avec notre verre de gin dans une main, une YSL dans l’autre. Les rues étaient pleines, les gens nous regardaient d’un air accusateur. Ce devait être notre défrisage Saint-Algue de la soirée ou notre pantalon orange, notre t-shirt blanc et nos New Rock ou nos yeux mascarisés et crayonnés de noir. Non ! En y réfléchissant un peu, ce devait simplement être notre air perdu dans un verre de gin. Nous remontâmes chez nous avant de rejoindre la place de l’horloge. En chemin, nous rencontrâmes Alexandra, sa maman et Gunka. Une fois retrouvés dans cette masse humaine, Nicolas, Valentin, Fabienne et nous-même descendîmes sur le cours Mirabeau, une bière à la main, et ce fut à La Rotonde que nous consommâmes vraiment. Trois Bloody Mary plus tard, nous allâmes acheter paninis et bières au Palatino pour les manger au pied de la grande fontaine, sur la pelouse. Si l’on omet les mecs sans face qui venaient se soulager dedans, c’était vraiment sympa ! D’autres vinrent s’ajouter à la bande (Gunka, Alexandra, son copain, etc.), nous restâmes là un moment puis bougeâmes au Scat. Tous n’étaient pas là, nous en perdîmes en route et une visita même les urgences pour s’être jetée la tête la première sur le pavé aixois. Quant à Nicolas, Valentin et Fabienne, torchés, ils quittèrent le club un peu avant Gunka et nous-même. Cette nuit finit dans notre lit – une fois n’était pas coutume ! – vers 4 heures.
Trois heures trente plus tard, nous la reconduisîmes à la porte et comptions passer la journée à ne rien foutre mais nous ne retrouvâmes pas le sommeil et appelâmes Nanou pour déjeuner ensemble au Tholonet. Nous lûmes une heure, zonâmes dans un bain frais et allâmes chez Nicolas.

Nous . Bonjour ! Une bouteille de Château Ladesvignes, s’il vous plaît ! Avez-vous du rosé Château Simone également ?
Le caviste . Oui, à la cave, cuvée 2003.
Nous . Parfait, mettez m’en une aussi !

Avec toute cette activité pour préparer un bon repas et notre langueur habituelle, nous ratâmes notre bus. Aimes-tu la Provence, Fidèle ? En voici le pire : trente-cinq degrés, peu de vent, un temps orageux mais pas d’orage. En général, quand nous marchons, notre esprit vagabonde, nos idées fusent ; là, franchement, elles ne purent que fondre ! Arrivé chez Nanou, nous prîmes une douche fraîche et passâmes à table ; le rosé fut quasi-divin. Nanou nous fit remarquer une énormité sur l’étiquette de la bouteille, une erreur grotesque, un appât à touristes qui n’avait d’équivalent que l’excellence de son domaine. Nous en arrivâmes à parler des tableaux de la pièce, de leur prix, etc., et en conclûmes que l’art ne se vend pas, il se vante ! Vers 16 heures, le temps était encore orageux et nous voulions rentrer avant la sauce. Nous voulions également nous reposer et être en forme pour notre rendez-vous de ce matin. Nous ratâmes (encore) notre bus et fûmes bon pour (encore) six kilomètres de marche pour arriver sous un Aix plafonné de martinets, trempé de sueur. Chez nous, après un bon bain, nous nous calâmes devant notre écran, huilé et prêt à aller nous coucher tôt ; un exploit !

Nous, à Niko par SMS . Putain, c dur… Suivre la ligne blanche !

La ligne blanche ? Non, nous n’avions hélas pas de coke sur nous, nous étions juste sur la route de Saint-Antonin-sur-Bayon, dans la montagne, à 2h17, ce matin, avec deux grammes d’alcool(s) dans le sang, au bas mot, en train de suivre la peinture de l’asphalte pour nous repérer. C’est pour cela, Fidèle, que nous ne nous réveillâmes pas ; que nous voilà étonné ! Niko nous prévint sur MSN, hier soir à 18h27, que nous devions être prêt à 21 heures pour fêter l’anniversaire surprise de Benoît au pied de la Sainte-Victoire. Que, Diable !, pouvions-nous répondre ?!

Nous . Je dois me lever très tôt demain donc bon… En même temps, je suis jeune et con ; laisse-moi me préparer !

Nous retrouvâmes la bande en haut. Morgan était présent également. Quant à Benoît, il arriva plus tard, les yeux fermés, surpris devant une table de pierre pleine de bouteilles, d’amuse-gueules et de bougies. La nuit, quant à elle placée sous la protection de la Lune, fut excellente actrice ! Nous n’avions pas de musique et pensions en manquer mais l’instant finalement se déroula-t-il au fil de conversations libérées par la boisson. Nous ne savons pas ce qui nous prit – sans doute avions-nous besoin de marcher (effet pleine lune) – mais nous demandâmes à Niko, quand nous partîmes tous vers 1h30, de nous déposer un peu plus loin et de continuer sans nous. Paumé à quelques seize kilomètres du centre d’Aix, nous nous retrouvâmes donc seul et complètement pinté en pleine montagne, personne pour nous guider, ni même nous agresser d’ailleurs, la racaille ne s’aventurant pas si loin de la ville. Nous commençâmes à déambuler dans la colline par les petits sentiers mais nous retrouvâmes dans les champs d’oliviers et les broussailles – dont nous gardons encore des griffures – alors reprîmes-nous la route pour suivre cette désormais fameuse ligne blanche. L’expérience fut… comment dire… intéressante. Parfois, sous le regard pervers d’une musaraigne, nous nous endormions en marchant, pour nous réveiller quasi-instantanément (supposons-nous) et nous demander où nous étions. Parfois, nous avions même fait demi-tour. Impossible de nous rappeler avec certitude comment nous rentrâmes jusques à chez nous, entier. Sur la route, nous fîmes plus de rêves que pendant toute une nuit dans un lit. Nous hallucinions, pensions des choses folles, communiquions avec les ombres, les épousions ; c’était terrible ! Nous vîmes des lieux qui nous étaient communs d’un tout autre regard : celui d’un mec bourré, déjà, mais pas seulement. La nuit enveloppait notre vision de mille songes bizarres. Passant près d’un champ de blé, par exemple, nous nous surprîmes à penser comme il serait bon de nous y coucher pour ne nous lever qu’au petit matin. Nous vainquîmes cette folie uniquement car un brin de conscience nous rappela que nous avions un rendez-vous à 8 heures… Tout cela pour rien, nous diras-tu ! Nous réveillâmes Morphée, nu sur notre lit, à 4h38, et sombrâmes entre ses cuisses.


25 juin 2005

Aix-en-Provence (France), 6h54.

Nous rentrons à peine… Oh putain ! En fait, nous sommes mort ! Nous écrirons plus tard.


27 juin 2005

Aix-en-Provence (France), 10h34.

Pour nous être levé très tôt et ne pas encore lamentablement rater notre rendez-vous avec la directrice du Secours Catholique, nous nous octroyons un petit-déjeuner à La Rotonde. Nous venons de moins en moins ici : le lieu est superbe, l’ambiance chic et tendance mais le service est pourri (et puis nous ne revoyons plus le serveur mignon d’avant, ce qui a quand même son importance) !

Nous . Un Classique et un Bloody Mary bien tassé, s’il vous plaît !

L’alcool de bon matin avec un croissant rend l’Homme fort (si si) ! Nous mîmes du temps à nous remettre de la soirée de vendredi. Notre table est encombrée : un chocolat chaud, un jus d’oranges fraîchement pressées, une assiette avec deux tartines, du beurre et des confitures, notre agenda, nos clopes, notre téléphone, le cendrier, notre Bloody Mary, notre feuille de notes ; c’est un vrai bordel, tout comme notre esprit et ce que nous écrivons d’ailleurs. À force de considérer chaque jour comme un dimanche, nous dûmes demander assistance pour nous souvenir de tout cela ! Bref, cette soirée de vendredi, disons-nous !
Nous fêtâmes pour commencer les 20 ans de Fabienne au Duplex avec un gin et une bouteille de rosé. Nous étions cinq : Niko, Sébastien, Valentin, elle et nous-même. Alexandra, son copain et Gunka vinrent nous rejoindre ensuite et nous continuâmes au Scat. Notons que quatre-vingt-dix euros la bouteille de Smirnoff, c’est quand même du foutage de gueule, même dans un club ! Heureusement que ce n’est pas tous les soirs que nous célébrons un tel événement et que nous faisons la fête… Tout bien réfléchi… Ah ! Et merde ! Entourée d’alcooliques chroniques qui supportaient plus ou moins bien les mélanges, Fabienne géra plutôt bien les siens en ne constellant que les vestiaires, devant la porte des toilettes, close ! La pauvre, quand nous y pensons… Bref, ne nous formalisons pas ! Niko et Sébastien la reconduisirent chez elle et revinrent, pour repartir un peu plus tard avec Valentin. Alexandra et son copain suivirent. Nous n’allions pas rester : la bouteille était vide, nous ne voulions pas nous retrouver dans un lit mais faire la fête. La nuit commençait à peine ; il devait être 2 heures. Nous allâmes donc au Med Boy, lieu d’ancrage, seul. Il n’y avait pas beaucoup de monde. Nous commandâmes une pinte, installâmes nos jolies fesses sur un tabouret au comptoir et parlâmes avec Yves, un habitué sans intérêt aucun, de tout et de rien, d’art et d’histoire, d’histoire de l’art, de religion, de mythes, etc. Voilà ce que c’est de s’attacher un verre à un prof de fac… Nous demandâmes à Michel s’il allait au Cancan ; il nous répondit que non. Malik, en revanche, y allait et proposa de nous y conduire. À 4 heures, nous étions sur la route, Dire Straits dans les oreilles, à 160 km/h. Le trajet nous parut étrangement court ! Nous entrâmes dans la boîte en invité et la soirée s’illumina sur le nouveau podium, les rampes et les marches que nous n’avions pas encore testées. Nous étions pinté, pour changer, torse nu, en sueur, trempé, inaccessible. Un mec s’approcha nous toucher, nous caresser par derrière. Nous le laissâmes faire. Après un instant, Madonna bramait, il se retourna pour nous faire face, nous le regardâmes dans les yeux et l’expédiâmes.

Nous . Laisse tomber, tu n’as vraiment aucune chance !

Incrédule, désarçonné, il ne sut bourdonner qu’un : « Ah ! », médiocre, avant de quitter le podium la queue entre les jambes, dégoûté de n’avoir pu que nous approcher.

Nous-même . Prétentieux !

Non ! Nous sommes seulement joueur, très sélectif et, d’ailleurs, nous n’avons aucun compte à te rendre, Fidèle ! Pour nous aborder en boîte, à moins d’être hyper canon, il faut avoir de très bons arguments ; lui n’en avait aucun (ni sa copine d’ailleurs). Les mecs en boîte, tu les trouves cool et mignons dans le noir quand tu as bu pour te réveiller dans un lit qui n’est pas le tien, surplombant une studette d’un immeuble de cité, avec à tes côtés un chiffon de chairs humides et une face qui ressemble alors à un suaire de toxico que même la carnation déserte peu à peu.

Nous . Un autre Bloody Mary, s’il vous plaît !

Jusques à 6h30, nous restâmes sur le podium et après une coupe de champagne rosé, nous rejoignîmes Malik. Il avait commandé une bouteille de vodka que nous manquâmes, trop occupé à jouer le go-go dancer devant tout le monde. Le Cancan ferma et nous remontâmes avec lui sur Aix. Franchement, il était pété (même s’il pensait le contraire…), roulait vite, Dire Straits toujours à fond, déboîtait à quelques centimètres des autres véhicules. Il donna même un coup de frein à main sur l’autoroute devant un bus qu’il venait de doubler, jugeant qu’il aurait dû le laisser passer plus tôt. Et nous, comme un con, éclations de rire, trop heureux de nous sentir vivre, paradoxalement si proche de la mort… Nous rentrâmes chez nous torse nu et sombrâmes, passâmes l’après-midi avec Niko dans une crique d’Ensuès, soupâmes chez lui, loin de toute agitation éthylique.
Ce matin, nous eûmes donc ce fameux rendez-vous, obtînmes quelques adresses à exploiter et la quasi-certitude que sans formation académique, dans ce monde mal foutu, nous ne pouvions rien faire. Il est 12h09, nous avons le reste de notre vie (en attendant la cirrhose) pour prouver à cette société que son fondement pue l’ineptie !


29 juin 2005

Aix-en-Provence (France), 5h22.

Je suis rentré à 4h46, autant que je m’en souvienne, j’été pinté. J’ai eu l’idée, Fidèle, de te rconter ma vie de tous les jours, avec les fautes que ça contient, si tu comprends déjà parce que là franchement je fais un gros effort pûr ne pas rater les touches ! Je corrigerai peut-être plus tard ça dépend de si je le sens ou pas, mais faut pas rêver. Donc, je sors de la douche, dur, dur ! Déjà jétais au Med avec Niko et Valentin qui m’ont lâché vers 2h30 environ. J’écoute Bowling For Soup, un très bon groupe de rock que j’ai découvert quand je vivais en Thaîlande, trop bon ! Putain, les fautes… Et ça se prétend écrivain… Mes idées sont même plus en plqce… En même temps j’ai jamais rien eu en place dans mon esprit je crois. Bon, cette soirée. Déjà j’ai passé l’après(midi à dans une crique d’Ensuès, la même que samedi, avec Niko et Valentin. Nous avions de la Despe, c’était trop fort, mais pas assez hélàs, deux bouteilles pour trois c’est jamais assez, juste suffisant pour frimer devant les djeuns qui venaient squatter notre promontoire de saut. Mais c’étais quand même sympa. Je susi complètement niqué, laminé par les moules pour remonter sur les rochers ; je crois que j’en aurai même une cicatrice sur la main, pas grave, blessure de guerre, ou de délire c’est pareil. Nous sommes rentrés vers 20 heures, nous avons passé la soirée chez Niko et nous sommes remontés sur Aix. Niko et Valentin m’ont déposé et mon rejoint chez moi après s’être changé, avec une bouteille de vodka que nous avons pratiquement vidée à deux, Niko et moi. Au Med, nous étions déjà pintés. Je ne sais même pas comment j’arrive encore à taper sur les touches. Je n’ai qu’une envie c’est daller me coucher mais j’ai envie de lire demain les conneries que j’aurai pu écrire. En fait c’est simple, une fois à la maison, j’ai rechargé mon MSN, je suis aller jouer la collégienne US anorexique sur son trône, j’ai pris une douche hyper froide pour me réveiller un peu, j’ai rejoué à cette américaine, je me suis brossé les dents, j’ai soigné mes plaies avec des huiles et je me suis posé devant mon écran pour écrire ces conneries. C’est pathétique. C’est comme ça tous les matins pratiquement. Je rentre et j’ai un véritable cérémonial : je me vide, je me douche, je me lave les dents, m’huile, me bourre d’Ibruprofen et me couche sur le dos, attendant que le sommeil m’emporte une seconde à peine avant de sombrer complètement. D’ailleurs, c’est précisément ce que je vais faire là, sombrer. Un délire de plus dans ma vie de tous les jours où personne ne pourrait me suivre je pense. Demain nous retournons à la mer je crois, vive la Despe !! Cette fois-ci j’en prendrai plus.

12h50.

Nous venons de nous relire, Within Temptation dans les oreilles, en priant que notre mère ne lise pas ce journal avant que nous changions de vie…


2 juillet 2005

Aix-en-Provence (France), 6h34.

Un quart d’heure que nous sommes levé. Nous dormîmes deux heures, nous zonons et la vodka ne veut pas nous réveiller ; c’est horrible ! Aujourd’hui, nous devons nous rendre en Ardèche. Alors que beaucoup de salopes essaieront de jouer l’homo intègre sur le vieux port, rassemblées sous la bannière « Pour nos droits et que cesse l’homophobie ! », nous serons pute et nous ferons masser. Allons, courage ! Finissons notre verre, prenons une douche, préparons nos profondeurs, fourrons notre sac (sans oublier cette fichue bio de Mata Hari qu’il serait temps que nous lisions) et rendons-nous à la gare !

Marseille (Provence, France), 8h41.

Les TER sont-ils des lieux de drague ? À en juger par le mec trop laid qui vient de prendre place dans notre cabine, si c’est le cas, nous n’avons vraiment pas de chance ! Nous nous assîmes ici dans l’espoir de trouver l’attention d’un charmant garçon (ou d’une charmante fille d’ailleurs) qui pouvait nous réveiller ; c’est raté ! Sur notre gauche, un TGV blanc pattelé par un tigre attire nos yeux d’or : c’est une publicité pour Orange qui nous rappelle que nous leur devons plus de mille-cent euros… Est-ce un signe ? Si oui, nous sommes dans la merde… Oh putain ! Non seulement il est laid, le mec d’à-côté, mais en plus il se décrotte le nez. C’est dégueulasse, à la fin ! Après, on s’étonne que les étrangers considèrent les Français comme des crasseux. Et bien, surtout à Marseille, c’est le cas.

Nous . Ne vous gênez pas surtout !
Le gros dégueulasse . Pardon ?
Nous . Vous voulez un mouchoir ? Je suis sûr qu’il en reste un peu au fond…
Le gros dégueulasse . Volontiers !
Nous . Il y a du PQ dans les toilettes. Ce sera toujours mieux que de refaire la déco de la cabine, vous croyez pas ?
Le gros dégueulasse . Heu…
Nous . Laissez tomber !

Le train s’est arrêté, du coup la clim également, et nous ne sommes même pas encore parti. Vite, sortons notre brumisateur car le voyage s’affiche long !

Bollène (Provence, France), 17h08.

Vraisemblablement, il faut que tous nos retours d’Ardèche ne se déroulent pas comme nous le voudrions. Nous attrapâmes notre train cette fois-ci – nous étions dans les temps – mais tombâmes dans un four Dachau. Même notre brumisateur ne parvient-il plus à nous réhydrater. Nous nous demandons comment ils survivaient à l’époque. Ah, quel con ! Ils en sont morts en fait… Désolé ! Nous ouvrîmes donc la fenêtre en pensant secrètement nous jeter du prochain pont qui traverserait une rivière. Nous passâmes heureusement une bonne journée : le repas était agréable et nous pétillâmes. Un avis : la graisse à traire au monoï Soleil des Îles, c’est génial pour baiser bareback, Fidèle ! Nous l’utilisons depuis longtemps déjà, crois-nous sincère. « Florimon-Louis de Kerloar : son expérience professionnelle pour VOS parties de cul ! » Oula… Ça y est, nous délirons. C’est la chaleur, la canicule nous emporte. Et ouais, nous aurons 24 ans dans moins de deux mois ; ça craint !

Nous . À quand le prochain pont ?!
Le mec d’à-côté . Pardon ?
Nous . Je délire tout seul.
Le mec d’à-côté . Longue journée ?
Nous . Jouissive !
Le mec d’à-côté. Pardon ?
Nous . Laissez tomber !

Si encore il était jeune et mignon… Même pas ! Le train est arrêté, des enfants courent sur les quais. Ce soir, il y a une soirée After Gay Pride au Dock des Suds, comme tous les ans. Franchement, payer vingt euros pour s’asphyxier entre cinq mille surexcités, nous hésitons… Peut-être irons-nous au New Cancan. Essayons de dormir jusques à Marseille déjà car, mine de rien, notre activité nous vide !


3 juillet 2005

Marseille (Provence, France), 7h51.

Quelle nuit ! Nous pensons louer une tente à Saint-Charles car nous y voici de nouveau… Comment ? Une longue et lubrique histoire. Nous sommes là depuis 7 heures environ, dûmes acheter un stylo et piquer une feuille blanche dans la photocopieuse de l’accueil pour écrire nos aventures et surtout, SURTOUT, ne pas nous endormir comme une merde ! Les sanitaires de la gare ont une trace de notre passage désormais, nous ne pouvions plus tenir ; trop de mélanges, trop de secousses. Hier soir, nous comptions passer une soirée tranquille, ne pas sortir et regarder la saison 2 de Stargate SG1 que nous téléchargions sur la mule, fâchée avec notre Free Box. Notre connexion foirait et nous n’eûmes d’autre choix, d’autre envie, que celle de nous doucher et comater dans notre lit après une longue et épuisante journée. Seulement voilà, Arthur vint nous rendre une petite visite impromptue, lui qui habite désormais à Lyon et qui était là de passage ; il devait être 1 heure. Nous l’accueillîmes en serviette, tuâmes les bouteilles de vodka, de gin et de Martini Rosso entre deux joints et sortîmes trouver un bar, tous fermés, hélas ! Nous le quittâmes sur le cours Mirabeau et rentrâmes. Là, nous nous dîmes : « Florimon, vous êtes déjà fait, autant vous achever… Allez donc au Med ! » Écoutant dame Passion, nous nous préparâmes et y allâmes ; il était plus de 3 heures.
Notre train arrive dans quinze minutes. Notre paquet d’Ibuprofen hier soir mourut et nous ne nous sentons pas de chercher une pharmacie de garde ; la journée va être horrible ! Nos mots sur cette feuille, Fidèle, sont à peine plus lisibles que ceux d’un médecin généraliste qui bourre ton ordonnance de médocs innommables et superflus. Nous nous endormons, sombrons, assis au pied d’un panneau publicitaire pour le Courrier international consacré à l’Espagne de Don Quichotte. Nous sommes telle une larve sur un marbre usé, pathétique ! Les gens ont l’air sain et conscient autour de nous, la sensation est étrange. Ils nous observent, notre rimmel doit couler ; nous les voyons à peine en fait. Devant nous, une bonne heure pour retrouver notre bain. Si nous y parvenons, Dieu existe et n’est pas rancunier pour l’immonde blasphème orchestré cette nuit.
Cette nuit, justement, fut vraiment folle mais, dans l’état présent, nous sommes pratiquement incapable de la conter. À notre réveil, quand nous aurons cuvé, nous en écrirons davantage. Notre train nous attend, enfin !

Aix-en-Provence (France), 14h46.

Bon… Apparemment, Dieu existe ! Quoi que si tel était le cas, il nous aurait gratifié d’un ou deux cachets, n’est-ce pas ? Quel ingrat ! En même temps, comme on doute de soi, il est toujours facile de douter de Dieu. Bref, ce carnet n’est pas le propos… Nous parvînmes ce matin à traîner notre esprit éthylique chez nous sans trop de problèmes et pûmes même somnoler un peu dans le train. Nous arrivâmes vers 9h30, ôtâmes nos vêtements aussi bien que faire se pouvait, nous fîmes couler un bain chaud, y versâmes trois litres de lait et, jusques à 12h30… nous ne nous souvenons plus de rien. Nous en gardons, ceci dit, une peau douce et parfumée, c’est déjà ça ! Nous ne pensons pas dormir aujourd’hui et, ce soir, nous irons boire un coup avec des potes en ville. Notre jeunesse nous tuera !
Alors, la soirée d’hier… Nous allons sans doute attirer les critiques débiles de nos détracteurs mais, n’importe, laisse-nous te la conter ! Nous avions pensé que le Med Boy serait fermé, Michel devant aller au New Cancan, mais finalement non. En revanche, ils allaient partir et la voiture était déjà pleine ; tant pis, nous nous y attendions. Nous commandâmes une pinte le temps qu’ils se décident ; cela prit plus d’une heure. Entre temps, aucune place ne s’était libérée mais nous pouvions quand même les accompagner ; six dans une Clio, après tout, n’est pas impossible. Nous arrivâmes par miracle entier. Le New Cancan était pratiquement vide mais, étant bourré, cela nous était bien égal. Ne racontons pas, encore, ce que nous y fîmes car, à force, ça lasse : torse nu sur le podium, une vodka jamais vide dans une main, souvent une clope dans l’autre. Après cinq verres, Michel et les autres rentrèrent, nous pas. Nous voulions prendre le train plus tard. C’est à partir de là que tout commença de dégénérer. Nous descendîmes aux toilettes nous rafraîchir et devant le miroir, un mec – 27 ans, arabe – nous aborda. Sur le podium, une fille s’était également aventurée à nous parler mais nous ne voyions pas la soirée aller dans ce sens.

Lui . Ça va ?
Nous . Ah ouais, carrément. Je suis bon pour enchaîner une autre soirée là !
Lui . C’est cool, il y a un after au Dock des Suds. Je vais y aller, je pense.
Nous . Tu m’embarques ?
Lui . Je bosse ici. Je fini mon service vers 6h30, tu m’attends ?
Nous . Pas d’problème !

Finalement, nous n’atteignîmes pas le Dock mais baisâmes au pied d’une cathédrale ou d’une église en plein centre de Marseille. Ces derniers temps, nous fûmes un vilain garçon. Le jour où l’on nous enverra ad patres, nous ne monterons pas au Ciel, c’est net ; autant donc nous envoyer en l’air sans nous soucier des vertus théologales !


11 juillet 2005

Aix-en-Provence (France), 20h09.

Notre repas du jour, à La Rotonde évidemment : deux toasts au foie gras truffé, un Bloody Mary, un paquet de clopes tout neuf. Nous passâmes la nuit dans le Var, chez un client, et ne dormîmes pas ou que peu. C’était jouissif, comme d’habitude. Chez nous vers 9 heures, nous ne pûmes trouver le sommeil, somnolâmes deux bonnes heures dans notre bain en écoutant Saint Privat. Nous avions d’autres rendez-vous mais nous les annulâmes tous pour la seule bonne cause que nous connaissions : farniente ! Nous n’avons envie de rien faire sauf zoner dans une espèce de langueur séraphique. La vie ne nous est pas difficile en ce moment ; elle manque juste de piquant. Nous avons tant à faire, si peu l’occasion. Ce matin, nous nous réveillâmes au champagne, la bouteille y passa. Notre mère nous pense alcoolique ; peut-être est-ce vrai après tout ! Comprendra-t-elle un jour que cela nous convient ? Ou boire nous aide-t-il seulement et nous nous leurrons ? N’importe, bordel ! Aucune considération morale ne peut plus rien pour nous de toute manière ; boire, bien manger, sortir, baiser, au moins cela est-il concret. Nous n’avons pas envie de nous retourner plus tard et d’avoir des regrets inutiles dont le seul responsable serait un trop de ce genre de considérations. Nous regarderons notre passé en nous disant sans doute : « Merde, Florimon, vous avez abusé ! Vous avez trop profité de la vie et vous voici maintenant malade et alité ; est-ce plus malin ? » N’importe, bordel ! Quelle trace laisserons-nous au final ? Aucune ! Les Hommes oublient vite, les sagesses évoluent, les idées changent, elles aussi. La morale, enfin, n’est qu’une affaire de mode. Nous sommes un être du présent. L’avenir tout comme le passé nous importent peu ; nous ne leur survivrons pas.
Une femme joue de la guitare et chante : une bonne ambiance qui nous réconcilie avec ce bar-lounge alors qu’une petite fille blonde et bouclée aux yeux clairs est en pleine extase devant elle. Notre cendrier se remplit, notre verre se vide dangereusement, nous allons recommander. Nos pensées se perdent, une fois de plus. Recentrons-nous !
Tu ne peux imaginer, Fidèle, la plénitude que nous ressentons lorsque rien et tout en même temps nous guette. Il est superflu d’aller la chercher loin car elle trotte dans notre esprit, discrète mais bien présente. Les fous et les inconscients sont bénis, dit-on ; nous sommes heureux de ne l’être pas. À 15 ans, lorsque nous décidâmes que la vie ne nous dicterait pas nos choix, qui aurait pu deviner que nous en serions là aujourd’hui, nulle part ? Personne et cela nous exulte ! Nous écrivons sans la prétention d’illuminer le monde, nous rencontrons des gens sans celle de leur apporter quelque chose, nous agissons sans nous soucier des conséquences. Nous ne calculons pas, nous ne planifions rien, nous profitons et invitons qui veut le lire à en faire autant. Croire que notre destin nous portera au souvenir est une erreur. Le bonheur, s’il existe, c’est maintenant ! Mais une bonne philosophie est personnelle, ne l’imposons donc pas.
C’est la fête ici, tout le monde s’exclame à chaque coup de corde. La retenue et la constance adoptées nous en empêchent mais, au fond, nous sommes comme un enfant, ému sans trop savoir pourquoi. Crois-tu aux ondes, Fidèle ? Nous écrivîmes déjà sur elles dans nos travaux précédents. Ce soir, nous ressentons celle qui nous berce et nous élève, la plus chaleureuse, la plus douce. La solitude ne nous pèse pas dans ces moments-là – et ils sont nombreux, au firmament. D’ailleurs, nous ne saurons même pas la partager ; nous ne sommes pas certain de le vouloir en fait. Un travail sur soi nécessite de l’intimité.

Nous . Le même chose, s’il vous plaît !

Ah ! visiblement, ce travail requiert également une certaine dose de mets exquis… Il est 21h10, cela fait plus d’une heure que nous sommes ici ; le temps nous semble si dérisoire ! La nuit tombe doucement sur la cité cosmopolite et va s’emparer des humeurs festives de chacun. Pour nous, elle est une révélation, le miroir de notre intérieur qui dévoile des passions souvent débridées. Nous ne sommes pas esclave pour autant de nos turpitudes mais nous devons avouer que, sans elles, nous nous sentirions stérile, fat et souffrant.
Concluons donc ici le quatrième chapitre de notre saga en promenant nos rêveries d’une bougie à une autre…



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