Florimon-Louis de Kerloar

Mystique Symphonie

Songes


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Tous nos textes, Fidèle, sont déposés à la Société des gens de lettres, Paris. Sois gentil, tu t’en inspires dans la vie si tu veux mais sur papier ou à l’écran, cherche ta muse ailleurs. Bonne lecture !


Première dérive

D’un absolu dénigrement de la composition humaine, nous sommes l’être des déchirements qui ronge la constellation de vos âmes ; nous sommes cet aphorisme éclectique destiné à recharger l’incandescence de vos envies ; nous sommes la passion divine qui s’abîme dans les profondeurs de votre inconscience ; nous sommes le paradoxe reconnu et désapprécié de tous, la météorite qui préfère l’élévation, au cœur d’un océan de mensonges anodins, de plaisirs éphémères et de solitude partagée.
Nous sommes l’imaginative attraction d’un monde en pleine déliquescence, la méphistophélique pensée, l’orageuse colère d’un chaton qui crie dans le vide, la passion surannée de notre ego psychotique surdimensionné.
Nous sommes, nous sommes…
Quel intérêt de savoir qui nous sommes ? Nous savons que nous le sommes et ce que nous sommes devrait suffire à contenter ce que vous êtes…

24 août 2004, Aix-en-Provence (France).


Fatum

L’exploration de notre univers par la voie de notre conscience nous apporte parfois le résultat d’une surprenante alchimie.
Il nous arriva dernièrement de nous rendre dans un bled nommé Destin. Nous y avions avec notre jeune compagne des intérêts à défendre. Lorsqu’on nous déposa au pied de cet immense palais qui surplombe la Baie des Anges Noirs, nous nous demandions encore si nous étions apte à supporter telle épreuve.
La magie d’un endroit comme le Destin est qu’il nous réserve d’innombrables surprises. Les facéties figuratives que nous déverse l’acte le plus futile exploitent allègrement la surpuissance de nos émotions. Imaginez donc l’état d’un être qui est fait pour la mort lorsqu’on l’expose à son image : perdu, désemparé, inhibé et inconstant, il ne peut que se déterminer à subir.
Mille fois avons-nous supplié le Grand Architecte de nous rendre notre ignorance, mille fois avons-nous essuyé une catégorique disgrâce. Implorant par tous les seins de la génératrice, il était égal à notre ego d’avoir à nous justifier de nos turpitudes. Cependant la loi sacrée nous était-elle impénétrable et dûmes-nous nous y plier.
Nous déniâmes donc accorder à cette funeste ingérence la folie de crucifier notre volonté. Notre désir bafoué, nos envies évaporées, résolument nu, nous nous abaissâmes et subîmes ce poids infâme, cette incomparable et détestable vérité : nous sommes seul mais notre devoir est de croire que nous allons vers Lui.

3 octobre 2004, Aix-en-Provence (France).


Motus

Figurons-nous un acte de pur altruisme échoué dans une âme neutre que la concupiscence n’a pas encore altérée. Notre besoin de déliquescence porte naturellement notre attention sur la fragilité d’un tel esprit. Déchu dans les plus sombres abysses, nous nous délectons de cette renaissance à venir.
Cet être providentiel attise nos plus viles convoitises. Force est de constater que sa candeur fait apparaître en notre cœur la plus extrême ignominie mais n’importe lorsque c’est de la Nature même que nous la tenons.
Absolument convaincu de notre bon droit, la blanche créature n’est pour nous qu’une passion de plus ; l’abandon est son corollaire. Nous enveloppons son âme de notre fascination psychotique, le coup est prêt à tomber, la jouissance est proche.
Soudain une lueur nous perturbe, la mort nous glace le sang et le doute nous ébranle. Un être si pur mérite-t-il vraiment tel châtiment ?

2 novembre 2004, Aix-en-Provence (France).


Bayt Lahm

Dans cette vaste et lointaine contrée est né le bâtisseur de notre civilisation, le voleur de notre âme tourmentée qui suit la voie(x) de son sacrifice. Combien de temps allons-nous encore attendre son retour tant espéré ? Nous élèverons-nous un jour vers le Paradis promis ?
S’Il est ce que nous croyons, pourquoi Lui vouer notre existence ? Vivons pour nous, ne vivons pas pour Lui ! S’Il existe et qu’Il exige de nous une absolue dévotion, Il ne mérite pas l’attribut que nous Lui donnons. S’Il existe et qu’Il nous laisse libre de vivre notre vie telle que nous l’entendons, pourquoi nous embarrasser de pratiques, de mœurs, de rites qui nous enferment ? Si enfin Il n’existe pas…
Les dignitaires de sa foi nous proclament leur compréhension, leur bienfaisance, leur inaltérable vérité – qui souvent changea jadis.
Une croix plantée sur une colline bien en vue. L’un crie : « Oh oui, oh oui, sanctifiez-moi ! » quand l’autre répond : « Apportez donc les pieux ! »
Et le voilà, Lui, le premier à jamais avoir été percé, illuminant le monde de son auguste majesté, célébrant son heure sur les chemins de la perdition !

5 décembre 2004, Aix-en-Provence (France).


Mutatio

Le chant d’un cygne, Amour, sonna dans notre cœur, réveillant nos plus profonds espoirs.
Jadis bande astrale, histoire funeste, telle était l’unique prémisse à nos douleurs. Nous regardions cette sombre toile à la recherche de notre représentation, ses insignes pointes perçant nos songes, et nous n’y pouvions rien. Nous restions las, inconstant, ne sachant s’il fallait nous soumettre ou nous révolter.
Le récit de ce passage s’éternisait et finalement nous convenait puisque notre seul horizon ne méritait pas que nous nous y attachions.
Alors vint celui qui nous comblerait peut-être ; alors vint celui pour lequel l’inconstance laissa place à l’abandon. Nous souffrîmes de cette perte honorifique, seule la foi en un amour naissant nous sauva de notre chute.
Méritons-nous alors le titre de sage déchu mais humble qui apprend à décrocher les astres ?

17 décembre 2004, Aix-en-Provence (France).


Dédales

Et ce soir, dans votre sublime disparition, notre cœur chargé de mille écrins supplie l’envol de sa spartiate solitude.
Bordé d’espoir et de tendancieuses aspirations dont il ne saurait se défaire, cet incorrigible petit arachnide des bois ne daigne pas tisser pour nous une infime part de son désarroi.
Partageons, ô sublime originel, nos petites sympathies car en ce monde ou Ariane est reine, le courage de l’abandon inaugure notre révolution sceptique.
Tournoyez, tournoyez timides pattes !
Enroulez donc votre captive et sucrez votre enthousiasme ! Ce soir, Belles, vous n’en sortirez que plus fortes…

22 décembre 2004, Aix-en-Provence (France).


The parade of the last prophet

Death is evolution!
« In god we trust » seems to be defection,
Horror is our own destitution.
Prostitution is enemy;
She’s not the way of delicacy
And our soul will cry once its agony!
Feel the wave on an evening side,
Every wish has killed a tribe.
Death is evolution!
Only one sense: abstinence.

3 février 2005, Aix-en-Provence (France).


Bloody Mary

Ô muse éthylique en ce bel après-midi du mois de Mai, entends-tu l’appel de l’Été ? Comprends-tu la nécessité de la Marie Sanglante ? Apprends-tu à respecter la triste transparence de ce rouge ? Il sort de ce mets délicieux une inappréciable vérité appelée plaisir.
Dans notre loge bâtie de soie, la vision d’éternel prend acte et nous jouons sur la plume de la modestie. Abreuvé d’une joie ostentatoire, nous paralysons notre volonté pour conclure ainsi : « Que la mortalité doit être douce ! »

2 mai 2005, Aix-en-Provence (France).


Dunes

Éternellement sain, le devons-nous être ?
Lorsque la majesté nous observe du haut de sa dune, violée par les vents de sable, c’est le blanc lumineux qui nous aveugle et la puissance du désert nous transperce de ses milliers de larmes.
Que nous aimerions, une fois dans notre existence, connaître ce grand amour, chemin des destinées inconquises et mouvantes !
L’horizon nomade, accompagné tout le jour par une sonorité elle aussi vagabonde, nous nous abaisserions sur notre laine vers l’Orient, soumis, voilé par ces sables du désert.

2 mai 2005, Aix-en-Provence (France).


Eux

Comme il a l’air triste ce syndrome du mal-être, assis seul à sa table, penché sur sa liqueur abondante ! Comme il nous fait rire, l’autre joyeux imbécile sur le pavé à jouer de sa flûte ! Ces deux-là sont les mêmes, les deux nous inspirent, les deux forment un tout que nous ne pouvons négliger. L’un joue la communion du Vent et du son, l’autre insulte son nom et son paraître.
Qui sommes-nous dans ce théâtre ? Simple bouffon avide de visions qui trimballons notre muse d’être en être ou lâche masqué qui n’osons étirer notre destin pour ne le pas troubler ?
Ces deux-là ne sont rien mais nous guident et nous leur devons tant. Ombre surannée et malsaine contre joueur de vie illuminé et simple, nous sommes las des complaintes et nous noyons dans notre exception.

2 mai 2005, Aix-en-Provence (France).


Boréales

Versons notre esprit sur la ligne des astres !
Couleurs évanescentes, reflet du cosmos, marque du Temps, nous les contemplons, humble devant leurs courbes. À l’orée du monde, elles nous observent et se jouent de nos humeurs charnelles.
Bandes enluminées et voluptueuses, nous ne les goûtons que du regard. Elles sont cristaux, elles sont gaz, elles sont essences ; nous sommes électrisé, hérissé, irrité et en manque de ce que nous nommons : Transcendance !

9 mai 2005, Aix-en-Provence (France).


Cantilène

Maquillé de brume, encore fumant, nous l’aperçûmes une fois, une seule, dans un songe d’outre-tombe. Il appelait son orgue mystérieuse, il traînait encore sa résipiscence, vestige d’une quête vaine, sans retour et sans foi, celle de l’Absolu.
Il parlait aux oiseaux et chantait l’amertume ; il voulait crier son désespoir, ô combien temporel dans cet espace sombre et ondoyant. En noble serpentin, celui devant lequel les masses bruyantes de ce monde sans teint s’abaissent et reprennent confiance car il enlumine leur horizon de mille traits d’esprit, nous lui confiâmes notre miasme poétique.
La scène alors s’ouvrit tel le trou béant où règnent l’indigence et la décadence des peuples. Nous aimons le pathétisme lorsqu’il plane, nimbé d’une flamme de génie. Ce petit théâtre nous fit l’effet d’une fourmilière au sans plaisir qu’accompagnait un joyeux saltimbanque sur lequel la muse de l’insomnie créative s’était penché. Tout avait sa place et les mots s’enchaînèrent pour finalement rendre à la scène son éclat d’onirisme.

16 mai 2005, Aix-en-Provence (France).


Nicotine

Conspuée par les autorités incompétentes, manœuvres du liberticide, tu t’évanouis dans les airs après un campement éphémère dans nos poumons mendiants. Tes plaisirs sont simples, tu ne demandes que feuille et flamme pour agir. Ton parcours mystique a suivi les âges des Hommes ; tu les surpasses et survoles, candide fumerolle. Tu as raison de te défendre, tu es inattaquable !
Nous te vénérons, nous te voulons et mélangée à quelque autre plaisir naturel, nous te partageons. Tu es le foyer salutaire des grands rassemblements. Ton écueil est présent dans nos esprits mais lointain. Nos esprits, justement, tu les creuses pour nous permettre l’évasion.
Ô nicotine, combien de ta belle robe de lin couleur de nuage du Nord tu nous séduis, comme nous aimons l’entendre griller doucement ! Reste la même, chargée de ta fine texture, de tes saveurs anonymes, ne change rien !
Où que nous irons, nous voulons t’y retrouver ; où que nous irons, nous voulons te fumer. Car fumer tue et nuit, car nuire dérange et nous convient, car parasiter l’entourage bondissant des bergeries anti-tout est un signe, déjà, d’existence !

3 novembre 2005, Les Forges (Armorique, France).


Hymne aux déchets de ce monde

Nous sommes seul, le dos à la baie, le regard du paumé fixant l’horizon de sable sec.
Les autres se pavanent et rient, pataugeurs contentés dans une eau magnifique.
Une fois de plus, nous nous démarquons d’eux ; vagabond solitaire mélancolique d’un temps à venir.
Mi mort, mi vivant, ici est ailleurs.
Mi chat, mi pute, à rien ni personne nous ne cherchons à plaire. Nous passons dans ce monde dégueulasse en attendant qu’il s’écroule pour trouver notre place à l’ombre des restes démolis !

14 mars 2006, Dakhla (Sahara Occidental).


Le Malbien

Les forêts s’asphyxient,
les rivières meurent,
les océans crient.
Le monde connu s’abaisse devant l’Homme ;
déséquilibre fatal !
L’Onde souffle notre venue,
nous qui portons le Malbien,
annonciateur de la naissance d’un pont.

20 mars 2006, Dakhla (Sahara Occidental).


Élitisme

Comment ne pas écrire sur celui qui nous tient le plus au corps après avoir enduré cinq mois de résistance ?
Comment oublier ce compagnon fidèle qui sauva notre esprit à maintes reprises, cette muse désenchantée au pagne encourageant, ce propylée bien bâti que nul homme de petite venue n’ose franchir ?
Comment, enfin, faire résonner l’écho de cette mandorle souveraine sans en affaiblir et la note et la mélodie ?
Élitisme, nous vénérons chacun de tes abus !
Pour beaucoup, nous sommes être inaccessible devant lequel on ne peut que jurer mille noms ; nous sommes l’autre, le faible naïf et rêveur, celui qui facilement s’écarte du chemin pour laisser passer la troupe qui va et combat les hurleurs et les vauriens, celui qui se retire du massacre et qui sort son masque passif et sa plume lorsqu’il s’annonce.
Le mot seul tue !
Depuis notre mont, nous tissons la ligne de ces bâtards qui se disputent une jatte tarie nommée orgueil dont le buste, couvert de fiancres, remplace les éternels puissants de jadis, ceux-là même devant lesquels ils s’abaissaient, craintifs et misérables.
D’un souffle, sur eux nous abattons la cloche de notre élitisme.
Les rumeurs alors bousculent et dérangent sans nous atteindre, nous, divin perché sur notre mont. Les masses s’exclament et conspuent.
Que leur répondre sinon rien ? Nous savons d’où elles viennent et où nous sommes destiné à aller, sans elles.
« Vis pour toi, noble bohémien ; plane dans les hauteurs, en silence ! »

30 juin 2006, Safi (Maroc).


Le contentement de l’ego

Le bonheur, en toute honnêteté, ne nous intéresse pas plus que la modestie ; nous avons plus d’imagination que cela. Alexandre et Hephaïstion s’en seraient-ils d’ailleurs contentés ? Jamais !
Il est de ces êtres qui surpassent tout et nous en sommes. Nos héros nous lèchent et nous bourrent car, contrairement à cette salope de Cendrillon, un simple baiser ne nous suffit guère.
Le contentement est le pire masque que revêt la médiocrité pour charmer le cœur et l’esprit des faibles. Qu’ils crèvent !

11 janvier 2007, Dakar (Sénégal).


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