Florimon-Louis de Kerloar

Noir & Blanc

IX - Les ultimes vicissitudes d’un noble vagabond défroqué


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Tous nos textes, Fidèle, sont déposés à la Société des gens de lettres, Paris. Sois gentil, tu t’en inspires dans la vie si tu veux mais sur papier ou à l’écran, cherche ta muse ailleurs. Bonne lecture !


Prologue

Nous sommes un jeune homo de 27 ans, quel que peu désenchanté, pour qui la vie n’est plus ni un don ni une malédiction mais un état qu’il faut jouir et partager en conscience. Depuis sept ans et demi, dont trois à pattes et sac sur le dos, notre parcours chaotique se trace dans un sillon sans parade entre Orient et Occident. Nous fûmes étudiant en histoire, assistant administratif dans une agence de voyage en Floride par deux fois, militaire en Lorraine, infirmier volontaire et professeur d’anglais en Thaïlande, prostitué en Europe, dans les Antilles, barman au Maroc, vagabond ici et là le reste du temps, etc… Nous n’accomplîmes pas des merveilles, à proprement parler, mais des exploits personnels, ça oui ! Nous aspirons à balayer tout cela aujourd’hui. Puisque ces aventures se résument sur quelques centaines de pages noircies et éditées précédemment, n’en parlons plus.
Toi qui nous connais, tu vas devoir changer ta manière de nous apprécier ou fuir, tout simplement, car à compter de ces lignes, nous devenons un objet sexuel public ouvert à tous les vices. Tu pourras désormais nous voir en prendre plein le cul et nous entendre crier sur les scènes les plus gores, te servir de nous, nous soumettre ; nous ne te dirons rien et savourerons ta lubricité. Il n’y aura pas que cela puisque nous continuerons, plus que jamais, nos errances énigmatiques. Tu peux te demander comment nous en arrivâmes là ; la question est légitime. Nous considérons, peut-être avec trop de morgue, que nous vécûmes et vîmes tout ce que nous devions vivre et voir. Évidemment cette constatation ne s’applique-t-elle pas aux plaisirs de la chair qui, eux, sont innombrables. Non ! Nous avons le sentiment d’avoir accompli notre devoir, d’avoir payé notre tribut, non pas à la société, mais à nous-même. Aussi pouvons-nous nous reposer et attendre la fin. Nous sommes trop lâche pour tenter une solution plus expéditive, trop fauché pour sortir de notre état vagabond et nous retirer sur une île tout confort, trop fier pour nous contenter d’une vie de pleutre, rassemblant emploi, famille et normalité admise pour seul bagage. Non encore ! Cela n’est pas pour nous. C’est donc dans la débauche que nous décidons d’à nouveau nous complaire. C’est navrant, nous nous en rendons compte, mais c’est la seule idée que nous trouvâmes pour nous distraire ; en voici le récit.


24 janvier 2009

Le Tholonet (Provence, France), 15h23.

Lundi 12, nous fîmes des analyses sérologiques complètes au CIDAG* d’Aix-en-Provence alors que nous espérions encore nous caser avec un garçon à Bruxelles dix-huit jours plus tard. Les résultats, obtenus jeudi dernier, nous rendirent négatif. Tout s’annonçait donc parfait pour un nouvel établissement, à cela prêt qu’Alexis, le garçon en question, n’était pas aussi fiable que nous voulions le croire. Sans nouvelle de lui, nous laissâmes tomber l’affaire pour nous pleinement consacrer au sujet de ce carnet, ne nous arrêtant plus sur telles désillusions. En revanche, désormais sain de cul, de queue et de bouche, il aurait été idiot de ne pas en faire profiter quelqu’un. Ainsi, demain, c’est à Marseille que nous nous ferons démonter, toute une journée durant (nuit incluse), par Rodolphe, un beau garçon de 25 ans. Ce sera chaud mais soft ; le fist n’étant pas son truc, nous devrons chercher ailleurs un membre expérimenté pour nous élargir le trou afin de le préparer aux semaines, au mois de défonce à venir… Nous le rencontrâmes la nuit dernière sur le tchat (peu fiable) de guy.fr. Monté 18x5, il devra user d’endurance et nous inonder à plusieurs reprises pour nous contenter. Nous lui faisons confiance puis, pendant qu’il reprendra souffle et envies, nous l’enculerons à notre tour, bareback, avant de récupérer notre foutre, craché par et dévalant la courbe de son cul. Nous sommes sûr qu’il appréciera l’effet. Quel homo d’ailleurs, en toute honnêteté, n’aime pas sinon le goût, au moins l’idée ? Pour nous préparer à telle partie, nous avons notre méthode. Tout d’abord, nous mangeons peu et buvons beaucoup d’eau. Il serait dommage de salir sa queue en plein effort, n’est-ce pas ? Puis les pratiques scatologiques ne sont-elles pas nôtres, pour le moment… Ensuite, dès que nous en avons l’occasion, nous nous massons l’anus et son canal avec de la graisse à traire au monoï, parfum des îles, bergamote, coco ou vanille selon l’humeur. Enfin, et cela demande beaucoup de retenue, nous évitons de bêtement nous branler car nous escomptons aussi le bien bourrer ! Cela nous fait penser à une chose importante à propos de la masturbation. Il n’y a rien de pire pour nous qu’un mec qui se branle et laisse échapper sa libido dans ses doigts en même temps que le foutre qui s’écoule de son gland rougi par la secousse. Si après cela il n’est pas capable de les porter à la bouche ou se les planter dans le cul pour recommencer de plus belle, si après cela il est mou, n’a plus envie de rien, ce mec ne nous intéresse pas. Il ne mérite d’ailleurs aucune attention sinon celle de sa main, droite ou gauche, puisque agissant ainsi il ne fait que mettre en évidence le peu de constance et de volonté qui habite son esprit ! Et bien, passons… Il est temps de nous lubrifier un peu.


25 janvier 2009

Le Tholonet (Provence, France), 00h20.

Nous nous ennuyions ferme hier après-midi au Tholonet, la pluie incessante décourageant toute espèce d’enthousiasme à travailler dans la colline. Nous prîmes donc le bus pour le centre-ville d’Aix avec dans l’idée de perdre quelques heures de notre temps devant un écran du cybercafé. Nous n’avions rien prévu d’autre et pensions rentrer au plus tard vers 22 heures. Hélas, ou plutôt « Ô joie ! », Benjamin, un skinhead de 31 ans avec qui nous avions pris contact sur recon.com, nous avait répondu qu’il était intéressé par notre profil et qu’il pouvait nous recevoir à loisir, sur Aix même. Nous fûmes sur le moment pris entre deux flammes de désir : la première nous rappelait que nous devions rester frais et disponible pour notre partie avec Rodolphe le lendemain et la seconde brûlait d’envie entre nos jolies fesses. Nous ne pouvions donc succomber à cette tentation, nous aurions trahi notre parole envers Rodolphe, et envers nous-même aussi, mais la proposition était trop belle pour la décliner d’un simple revers. Ainsi décidâmes-nous avec Benjamin qu’il pouvait dans un premier temps nous faire découvrir le plaisir d’enfoncer notre main dans son cul, sans aller plus loin. Par ailleurs avions-nous grande envie de pisser et lui avait-il soif ! À 20 heures, il nous récupéra donc sur l’avenue Pasteur et nous conduisit chez lui. Pour nous mettre en branle, son LCD diffusait de très lubrifiées pénétrations extrêmes. Il nous montra également sur son ordinateur quelques unes des parties qu’il organisait avec ses potes. Sous notre pantalon, notre queue voulait craquer un ou deux boutons pour se vider dans le fond de sa gorge mais nous attendîmes encore. Il ne fallait en effet pas précipiter les événements ; nous avions toute la soirée pour jouer. Comme prévu, il commença par nous vidanger. Nous en avions besoin : nous nous étions retenu pendant plus d’une heure pour ce moment. Puis, armé d’une paire de gants noirs, de graisse, de lubrifiant et d’une seringue, nous partîmes à l’assaut de son trou habitué. Nous ne saurons décrire avec précision le sentiment que nous apporta la vue de ce cul dilaté après plusieurs minutes de jeu. C’était… remarquable ! Habillé d’un simple cockring, nous nous aperçûmes que nous ne bandions qu’une fois les deux mains plongées dans l’orifice, lorsque Benjamin râlait sa jouissance. C’était donc un sentiment de domination, en apparence seulement car il était le seul, oui le seul, à posséder tous les pouvoirs. Il captivait nos sens, nous étions impuissant, comme prisonnier de son plaisir. Nous DEVIONS être à sa place, être celui que l’on comble, pour atteindre le sommet. Ce soir pourtant était-ce sa fête à lui. Mardi prochain, ce sera la nôtre. Quelle attente insoutenable ! Benjamin répandit son foutre par trois fois. De notre côté, nous n’en pouvions plus. Nous voulions vraiment attendre le lendemain pour tirer en Rodolphe une bonne salve mais la passion fut plus forte. Nous enfonçâmes donc notre queue au fond de sa gorge et la tapissâmes de blanc en une minute. Quelle soirée ! Shooté au poppers et au cannabis, il nous reconduisit sur Le Tholonet, promettant de nous tenir au jus pour mardi. Demain, nous essayerons de gagner Marseille avant midi afin de profiter le plus longtemps possible de Rodolphe. Devons-nous d’ores et déjà remercier Alexis de n’avoir pas tenu sa promesse ? Non, jamais, c’est un connard ; tant pis pour lui !

Aix-en-Provence (France), 11h09.

Rodolphe, par SMS . Prends pas le train, je suis bloqué à Toulon, te tiens o courant.

Et bien, nous qui pensions nous faire pilonner durant les prochaines vingt-quatre heures, c’est raté ! Quoi qu’il en soit, notre billet pour Marseille étant déjà composté, nous passerons quand même la journée dans la cité phocéenne ; il nous gagnera peut-être avant la nuit.

TER … pour Aix-en-Provence (France), 20h36.

Aucune nouvelle de Rodolphe depuis son dernier SMS. Ce garçon manque décidément d’éducation ! Passons, il en coulera d’autres cette semaine. Nous passâmes donc l’après-midi dans un cybercafé / taxiphone / boîte de shiratte interculturelle du IIe arrondissement. Nous en profitâmes pour prendre de nouveaux contacts ici et là. C’est fou le nombre d’affamés de la bite que l’on peut trouver sur l’Internet ! Nous nous inscrivons en premier sur la liste, naturellement. Parmi tout ce beau monde dépravé, nous espérons bien trouver notre compte. Nous en profiterons, dès vendredi en capitale, pour remplir notre bourse avec de colorés papiers rectangulaires au doux bruit de confort. Oui, il est vrai que nous nous étions ailleurs promis de ne pas replonger là-dedans mais – merde ! – cela est plus fort que nous et nous excite ! Nous avons faim et soif ; il nous faut quelque chose à nous mettre sous la dent, à défaut d’avoir eu de quoi nous remplir le cul.


27 janvier 2009

Aix-en-Provence (France), 20h14.

Notre cul se gèle sur une murette en pierre en attendant Benjamin. Il aura intérêt à le bien réchauffer avant notre second cours de fist. Nous ne tenons plus, l’excitation nous donne envie de pisser ; vite !


28 janvier 2009

Aix-en-Provence (France), 5h29.

Putain que c’est bon ; cela faisait quelques mois que nous n’avions ainsi pétillé ! Même si nous l’espérions, nous ne pensions pas qu’un poing dans le cul, semi allongé sur un futon suédois, allait être aussi bon. Benjamin nous récupéra en haut de la gare routière à 20h20. Cette fois-ci, nous n’étions pas pris par le temps car nous avions prévu de coucher chez lui. Il rentrait du boulot et eut besoin d’une petite heure pour décompresser avant d’enfiler ses paraboots vingt trous et débuter la partie. Nous étions censé jouer soumis – nous ne le sommes jamais vraiment… – mais, sa queue dans notre bouche, nous ne pûmes nous empêcher d’être plus entreprenant. Son cul fisté deux nuits plus tôt, à quelques centimètres de notre langue, nous donnait envie. Nous le retournâmes donc pour le bien mouiller avant de le fourrer, bareback, sans mal évidemment. Le but n’était pas de jouir, seulement de l’enfoncer pour le mieux lécher ensuite. Ce fut un beau préambule ! Notre petit délire satisfait, il passa aux choses sérieuses, prépara le futon, le protégea avec quelques serviettes pour ne le pas salir, nous nous installâmes dessus à notre aise et la session débuta. C’était pour nous une véritable première. Nous nous amusions déjà seul avec notre main depuis longtemps mais n’étions jamais parvenu à la complètement rentrer (sans nous déchirer). Nous connaissions néanmoins le bien fou que déculer pouvait procurer. Parfois (souvent), sous la douche ou dans un bain, il nous arrivait de nous laver longuement à l’eau ou au Head & ; Shoulders. C’était à nous pisser dessus de plaisir ! En ce qui concerne le-dit shampoing, si tu désires essayer, prends bien note qu’il est quel que peu laxatif et irritant… Prévois donc un ou deux jours de repos ensuite. Mais telle jouissance est incomparable devant ce petit sacrifice, crois-nous sincère. Bref ! Benjamin savait parfaitement ce qu’il faisait. Nous nous sentîmes en confiance – c’est important vis-à-vis d’un mec qui a sa main dans ton cul… – et nous relaxâmes. Nous n’eûmes besoin de rien d’autre, ni poppers, ni cannabis pour cela. L’envie seule suffit à nous laisser ouvrir. Il prit son temps, graissa abondamment et s’enfonça jusques au poignet. Et l’ont dit que les femmes pleurent en mettant bas ? Elles devraient jouir, oui ! Certes ne peuvent-elles à ce moment-là pas connaître l’exquis va-et-vient qui nous fit pétiller mais le must, en revanche, la libération, lorsque la main se retire pour laisser apparaître une belle rosette, ça, c’est un supplice de Tental ! Nous en redemandâmes d’ailleurs jusques au moment où il décida qu’il nous avait assez travaillé et risquait de nous blesser s’il continuait. Nous avions dû déjà le tenter pour enfoncer sa main entière, malgré les risques pour cette première, et avions eu ô combien raison mais là nous fiâmes-nous à son jugement. Lui seul après tout était en mesure d’apprécier la couleur chaude et suffisante de son œuvre. Nous étions contenté, c’était parfait ! Après cela, Benjamin voulut se coucher ; il était un peu plus de minuit. Nous somnolâmes avec lui quatre heures durant et zonâmes le reste de la nuit sur l’Internet entre tchats et film de boules. Nous n’avions pas éjaculé aussi pendant cette partie. Nous sommes d’ailleurs toujours sous pression là ; bienheureux celui qui nous videra aujourd’hui !

Le Tholonet (Provence, France), 22h50.

Enfin un peu de repos ! Ce midi, en face de La Rotonde, nous rencontrâmes Morgan qui nous proposa de déjeuner avec lui. Nous étions épuisé mais ne pouvions refuser. Quand en effet allions-nous le revoir ? Vendredi soir, nous serons dans l’iDNight Marseille - Paris (voiture 1, salle haute, place 103, pour les mignons qui liraient ce billet en direct). Jusques à lundi, nous nous ferons engrosser sans scrupule par vingt-deux centimètres de verge endurante et pleine. Ensuite, nous comptons exploiter les filons déminés depuis quelques jours sur l’Internet pour un maximum de plaisir et de fric. Bref, que restera-t-il de nous après ce séjour en capitale… ? Voilà pourquoi il fallait accepter ce déjeuner ; il pouvait être le dernier avant un bail. Une fois chez lui, gavé par un chawarma sauce blanche / mayo, notre téléphone sonna. Surprise : Jean-Louis, un client nous sachant en ville, voulait nous boire pour deux-cents euros. Quelle aubaine ! Ce fric nous permit d’acheter le billet de train et renouveler une partie de nos effets usés. Nous n’eûmes pour cela qu’à jouir deux fois et pisser ; argent facile… Ce type, nous l’avions déjà envoyer bouler plusieurs fois. Époux et père à la libido croulante, il nous posait souvent des lapins au dernier moment. Sans doute se branlait-il et retrouvait-il un semblant de raison avant notre rendez-vous : « Deux-cents euros pour lui faire une pipe et boire ses fluides, à ce jeune homme, c’est exagéré. Je vais lui écrire que c’est annulé. » Pff ! Et nous de maudire à chaque fois ce baltringue imbécile. Cette fois pourtant vint-il et nous lâcha-t-il quatre billets oranges sans rechigner. Pour marquer le coup et sustenter notre caractère armoricain, notre pisse était chargée en saveurs. Il n’apprécia que peu le goût, naturellement, mais il lui fallait payer ses rétractations passées. Les mecs ne manquent pas, nous voulons pouvoir compter sur eux. C’est primordial de n’avoir qu’une parole en ce qui nous concerne. Qu’on se le dise !


30 janvier 2009

Le Tholonet (Provence, France), 3h57.

En sortant du cybercafé hier soir, un peu avant minuit, nous nous dîmes qu’il fallait absolument passer chez Michel pour notre dernière soirée sur Aix. Nous n’attendions rien sinon boire un coup entre amis – Michel étant le seul gars que nous considérons fréquemment au Med boy… – et tuer le temps. Nous y arrivâmes donc musique dans les oreilles, libéré de toute envie, préparant notre esprit à un séjour parisien chargé en sexe. Après deux pintes, un charmant garçon nommé Jérémie nous demanda : « Alors c’est donc toi qui es vagabond, n’est-ce pas ? » Nous fûmes surpris, naturellement, un peu flatté aussi. Il nous avait connu sur la toile en suivant nos aventures manuscrites, comme pour nous rassurer quant à l’utilité de notre verve. Il était par ailleurs le seul à avoir attiré notre regard en entrant. Nous passâmes donc la soirée à nous entretenir de choses et d’autres avec lui. Il était escort-boy et acteur dans des films pornos : la rencontre idéale, le mec qui avait le nécessaire background pour nous comprendre. Hélas pour nous devait-il tourner le lendemain sur Lyon et ne pouvait-il se vider afin de donner à la scène tout son éclat. De notre côté, nous le voulions mais dûmes nous résoudre. Frustration ! La partie remise à plus tard, dans une autre ville, peut-être, nous lui laissâmes nos coordonnées, lui les siennes et le quittâmes vers 3 heures. Michel nous reconduisit au Tholonet et nous voilà seul avec notre couette pour seule compagne, hésitant à nous soulager. Allons, son heure viendra !

TER … pour Marseille (Provence, France), 21h14.

Nous voilà à nouveau dans un train ; il y en aura un autre avant d’atteindre la capitale demain matin. Christophe, notre client, nous offrira une entrée prometteuse. Il souhaite que nous le rejoignions chez lui pour se vider sauvagement dans notre bouche. Paris est et sera toujours pas excellence la ville de toutes les folies ! De notre côté, aujourd’hui, nous passâmes notre temps de boutique en boutique à la recherche de nouveaux effets. Nous n’hésitâmes pas une seconde sur les moyens (si maigres hélas). Ainsi pûmes-nous nous offrir une nouvelle paire d’Etnies et une veste Bikkembergs cintrée en laine pour l’assortir avec notre ample pantalon indien. Cela nous ruina mais l’allure est sublime ! Le regard des badauds dans la rue confirma d’ailleurs notre goût prononcé pour l’innovation vestimentaire. Plus que tout, cette association met admirablement nos jolies fesses bombées en valeur ; il ne reste qu’à espérer que nous trouvions quelque connaisseur dans l’iDNight de cette nuit. Ah ! Il nous faut être sage et tout garder pour Christophe, non qu’il nous paye une fortune pour le rester avant notre rencontre mais simplement par bonne conscience. En même temps, si le connaisseur en question est jeune et mignon, nous ne nous priverons certainement pas. Et puis, enfin, parlons-en un peu de cette fortune ; cent-cinquante euros en tout et pour tout déjà versés sur notre compte CCP, autant dire une misère assurée pour lui plaire jusques à lundi. C’est que, vois-tu, plus que son fric (et son énorme queue), nous montons sur Paris pour le fun. Nous espérons y accumuler les expériences !


31 janvier 2009

TGV … pour Paris (France), 6h25.

La première classe a beau être très confortable, impossible de vraiment bien dormir. Enfin… L’important est que cela ne se voit pas trop. Puis, avec le rythme de vie que nous menons, pute ou vagabond, il n’y a rien d’étonnant ; nous ne pouvons donc nous en prendre qu’à nous-même. N’importe, une bonne dose de sperme dans la bouche d’ici une grosse heure nous réveillera pleinement ! La fatigue, tout comme l’alcool (que nous évitons désormais au maximum pour garder le cul clair…), rend nos yeux plus jade et or que jamais. Impériaux, ils ont en effet intérêt à l’être avec ce qu’ils verrons tantôt.


2 février 2009

Paris (Île-de-France, France), 9h24.

L’un des plaisirs matinaux est de se réveiller une bite profondément plongée dans le cul, ou l’inverse, cela va de soit. Aussi ces deux derniers jours furent-ils notre quotidien, Christophe étant plutôt du genre très actif. Ce matin, il doit bosser sur son ordinateur, nous y aurons sans doute droit ensuite ; nous n’attendons d’ailleurs que cela, queue bandée par la chaleur accumulée pendant la nuit. Les plans que nous avions imaginés pour nous occuper ici ne semblent pas vouloir se mettre en branle. En fin d’après-midi, nous quitterons donc Christophe pour Jean-Yves, chez qui nous passerons la nuit avant de prendre deux rails pour Angoulême tôt dans la matinée. Hervé, un autre client, nous y retrouvera alors pendant ses heures libres pour nous explorer le cul.


6 février 2009

TGV 8541 pour Paris (Angoumois, France), 14h58.

La SNCF devrait nous offrir un abonnement vu le nombre de kilomètres que nous parcourons sur ses rails ! Quoi que, tout bien réfléchi, nous avons toujours quelques impayés chez elle (environ quatre-cents euros) datant de 2005, alors que nous débutions notre vie sac sur le dos. Aujourd’hui, comme une revanche sur nous-même, les choses sont-elles bien différentes : c’est en première classe que nos jolies fesses se promènent ! Nous passâmes les trois derniers jours à disposition de Hervé dans un motel excentré de la ville d’Angoulème. Lui travaillait et ne put nous rendre visite que quatre fois, ce qui nous permit de nous bien reposer, trop peut-être, zonant de site de rencontre en site de cul sur l’Internet à la recherche d’un emploi du temps digne d’un nabab de la débauche. Nous trouvâmes de nombreux contacts, notamment sur la capitale mais rien en Angoumois, hélas, pour venir nous doser pendant nos nuits solitaires. Hervé, quant à lui, préféra nous soumettre à ses désirs à l’aide de son ceinturon. Nous ne nous étions jamais fait fouetter auparavant ; avouons que, sur le coup, la sensation est excitante, castratrice mais excitante. Bien sûr, n’aimant pas la violence déplacée, les coups qu’ils nous infligea ne portèrent pas au sang mais quelques rougeurs furent cependant bien plaisantes ! Sur Dijon, Julien, un charmant jeune homme, nous propose de venir tester avec lui tels supplices. Nous sommes, autant être sincère puisque ce récit le demande, plus que désireux de le rejoindre deux ou trois jours pour une session qui, rien que d’y penser, nous fait bander (enfin, presque, là nous sommes surtout crevé). D’autres questions se posèrent à nous durant ces trois jours de confinement charentais. Tout d’abord, il serait plus que temps de nous établir, d’avoir au moins un pied-à-terre où rentrer entre deux plans / aventures, recevoir nos amis, prendre soin de nous, aussi. Nous pensâmes naturellement à Paris ou Aix-en-Provence. Vagabond de fait et d’esprit, comme tu le sais, nous ne pouvons cependant nous permettre de suivre une voie traditionnelle pour parvenir à nos fins. Il nous faut donc trouver une âme généreuse et propriétaire pour nous louer 40m² (c’est un minimum) sans trop regarder quant à la légalité de l’acte. En clair, nous ne pouvons assumer ni garantie ni caution pour cela. Une collocation est évidemment envisageable, surtout dans un premier temps mais le gars qui partagerait notre espace (oui, ce ne peut être qu’un mec), devrait avoir notre âge, notre condition et surtout nos folies pour favoriser pleine entente. La seconde question qui tempère notre libido sur ce large fauteuil, présentement, est la maladie. Nous ne pouvons en toute conscience passer à côté de la forte probabilité de chopper quelque chose. Nous couchons bareback, cela va de soit, et ne souhaitons pas particulièrement nous faire plomber. Nous savons, enfin… Nous nous doutons que cela peut arriver très rapidement, nous l’assumons. Néanmoins, fidèle à notre logique de vie, ce n’est pas en nous imposant des barrières, des peurs et des conditions que nous pourrons nous pleinement réaliser. Ainsi, toi qui veux nous défoncer (et tu as raison de le vouloir), sois cohérent et annonce la couleur !


27 février 2009

Paris (Île-de-France, France), 10h14.

La cohabitation, marquée par la routine et la promiscuité, n’est décidément pas faite pour nous. Cela fait vingt nuits que nous logeons chez Cédric, un garçon du XVIIIe arrondissement parisien rencontré sur rezog.com alors que nous étions languissant dans notre motel angoumoisin. Avant de le rejoindre, nous lui démontrâmes clairement, telle une solution arithmétique, que nous étions irrésistiblement toxique et qu’il ne DEVAIT en aucun cas s’attacher à nous, au risque d’y perdre plus que de simples ailes. Comment lui en vouloir, après tout ? Il est le seul à en souffrir et voilà déjà une bien assez lourde leçon. Les relations humaines ne sont pour nous que collisions. Elles permettent de se côtoyer, d’apprendre les uns des autres, d’évoluer, dès lors que l’on ne se laisse pas piéger par ces illusions sentimentales et niaises développées et dénaturées par et pour la romance cinématographique et littéraire. Il s’agit, répétons-le, de constance et de retenue. Nous n’écrivons pas qu’il faille se contenter de relations superficielles – surtout pas ! – car la sincérité, l’honnêteté et la profondeur sont primordiales. Nous écrivons en revanche qu’une relation saine se vit au présent ; le passé en effet n’est-il jamais qu’imparfait, de même que le futur ne peut être que mensonge et corruption par l’imagerie de l’esprit. La vérité n’est donc, pour nous, que dans l’instant. Elle se nourrit de consentement et de liberté, non de concessions et de calculs. Notre philosophie de vie, que nous appliquons à nos relations sexuelles comme à tout ce qui jalonne notre parcours (et nombreuses sont les expériences), n’est pas enfermée dans le risque de l’échec, la fin ou la peur de ce qui vient, elle se contente d’apprécier en conscience les événements, les personnes, les décors qui se présentent à nous. Cela peut sembler rébarbatif mais comment expliquer que la démarche n’est pas suicidaire si déjà tu ne comprends pas ce simple fait ? Nous ne nous soucions guère des conséquences que nos aventures peuvent avoir sur nous-même, nous ne souhaitons pas sombrer dans une psychose de la prévoyance. Il nous arrivera des choses – oui ! – comme pour tout un chacun, que nous assumerons tel que nous l’avons toujours fait. Cela, en revanche, nous ne pouvons l’affirmer pour toi… Cédric nous parlait de gâchis mais son erreur était que l’on ne gâche pas sa vie en la menant comme nous le faisons, on la gâche quand en se retournant en sa fin on se rend compte des occasions manquées par peur des conséquences. Si l’on commence à considérer les risques, on part perdant, on ne vit qu’à moitié et quel est but plus noble que de vivre pleinement les choses ?! Elles peuvent s’arrêter à tout instant, d’une maladie comme d’un accident à la con dans un foutu escalier. Qu’en sera-t-il après ? Nous, le savons ! La grande question sera : « Cette vie s’achève pour toi. Tu as eu les mêmes chances que les autres. Qu’en as-tu fait ? As-tu vécu ? » C’est là, et seulement là, que la différence se fera, entre ceux qui afficheront un franc sourire, ces morts jeunes ou vieux qui l’auront remplie à loisir, et ces autres morts jeunes ou vieux, torturés par remords et regrets, qu’une larme de honte défigurera. Pire, dans leur prochaine expérience de vie, ils auront ce poids sur leur conscience, ces affres à supporter ! Alors non, nous n’avons pas le sentiment de nous enterrer dans une tranchée en attendant qu’un obus bien dirigé, et mérité, nous tombe sur la gueule. Nous sommes plutôt de ceux qui, gonflés de confiance, se lèvent et partent sous un feu nourri tenter de récupérer le drapeau de la Liberté. Dans ce combat magnifique, nous tomberons peut-être, comme toi qui te planques derrière une ligne soi-disant sûre, et alors ? En es-tu fier ?


11 mars 2009

Valence (Dauphiné, France), 11h52.

Un rendez-vous avec un client débute très souvent dans une gare. Ici à Valence, le style « construction pas chère » des gares TGV nouvelle génération n’est guère inspirateur. Nous zonâmes la nuit dernière sur l’ordinateur d’Hubert, en Ardèche, où nous avions passé trois nuits, à la recherche, toujours, de contacts pour combler les vides de cette fin de semaine. Nous nous rendons là de nouveau sur Paris afin d’y passer la nuit avec Hervé, le même qui nous fit venir à Angoulême voilà déjà cinq semaines. Notre TGV arrive dans une heure quarante-cinq, de quoi nous reposer un peu. Si nous avions un pied-à-terre, nous pourrions pour commencer nous mieux préparer. Pour l’heure, nous savons où nous allons passer la nuit qui vient, pas encore la suivante et peut-être celle de vendredi. C’est, il faut bien l’avouer, quel que peu chaotique. Si nous ne trouvons pas où dormir la nuit de jeudi, il faudra annuler notre client de vendredi soir, nous refusant à passer une nuit dehors en plein Paris. Nous trouverons, ce n’est pas un problème en fait, c’est juste… notre vie ! Nous ne retournerons pas chez Cédric. Si nous n’acceptons pas que l’on s’attache à nous, nous acceptons encore moins que l’on se permette de nous juger. Ainsi resterons-nous sur le souvenir d’une belle rencontre avec un garçon que nous apprécions. Cela nous convient parfaitement et doit s’achever là. C’est épuisant, vraiment ! Tu ne peux imaginer à quel point ! Encore un qui croit que par amour (ce qu’il prend pour tel, en fait…), on peut se permettre d’enfermer une personne, de lui dicter sa conduite, lui dire ce qui est bien pour elle et ce qui ne l’est pas. Quelle insolente prétention ! De l’égoïsme, du possessivisme, aussi. Les gens que nous aimons, nous les laissons mener leur vie comme ils l’entendent. Nous sommes là pour eux si un jour ils viennent nous avouer qu’ils ont fait une connerie mais tel n’est pas notre rôle de leur dire que ce qu’ils font en est une. De quel droit ? Avons-nous demandé conseils ? Non ! Merci donc de les garder pour toi. Enfin bref… Dans quelques heures, nous nous ferons doser ; cela nous changera les idées, nous ramènera à des choses plus appréciables.


12 mars 2009

Paris (Île-de-France, France), 11h08.

Lorsque nous arrivons sur la capitale, notre réflexe premier est de nous rendre au Louvre. C’est ce que nous fîmes hier avant de rejoindre notre client dans le Marais. Alors que nous sortions de la Cour Carrée, Ayumi Hamasaki dans les oreilles, une fille de l’Est nous aborda. Elle avait, semble-il, trouvé quelques chose par terre : une bague dorée. Elle nous demanda si elle était vraiment en or. Nous regardâmes. N’étant pas expert en la matière, deux poinçons la marquaient en son intérieur et nous lui dîmes que oui, cela semblait bien être de l’or, qu’elle avait beaucoup de chance et nous en allâmes. Elle nous retint. L’ayant essayée, visiblement trop grande, elle nous la donna, nous souhaitant bonne fortune avec son accent de liseuse de bonne aventure. Nous, tout content, nous la laissâmes passer au doigt et la remerciâmes d’un sourire en lui serrant la main. Nous repartîmes ensuite. Elle nous retint de nouveau pour nous demander si nous avions une pièce où à manger. Circonspect, nous enlevâmes la bague de notre doigt déjà habitué à ce toc d’importance, la lui rendîmes et lui conseillâmes d’un ton sec de la vendre pour s’acheter un sandwich. Ils sont malins, quand-même, y’a pas à dire… Après cela, n’écoutant plus ses remarques et supplications, nous reprîmes notre route pour gagner la ligne 1 du métro, puis la 8 qui nous conduisit directement à notre client, aux Jardins du Marais. Là, après une douche pour laver notre voyage, il nous dosa convenablement la bouche, puis le cul au soir après un dîner au Gai Moulin. Nous ne savons pas encore quoi faire aujourd’hui. Notre client de ce soir vient de décommander, pour mieux négocier au sauna ensuite. Nous refusâmes, tant par principe que par ennui. Nous n’aimons pas que l’on considère que parce que l’on paye quelqu’un, l’on peut se foutre de la bienséance. Par ailleurs, toute excitation s'évapore avec la moindre négociation. Nous ne sommes pas marchand de tapis, bordel ! Nous errerons donc dans la capitale tout le jour durant. Sous ses cieux chargés, nous passerons surtout de café en café. Quelle aventure que cette entrevue parisienne !


13 mars 2009

Paris (Île-de-France, France), 9h25.

Nous flirtâmes hier après-midi avec quelques cafés de la capitale et renouâmes avec un ami que nous prenons toujours grand plaisir à voir. Notre sac de voyageur déposé chez lui pour la nuit, nous nous rendîmes chez Milk, un cybercafé 24/24 sur le boulevard Sébastopol, idéalement placé près de Sun City (au cas où…) pour y trouver un contact nocturne. Deux heures plus tard, Fabien, un garçon de 31 ans habitant le XIe arrondissement, nous invitait chez lui pour une partie inédite. Mardi matin, nous nous étions fait un profond lavement, à l’eau plus froide que chaude pour chauffe-eau âgé, alors que nous étions en Ardèche. Depuis lors, impossible de nous vider, le cul parfaitement propre, auto lubrifié par un nectar unique. Il en aurait été ainsi jusques à notre client de ce soir, sans doute, si Fabien n’avait pas été fan de nos profondeurs. C’était la première fois, pour nous, qu’un gars nous fourrait de la sorte, langue et queue du reste. Sa queue, parlons-en ! Bien épaisse, assez large pour pénétrer notre premier anneau, un must qu’il savait utiliser. Le scat n’est pas vraiment notre trip mais si d’aventure un gars aime nous fouiller, qu’il se fasse plaisir. Cela prit du temps pour peu mais, Diable !, que c’était bon ! À rééditer assurément dès que faire se pourra. Samedi, si nous ne trouvons rien d’intéressant ici pour le week-end, nous reprendrons la route des Basses-Alpes afin d’y déposer un dossier pour renouveler notre passeport.


14 mars 2009

Paris (Île-de-France, France), 15h12.

Dans un rouge café du XVe arrondissement près du terminus de la ligne 8 du métro, nous attendons Kévin, un métis de 26 ans rencontré sur xtremboy.com avec lequel nous prévîmes une défonce annale au poing. Nous l’avions contacté durant notre nuit blanche au cybercafé. Il ne nous répondit que ce matin. Nous lui avions écrit que nous étions épuisé par une tournée des bars et clubs du Marais, que nous ne savions que faire ni où aller mais que nous nous sentions bien de répondre à son profil axé fist et autres réjouissances du genre. Nous nous mîmes d’accord avec lui sur nos envies avant midi et nous voilà, l’attendant devant une demie d’Amstel que nous ne boirons pas.
Notre estomac est vide, nous ne pûmes avaler que deux Venti moka blanc de chez Starbucks, un cette nuit et un autre ce matin, pour essayer de nous éveiller un peu, sans grand succès hélas. La soirée et la nuit furent tellement ennuyeuses aussi ! Tout d’abord, le client que nous devions voir en soirée ne daigna donner signe de vie que vers minuit pour nous prévenir qu’il avait « du retard » et que son Blackberry allait couper. Quant à son escort-boy métis qui devait nous enfoncer devant lui, il osa même nous engueuler pour ne l’avoir pas prévenu. Quels baltringues, ces deux-là ! Nous les envoyâmes donc convenablement bouler tous les deux. Encore une histoire de bienséance oubliée de la culture homosexuelle contemporaine… Notre esprit est vraiment embrouillé et notre plume tremblante, comme après chaque nuit blanche. Au cybercafé, jusque vers 23 heures, nous flashâmes sur un beau garçon en face de nous. Nous le pensions homo en l’entendant écouter Rihanna et susurrer ses paroles ; nous en eûmes la confirmation lorsque brutalement la musique s’arrêta dans ses écouteurs pour laisser la place à un « sling », ce son si particulier choisi de nous également, signe d’un message reçu sur gayromeo.com. Il était donc bel et bien homo, peut-être même lui aussi prostitué, une aubaine dans ce cybercafé de clochards nocturnes ! À 5 heures, nous retrouvâmes notre place après cette tournée des bars et lui la sienne, en face de nous, deux heures plus tard. Il en fut de même après déjeuner, retournant tous deux à nos affaires par habitude et sans dire mot, ne laissant échapper de notre attirance respective que des regards fuyants de collégiennes. De notre côté, que pouvions-nous faire d’autre ? Vagabond de notre état et complètement shooté par le manque de sommeil, nous n’étions pas sous le meilleur angle afin de nous présenter. Et pourtant nous dîmes-nous souvent dans le passé de ne jamais plus laisser fuir telle occasion ! Enfin… Nous dûmes aller récupérer notre sac vers 13 heures et le laissâmes donc là, dans l’espoir de… peut-être… un jour…


18 mars 2009

Paris (Île-de-France, France), 14h54.

Nous voilà encore sans le sou, usant les dernières heures de connexion prépayées chez Milk. Que faire d’autre lorsque les clients annulent les uns après les autres sinon s’envoyer en l’air de dépit ? C’est en tous les cas ce que nous fîmes ces quatre derniers jours mais là, à moins de tomber sur un informel plus sérieux que les autres, nous sentons la fin de notre séjour parisien arriver. Nous aimerions tant pouvoir y rester quelques jours encore, passant de plans cul à clients et potes ; dommage !
Samedi, nous retrouvâmes Kévin devant l’Aquaboulevard. Nous le suivîmes jusque chez lui et la partie débuta en toute simplicité. Il était mignon, expérimenté et équipé d’un gode, d’un plug et d’un chapelet assez gros. Pour la petite histoire, nous n’avions toujours pas réussi à nous vider depuis notre lavement ardéchois… Kévin ne s’en inquiéta heureusement guère ; un peu de merde sur les doigts ne le dérangeait pas. Nous eûmes le cul propre durant toute la séance cela dit et prîmes une fois de plus notre pied comme jamais auparavant. Nos doigts un moment en furent complètement engourdis tellement les nerfs étaient agréablement ébranlés. Kévin put même nous puncher, non violemment – nous n’en sommes encore pas là ! – mais avec beaucoup de tact. Lui y prenant du plaisir, sa main tripotant nos muqueuses, il déchargea deux fois dans notre bouche une salve juteuse que nous bûmes après avoir bien pris le temps d’en apprécier toutes les saveurs. De notre côté, nous jouîmes sur notre ventre, puissamment car longuement excité. Nous repartîmes de chez lui plus épuisé et dilaté pour retrouver Philippe, chez qui nous nous reposâmes deux nuits.
Lundi, en début d’après-midi, avant de rejoindre le cybercafé pour y passer encore une nuit, nous nous arrêtâmes chez David, un latino du Ier arrondissement, qui nous remplit le cul de sa liqueur. Il nous invita ensuite à manger chez WokToUs, un nouveau concept de cuisine rapide et pas trop dégueulasse dans une rue proche de la sienne. Il nous rappela hier soir pour nous demander si nous ne lui avions pas volé son ordinateur portable, menaçant de porter plainte, etc. Genre… Par ailleurs, nous n’étions pas le seul, nous confia-t-il, à être passé chez lui. C’est un risque à courir quand on reçoit quelqu’un pour son cul… Quoi qu’il en soit, telle n’est pas notre philosophie, encore faut-il nous connaître un peu ; nous ne volons PAS les gens, c’est cela « vivre en conscience » ! Nous restâmes ensuite le cul collé sur une chaise du cybercafé jusques à mardi matin.
Là, fatigué mais habitué, à force de plaisirs, nous proposâmes à un autre métis adepte de scat de nous fouiller le cul et tenter de le vider. Nous avions mal au ventre, tu ne peux imaginer à quel point ! Soit nous ne mangions pas assez, soit le lavement avait été décidément efficace, soit notre organisme avait du mal à gérer qu’il en rentre presque autant par le cul que par la bouche… Bref, il accepta, nous nous rendîmes chez lui, nous installâmes sur un fauteuil ministre et il commença son challenge. Peine perdue, rien n’en sortit que du plaisir ; c’était déjà bon, certes… À bout de nerf mais ébahis par tant de résistance, nous zonâmes le reste de la journée chez Philippe puis y passâmes la dernière nuit.


19 mars 2009

Versailles (Île-de-France, France), 9h23.

Nous quittâmes le cybercafé hier à 16h40 et marchâmes jusques en forêt domaniale de Versailles où nous passâmes la nuit à la belle étoile. Nous nous éveillons là tranquillement, une Virginia Slim entre les lèvres, avec pour panorama château des rois et tour universelle. Nous nous dirigeons vers l’ouest et ne remonterons sur la capitale que lorsqu’un client moins mythomane et plus constant que ceux de cette semaine nous y mandatera. Nos jolies fesses vont donc pouvoir, durant ces quelques jours de répit et de marche, se reposer un peu. Nous trouverons sans doute en chemin de quoi jouir en abondance mais ce sera sans extravagance. Il nous faudra également trouver du fric, nous sommes complètement à sec. Si les épiciers arabes sont assez aimables pour nous donner leurs invendables afin de manger, cela ne suffit pas. Il y a enfin toujours ce passeport à renouveler, puisque nous dépensâmes à Paris tout ce que nous gardions pour lui, notre sac à dos à changer, etc. Bref, nous verrons bien de toute évidence comment les choses tourneront pour nous…


24 mars 2009

La Teste-de-Buch (Aquitaine, France), 10h12.

Nous atteignîmes la côte atlantique à La Tranche-sur-Mer vendredi à 16 heures après une nuit chez les ASF de Chemilléet maintes rencontres toutes plus intéressantes les unes que les autres. Sache que nous ne voyageons pas uniquement par ennui, même si cela correspond à bien 90% de nos motivations. Nous voyageons également dans le but de croiser des gens dont l’esprit éclairé et indépendant peut nous redonner espoir quant au devenir de ce monde qui n’attend qu’un chaos régénérateur. Sur la route, nous en trouvâmes deux avec lesquels partager nos idées (et un joint) dont un qui nous fit découvrir quelques textes extraits de l’Internet dignes d’intérêt. Ce monde n’est pas perdu, il a juste besoin d’une bonne purge et en cela nous inscrivons-nous dans la mouvance de ceux qui ont l’ambition d’éveiller les consciences et faire naître des vocations anarchiques. Ne te méprends pas, compagnon, il n’est nulle question de « foutre le dawa » pour « foutre le dawa ». L’optique est-elle en effet bien plus noble que cela. Toi qui nous lis, peut-être peux-tu le comprendre. Si tel n’est pas le cas, peut-être devrais-tu lever ton cul et, sinon le remuer comme nous le faisons avec désinvolture, au moins le traîner sur d’autres horizons que ceux qui te sont communs afin de voir, écouter et apprendre ce que le monde crie dans le silence, ce silence qui pour toi est le signe que tout va bien, qui pour nous est le signe que tout va mal.
Nous errâmes donc, longeant la côte jusques à La Teste-de-Buch, à huit kilomètres d’Arcachon. Ce matin, vers 9h30, un écureuil vint nous réveiller dans notre tipi improvisé par une cime de pin tombée lors de la dernière tempête et plantée au milieu de la forêt de réserve. Il fut bien avisé car quelques minutes plus tard, nous sentîmes une fraîche goutte de pluie sur notre visage et dûmes lever le camp pour aller faire notre toilette dans un proche cours d’eau avant l’averse. Nous attendons là une responsable des Restaurants du Cœur afin d’y prendre une soupe chaude et quelques victuailles. Nous devions la voir hier soir mais la manquâmes de peu ; le centre était fermé à notre arrivée. Ainsi viendra-t-elle à 11 heures, un peu spécialement pour nous, il faut bien l’avouer. Les âmes nobles existent, nous n’en doutons pas, mais au milieu du troupeau de moutons que forme le peuple ignorant et des loups affamés qui nous gouvernent, elles se font rares et il faut marcher, longuement souvent, pour les trouver. Giono disait qu’il n’y a que dans la marche que l’on rencontre réellement les gens. Nous n’avons pas sa lumière pour affirmer qu’il avait raison ou tort. Nous écrirons donc simplement que depuis presque huit années de voyages à travers le monde, nous pûmes effectivement le vérifier. Que les gens soient bons ou mauvais, c’est à pattes que nous le vîmes. Plus nous avançons (peu importe la destination !), plus nous acquérons la conviction qu’il en sera toujours ainsi pour nous. Avec ou sans confort, avec ou sans pied-à-terre, avec ou sans aide conséquente pour financer nos aventures et projets, plus que jamais nous sentons-nous noble et vagabond à la fois. Si notre cul et notre queue aiment à se prostituer, il n’en est rien pour notre esprit qui prône son indépendance. Voici une dualité avec laquelle nous devons composer tous les jours ; laisse-nous te confier que la musique qui sort de ce récital nous fait jouir intérieurement ! Le soleil réapparaît enfin ; la journée sera belle.


28 mars 2009

Lézignan-Corbières (Languedoc, France), 8h50.

Les cieux matinaux des Corbières sont couverts ; il fait froid et les vents nous piquent. Nous dormîmes dans un cabanon en ruine au milieu des vignes, l’estomac vide mais contenté la veille par une généreuse part de gâteau donnée par Cinthia et Adam de Seixqui nous prirent en stop au niveau de Saint-Gironspour nous déposer ici, à Lézignan. Après six années, nous décidons enfin de nous rendre sur le Bugarach ! Toi qui prends ce récit en cours, il nous faut t’expliquer la raison de cette aventure.
Lorsque nous vivions en Thaïlande, nous correspondions avec une médium via l’Internet qui sut à l’époque nous parfaitement donner confiance en sa parole. Elle nous parla des Terres Aki (l’Atlantide), des exilés qui les quittèrent pour s’établir un peu partout, notamment dans le sud de l’Europe, en Méditerranée. Elle nous parla de ce pic montagneux étrange, le Bugarach. Elle y décelait des ondes venues d’un temps ancien, comme emprisonnées dans la roche. Elle nous voyait en réincarnation d’un sombre puissant de ces temps anciens, un exilé nous aussi. Elle ne voulut pas nous rencontrer à notre retour en France et nous coupâmes court à notre long entretien, un peu par orgueil, un peu par déception, un peu avec le sentiment d’avoir été joué. Néanmoins, encore aujourd’hui, et même plus que jamais, notre sentiment reste-t-il à la confiance et notre quête au désir de réponses quant à notre singulière condition. Nous n’espérons pas particulièrement en trouver une sur le Bugarach mais notre esprit, ainsi que notre cœur, veulent s’y rendre. Privé de passeport et sans argent, nous sommes de toute manière cantonné dans l’Union. Ainsi est-ce le moment d’aller et de rencontrer les lieux et les personnes qui, d’une manière ou d’une autre, font partie de notre histoire.


31 mars 2009

Soulatge (Languedoc, France), 6h49.

Faire du stop comporte quelques risques, notamment celui d’oublier dans la voiture d’un gentil inconnu un effet sur lequel on peut tirer une croix. C’est ainsi que nous perdîmes notre couteau suisse, samedi matin, en route de Lézignan-Corbièresà Lagrasse. Nous en rendant compte lors du casse-croûte sur les hauteurs en ruine du village médiéval, nous dûmes retourner à notre campement nocturne, voir si nous ne l’y avions pas laissé par mégarde. Hélas était-il bien perdu et cette expédition ratée nous prit quatre heures et nous coûta un briquet tombé de notre besace dans la voiture d’un VRP qui nous descendit en ville.
Fatigué par les vents froids, les averses et la marche pour remonter à Lagrasse, nous demandâmes l’accueil aux chanoines réguliers de la mère de Dieu installés dans l’abbaye Notre-Dame-de-l’Orbieu. Ils furent assez aimables pour nous permettre une halte de deux nuits en échange d’aide à la plonge après les repas ou encore à notre arrivée pour monter une dizaine de chaises Ikea destinées à l’église. À ce propos, à peine embauché, il ne fallut pas cinq minutes au père hôtelier Téophane pour essayer de nous entraîner sur son « Chemin de vérité », invoquant comme les autres la force du « discernement ». Sachant que « discerner », pour un religieux, ne peut que signifier adhérer à sa parole, nous l’écoutâmes sans trop dire mot, le laissant croire en sa bonne foi. De toute manière avons-nous abandonné toute idée de discussion constructive, constante, retenue et objective avec ces gens, comme toute vaine chose, depuis notre année au monastère de la Chaise-Dieu. Sans feindre l’hypocrite intérêt, nous laissâmes toutefois notre esprit ouvert et notre visage exprimer le respect de l’attention dû à tout être. Nous notâmes avec étonnement durant cette courte retraite claustrale l’incroyable jeunesse d’un bon nombre d’entre eux. Quel gâchis ! Rends-toi compte, compagnon : ces jeunes gens ne connaîtront jamais autre chose de la vie et de ce monde que leur monastère et leurs apostolats religieux. Pour nous est-ce chose tragique ! Où est donc le cheminement personnel par l’expérience, la rencontre de l’autre dans la différence, la confrontation avec la réalité, parfois blessante, parfois juste et bonne, toujours pleine d’enseignements ? Qu’en est-il de cette formidable opportunité qui est donnée à l’Homme de s’ouvrir aux influences, aux traditions nées et transmises à travers le monde ? Comment enfin peut-on espérer unifier l’humanité, enfermé entre quatre murs, si anciens et nobles soient-ils ? Oui, voilà bien quelque gâchis que nous entendons dénoncer ! Il n’y a rien de beau dans une clôture ; rien de bon ne peut guère en sortir. Les moines eurent, peut-être, leur utilité au Moyen-Âge – encore que ce soit une chose admise invérifiable ! - mais les Hommes aujourd’hui doivent s’assumer, tous. Ils doivent, répétons-le, se confronter, non s’enfermer dans une forteresse de pierre ou d’idées. Parmi ces chanoines, un plus particulièrement retint notre attention. Nous lui accordâmes cette saine et rare beauté que l’on ne voit que dans les chimères de la mythologie. On venait de lui arracher une dent, ce qui lui donnait une expression toute innocente. Ah ! Réellement, si ce jeune homme avait été à la place du frère Jean-Louis-Marie à la Chaise-Dieu, il nous aurait été extrêmement difficile de refuser quelque proposition douteuse venant de lui. Nous aurions sans doute encore dû assumer un tribut pour cet obscène détournement de vocation mais, oh oui, que cela aurait été bon ! Il n’en fut rien, évidemment, sinon quelques regards intéressés qu’il ne comprit sans doute pas, mais l’idée y était et nous nous disions : « Voici là une âme à sauver des griffes du dogmatisme ! » Nous n’en avons, hélas, toujours pas les moyens…
En quittant l’abbaye, le père hôtelier Téophane nous chargea en nourriture pour la journée et nous confia à Marie en nous offrant sa médaille miraculeuse de la rue du Bac. Plus qu’un grigri de bigot immature, nous l’acceptâmes comme un présent honorable dont la valeur ne se mesure pas à son soi-disant pouvoir ou aux grammes d’argent fondus pour sa facture mais bien au don, au geste, à l’attention de cette personne vis-à-vis de nous. Après de sincères salutations, nous dirigeâmes nos pattes vers le sud, tentant toujours de gagner le Bugarach. Nous marchâmes jusques à Saint-Pierre-des-Champs où un automobiliste nous poussa généreusement à Laroque-de-Fa. Deux routes se présentèrent alors à nous, le doute nous prit et il fallut visiter le village pour y trouver bonne âme et bon conseil. Ce fut un chien qui nous fit rencontrer son maître, Michel B., une personne d’un certain âge à l’esprit là encore assez libre pour nous intéresser. Il tirait ses lumières du peuple maya. Il nous parla des crânes de cristal, de l’année 2012 et, bien entendu, du Bugarach, nous indiquant le chemin à prendre et qui voir une fois à son pied, une femme qui pouvait nous en dire davantage. Il nous donna également deux revues, Guetteur de l’Aube et Soleil Levant, ainsi que le calendrier des Treize Lunes de cette année. Assuré de notre voie, nous continuâmes à pattes pour pique-niquer au col de la Cascagne sous des vents toujours aussi froids et quelques nuages de mauvaise augure. Puis, toujours à pattes, la petite route n’étant guère fréquentée, nous traversâmes Massac, Bernacueillette, Montgaillard où une petite vieille sénile nous offrit un café chaud et encourageant, la forêt domaniale des Corbières orientales, Rouffiacet là, enfin, la journée s’achevant, un homme nous conduisit à Soulatge. En route, nous lui demandâmes s’il connaissait une grange à foins où passer éventuellement la nuit. Il n’en savait rien mais évoqua la maison des forestiers, sans véritablement savoir où elle se trouvait. Une fois au village, la voiture parquée, il avait un rendez-vous avec quelques amis pour une séance de Qi Gong, une technique de médecine traditionnelle chinoise jouant sur des exercices corporels et des visualisations mentales. Il s’informa auprès de l’une d’elle qui nous dit que la maison forestière était bien trop en montagne pour espérer la gagner avant la nuit ; elle nous invita donc chez elle. Ne souhaitant pas l’attendre dehors, nous acceptâmes de participer à leur séance. Ce fut une première pour nous, un informel bien sympathique et très enrichissant. Détendus, elle nous conduisit chez elle, une bergerie à quelques minutes du centre du village. Elle s’appelait Monique et son époux Pierre, deux âmes nobles, ouverts sur le monde et les autres. Nous sommes heureux d’avoir ainsi pu traverser leur vie. Ce matin, il pleut. Le Bugarach par la fenêtre, à quelques heures de marches seulement, semble inaccessible. Nous devrons revenir, il faut nous rendre à l’évidence, ce n’est pas le moment. Après tant d’efforts, cela, compagnon, doit te paraître bien absurde ! De notre point de vue, il ne faut pas forcer les événements puis, après tout, le chemin n’est-il pas plus important que la destination ? N’avons-nous pas rencontré depuis bientôt deux semaines des personnes riches de cœur et d’esprit ? Nous reviendrons, bientôt ; alors fera-t-il beau et pourrons-nous achever cet épisode. Pour l’heure, nous attendons Pierre qui va nous conduire au village d’où nous joindrons Perpignanavant de remonter doucement en Ardèche pour y être le 3 avril.


1er avril 2009

Montpellier (Languedoc, France), 11h15.

Lorsque Yoann nous déposa avec son fourgon à Montpellier, hier en fin d’après-midi, nous pensions avoir gagné le beau temps et pouvoir enfin sécher après une journée de marche et de stop à travers Languedoc et Roussillon. Et bien non, il pleut encore aujourd’hui et nous sommes coincé sous un pont à la sortie de la ville en direction de Millau. Nous y passâmes la nuit et, vu les cieux, il est fort probable que nous y restions jusques à demain. Heureusement hier un pilote de ligne retraité danois qui nous avait prit en stop, tout étonné de rencontrer quelqu’un qui menait une vie de bohème et trop content de pouvoir pratiquer son anglais, nous donna-t-il vingt euros pour manger. Il nous lâcha de fait dans une zone commerciale bienvenue proche de Perpignan sur la route de Narbonne. Nous pûmes y faire le plein afin de tenir jusques en Ardèche. Nous eûmes quelque mal pour en sortir, toujours sous la pluie, mais un musicien alternatif eut la sympathie de nous mener à Sales-le-Château, une route plus praticable pour faire du stop. Yoann, enfin, un jeune artiste de théâtre de 33 ans, nous sauva de ce temps humide et froid. Puisque nous sommes bloqué, profitons-en pour lire quelques pages des magazines que Michel B. nous donna à Laroque-de-Fa. Chose fort anodine, peu surprenante mais un brin perturbante, via le calendrier des Treize Lunes, nous pûmes calculer hier notre signature galactique :

Voyageur du ciel rouge 5 (harmonique)

Un hangar près de Lédignan (Languedoc, France), 22h44.

En fin de compte, les cieux se dégagèrent suffisamment vers 14 heures pour nous laisser continuer notre chemin. Nous attendîmes pas moins d’une heure trois quart pour qu’une voiture voulût bien nous sortir de Juvignac en direction de Lodève. La suite fut fort tranquille, heureusement ! Nous montâmes sur le plateau du Larzac pour en redescendre à Quissacavant de trouver un abri pour la nuit dans un hangar sur la route de Lédignan. Notre feu là crépite sa douce chaleur afin de sécher notre complet de vagabond malmené depuis quatre jours par vents et pluies. Le paysan que nous squattons ne pardonnera peut-être pas cette intrusion nocturne mais nous n’avions guère le choix. Nous lui laisserons demain en partant ce mot : « Cher Monsieur, veuillez excuser mon intrusion dans votre hangar la nuit dernière. J’étais à pieds en route pour Alès, il pleuvait et, dans l’obscurité, aucun automobiliste ne daigna s’arrêter. Je trouvai cet abri bienvenu et y levai mon camp. Veuillez également pardonner le feu sur la terre battue. Il me fut lui aussi d’un grand secours, mon complet de voyageur étant trempé. Je vous dois un service, soyez assuré de ma sincérité ! Merci à vous. », ainsi que nos coordonnées. Tout est vrai ! Les gens la nuit sur la route se méfient davantage qu’en plein jour de l’auto-stoppeur et ne s’arrêtent pas, encore moins s’il pleut. Naturellement est-ce absurde mais les gens sont cons, ils regardent trop la télévision. Si elle ne les assomme pas, elle les rend craintifs ou névrosés. Dans la montagne ou les campagnes, toutefois, les gens sont-ils un peu moins débiles. C’est la raison pour laquelle nous préférons emprunter les petites routes. Puis les gens vont trop vite aussi, ils ne prennent plus le temps d’apprécier sinon les voyages, au moins les déplacements. Après quoi courent-ils ? Qui sait ! Des cheveux blancs et un ulcère, sans doute. Nous somme exténué. Demain, nous serons en Ardèche pour quelques jours, histoire de prendre un repos mérité après deux semaines de vadrouille.


9 avril 2009

Paris (Île-de-France, France), 16h46.

Comment par l’Internet inspirer confiance aux gens ? Pour convaincre Nordine, notre client d’hier après-midi, de nous envoyer un mandat de cent-quarante euros afin de monter de Valence à Paris en TGV, nous dûmes déployer, en plus de la sincérité évidente de notre site-web, une pléiade d’arguments, libérant notre verve sûre de son écrin enchanteur. Que pouvons-nous faire de plus ?! Il est vrai qu’avec tous les baltringues qui squattent la toile mondiale, nous ne sommes guère aidé mais, ne sommes-nous pas aussi le premier à en subir les conséquences entre les mythomanes et les névrosés qui écrivent vouloir nous rencontrer et annulent au dernier moment ? De notre côté, nous devons composer avec cela. Devant une facepic et une proposition, nous exposons ouvertement notre nom légal pour le mandat, nos nombreux clichés, notre vie relatée. Qui prend donc le plus de risques ? Nous, sommes crédible, en plus d’être honnête de nature. Devons-nous nous déplacer à l’autre bout de la France sur une simple cyber-promesse émanant de ce qui n’est pour nous que la combinaison binaire d’un planqué derrière son écran 17" ? Nous le ferions que nous tomberions neuf fois sur dix sur un lapin et nous n’aimons pas cela, n’en déplaise à ce presque temps pascal. Enfin, ne peuvent-ils pas tout simplement jouer le jeu comme nous le faisons ? La nuit dernière, dans la chambre d’un hôtel à Saint-Gratien que nous avait laissée notre client après acte, nous regardâmes Shoot 'Em Up*. Smith (Clive Owen), un héros sombre et violent, a bien raison de le dire : il y a trop de « chochottes avec une arme à la main » dans ce monde. Des véritables tueurs, ça, c’est autre chose ! Hubert pense également qu’aujourd’hui les beaux parleurs sont monnaie courante. Dans notre marché, cela est bien pire, ils se cachent et se branlent ; ils foutent en l’air notre commerce, et notre plaisir surtout ! Il résulte de cette médiocrité ambiante un sentiment de méfiance présent chez tous ceux portant l’honnêteté sur le mont des valeurs primordiales et cela nous écœure ! Passons.
Nous en prîmes plein le cul et la bouche hier après-midi et cela fut bon. Nous ne savons encore pas où passer la nuit. Ce sera sans doute au cybercafé, notre QG parisien par circonstances devenu à notre dernier passage. Ne retenons donc que les bons moments et laissons-les, ces autres inconstants, contaminer cette société déstructurée puisqu’à terme est-ce bien ce qu’elle mérite.


10 avril 2009

Paris (Île-de-France, France), 22h01.

Enfin un peu de repos au Père Tranquille, une brasserie campée sur les Halles. En effet, depuis notre dernier billet, nous ne pûmes fermer nos yeux d’or une minute, sinon pour apprécier quelques plaisirs uraniques, moteurs de ce présent carnet. Nous sommes vidé, au sens propre comme au sens figuré ! Après cette nuit blanche, vers 8 heures, nous visitâmes un pote dans le XVIIe arrondissement afin, d’une, de le rencontrer car nous en parlions depuis notre dernière venue et que nous n’aimons pas vivre dans la probabilité (comme tu l’auras compris désormais !) et, de deux, pour nous faire fister, par deux fois en l’espace de trois heures. Quel plaisir ! Nous y prenons goût, c’en devient inquiétant. Qu’en sera-t-il lorsque nous serons bien élastique ? N’y pensons pas encore, évidemment. Hugo, notre hôte, sut nous parfaitement élargir avec une maîtrise réellement appréciable. N’entrons pas dans le détail sinon pour écrire qu’encore une fois notre esprit put se libérer dans une brume de perles avec un délice toujours plus précieux. Quant à notre verge, excitée pendant deux heures en fait, plus longtemps en pensée, elle mouilla notre buste de sa liqueur sur un final… oui… rédempteur ! De plaisirs plus intenses que ce pétillement obtenu, nous n’en connaissons point !
Hervé, notre client angoumoisin, de passage en capitale, voulut ensuite nous voir. Nous n’eûmes après la douche que trois quarts d’heure pour le rejoindre à Étienne-Marcel. Il voulait un plan rapide dans une cabine de Sun City où nous l’accompagnâmes à 12h30. Notre cul refermé sous l’eau froide au matin n’eut aucun mal à se rouvrir très largement pendant la partie, ce qui, dans la condensation de la cabine, nous fournit matière à jouissance exclusive : second jet du jour, dans notre bouche, le cul en l’air et les épaules plaquées sur le tatami maculé. Dans une euphorie particulière, nous nous branlâmes dans l’attente, produisant un spectacle anodin pour ce privilégié spectateur, quelques goûtes sucrées de sueur nous tombant sur le visage, dans la bouche jusques à ce qu’enfin notre sperme plongeât sur notre langue gourmande. Nous ne pouvons, ni ne voulons, faire état ici d’un récit sadien trop détaillé. C’est pourquoi, là enfin, t’invitons-nous à vivre une fois dans ta vie telle expérience si, dans notre société si écaillée, tu ne t’y es déjà essayé. Goûte ! Et apprécie. Hervé nous quitta à 14 heures et nous décidâmes de profiter du peu de monde présent au sauna pour nous reposer quelques heures de plus sur un transat près de la piscine. Allongé, sur le point de nous endormir au doux son de la fontaine centrale, nous sentîmes un frisson au niveau du pied droit. Réunissant le peu de force que nous destinions à la prudence en ce lieu d’outrecuidance homo, nous levâmes les paupières et eûmes la surprise de voir un homme d’environ 40 ans nonchalamment nous caresser, assis sur le transat d’à-côté ! Nous le regardâmes et, désabusé, le laissâmes continuer sa rêverie. Il devint, forcément, plus entreprenant et nous massa une jambe, plus l’autre, le torse, les bras, le sexe sous la serviette. Confiant, son esprit s’emballa, sans doute, puisqu’il sortit notre queue bandante de son carcan de tissu humide et la suça, lentement mais sans réelle application, faute d’expérience, fort probablement ; nous sentîmes ses dents, trop souvent, pour nous réjouir d’un pareil informel. Néanmoins le laissâmes-nous continuer, ne voulant gâcher son plaisir ingérant qu’une fois pour lui convenu. Il se retira et nous lui demandâmes s’il comptait ainsi nous faire jouir. « Non ! Tu voudrais ? » Et nous de répondre : « Pas particulièrement ! », avant de refermer les yeux, lui accordant tacitement de s’exciter à loisir. Il y croyait, il allait enfin pouvoir se taper un petit jeune au sauna, enfin pouvoir rentabiliser le prix assassin qu’il avait déboursé à l’entrée. Jouant sur la tentation, il partit en nous disant : « À tout à l’heure, alors ? » Et nous, sans grand intérêt pour cet effort que nous saluons tout de même pour être osé, de conclure : « Je crois pas, non ! » Déçu, il nous laissa, allongé sur notre transat, essayer de récupérer tant d’heures de sommeil manquées. Ce fut peine perdue. Nous fîmes donc plusieurs brasses dans la piscine avant de prendre une douche pour nous laver de cet instant libertin et partir. Ainsi est inscrite notre troisième expérience à Sun City !


12 avril 2009

Paris (Île-de-France, France), 17h47.

C’est à Cergy-Pontoise, la nuit dernière, que nous pûmes nous reposer. Nordine, client fidélisé mercredi, nous y fit venir pour une heure dans l’après-midi. Innovant à chaque représentation, c’est avec son sperme rendu de notre bouche que nous nous branlâmes pour finir. Il n’y eut pas de bis, hélas, car il devait repartir. La chambre à disposition pour la nuit, nous voulions ensuite y recevoir un garçon mais cela lui parut trop loin, ce que nous pouvons comprendre. Hors du centre-ville, Paris n’a décidément rien d’attrayant ! Des villes nouvelles poussent près des rames de RER, les pauvres s’y entassent et elles sont assez mal desservies la nuit venue, sauf à risquer de se faire agresser par quatre connards dans le Noctilien pour quelques malheureux euros sous les yeux de couards concitoyens incapables de venir en aide à leur prochain. La soirée s’acheva donc sur notre lit devant un film avec Richard Geere dont nous ne vîmes que début et fin, croulant sous la fatigue accumulée.
La nuit d’avant, en revanche, alors que nous pensions l’user chez Milk, fut nettement plus intéressante. Nous retournâmes chez Hugo avec qui, clope au bec et verre de gin dans la main, nous regardâmes pour la énième fois Pretty Woman*, film qui marqua avec récurrence notre histoire. Des soirées pépères et bien accompagnées comme celle-là manquent à notre parcours. Un garçon agréable dans les bras (ou entre les jambes), un film à la con, une conversation, des gâteries… Voilà bien une chose fort rare que nous savourons quand nous le pouvons. Julia casée avec le beau Richard, Hugo nous fista une troisième fois, septième pour nous depuis janvier. Nous arrêterons d’ailleurs de compter désormais afin d’éviter toute comparaison, préférant garder cette soirée en mémoire comme le meilleur souvenir de ce passage parisien. Nous reverrons d’ailleurs Hugo avec plaisir avant notre départ, sauf si précipité pour quelque raison que ce soit. Aujourd’hui fut plutôt cool. Nous quittâmes l’hôtel vers 11h30, gagnâmes le centre de Paris, passâmes chez Starbucks avant de nous enterrer au cybercafé où aucune autre proposition financée ne nous attendait. Nous resterons en capitale pour la nuit, cela est sûr. Pour le reste, notre destin en conviendra à gré.


14 avril 2009

Paris (Île-de-France, France), 17h20.

Nous prendrions facilement nos habitudes ici : réveil sur un sourire silencieux, traversée de la capitale en métro pour rejoindre notre bureau, petite promenade apéritive vers 14 heures dans les rues piétonnes, retour au bureau, pause Bloody Mary vers 17 heures au Paris-Beaubourg ou au Père Tranquille pour écrire notre billet puis client s’il en est avant d’achever la journée dans les bras de ce même sourire, collé à lui par notre concupiscence jusques à pas d’heure. Mais non, il ne faut pas ! Apprécier, oui ; s’y habituer et en dépendre, non !
Nous passâmes la matinée d’hier, de la fraîche aurore jusques à 14 heures, chez Fabien qui nous fouilla le cul à la recherche de ce que décidément nous n’arrivons pas à produire lorsque nous sommes à Paris. Aucun client décidé sur la toile, nous retrouvâmes Hugo chez lui vers 17 heures dans le but de l’aider à quelque contexte rédactionnel. Peine perdue ! Lorsque deux corps s’attirent, la plus grande volonté du monde ne peut ni ne doit les empêcher de s’unir, même dans l’excès (qui n’en est jamais véritablement un dans pareil cas…) Si ce soir, car nous redescendrons sans doute sur la Provence dès demain, il nous est donné l’occasion de reprendre la scène où nous la laissâmes ce matin, nous en serons ravi ! Nous devons en effet être à Aix-en-Provence le 17 ou le 18 pour aider l’oncle de notre marraine dans ses travaux. Là trouverons-nous probablement un ou deux clients, le temps de notre passage, pour financer passeport et sorties entre amis.


22 avril 2009

Aix-en-Provence (France), 16h52.

Paris et ses plaisirs nous manquent. Nous y restâmes pourtant deux nuits supplémentaires, absorbé par notre envie de luxure et de bien-être chez Hugo. Le soleil cogne, séchant la Provence des orages nocturnes. Nous sommes à Aix, installé à la terrasse de La Rotonde, libéré de notre travail chez Nanou et Jean-Louis pour la journée et, sans contrainte, reprenons la rédaction de ce présent en sirotant un frais Bloody Mary. « Il serait temps, Florimon, que vous vous bougiez un peu le cul ! », nous dicte notre conscience mais comment nous résoudre à cela quand la vie s’écoule avec telle douceur ? Un client se proposa il y a quelques minutes sur l’Internet de nous « pilonner », nous-déculant ; nous attendons nouvelles. Elles viendront, ou pas. N’importe ! Laisse-nous t’avouer que nous avons davantage besoin de sexe en ce moment que de fric, c’est dire ! Oui, la chose est évidente, nos habitudes parisiennes nous manquent en ce jour.


23 avril 2009

Aix-en-Provence (France), 20h37.

Considérant que nous ne pourrons remonter en capitale avant plusieurs jours, nous décidâmes aujourd’hui de nous plier à coutumes. Nous passâmes la soirée et la nuit d’hier avec Morgan entre Happy Days et Med Boy. Couchés vers 4 heures, nous le quittâmes à 8h30, lui somnolant sur une heure supplémentaire au lit, pour rejoindre Jean-Louis au Tholonet avec lequel nous travaillâmes dans l’oliveraie familiale au pied de la Sainte-Victoire jusques en début d’après-midi. Nous pensions pouvoir nous reposer un peu après fraises et framboises au dessert mais Fabrice, un client rencontré sur bbackzone.com la veille, nous convia chez lui pour une partie de baise. Celle-ci fut courte ; à cent-cinquante euros pour nous jouir sur le ventre trois minutes après les préliminaires, que l’on ne nous ennuie plus avec la crise ! Il était fatigué, nous rééditerons sans doute une fois prochaine mais laisse-nous te confier notre légère frustration en partant. En désespoir de cause, n’espérant plus trouver quoi que ce fût dans la soirée, nous déchargeâmes dans la cuvette des toilettes du cybercafé. Cela se passera de commentaire. Au meilleur des cas, de toute manière, nous avons nos réserves, si d’aventure quelque jeune éphèbe nous offre tentation dans les heures qui viennent. Demain, nous serons sur Marseille pour apprécier la première œuvre exposée de Niko à la bibliothèque de l’Alcazar. Nous y récupérerons également notre polo Ben Sherman commandé chez Timomo à Aix car ils n’avaient là pas notre taille.


27 avril 2009

Aix-en-Provence (France), 14h33.

Nous quittons Aix pour le château dans une grosse demi-heure, le temps de nous sustenter devant un Bloody Mary à La Rotonde. C’est notre frère et son nouveau copain, tous deux descendus de Floride, qui nous conduiront. Là, dans ce bain familial, pourrons-nous enfin nous reposer une quinzaine de jours.
Notre belle veste Bikkembergs n’est plus ! Vendredi, après l’exposition, nous accompagnâmes Niko chez lui pour une soirée PS3. Un brin pintés au pastis, nous continuâmes au Med Boy, malgré les signes (autoroute bloquée, raccourci détruit) qui nous poussaient au contraire. Niko gara sa Fiesta aux Beaux-Arts, comme il en avait l’habitude depuis cinq ans et, vers 3h30, lorsque nous sortîmes du Med, elle n’y était plus. Nous y avions laissé notre veste et un polo H&M rose, heureusement échangé avec notre polo Ben Sherman nouvellement acquis. Coût de la soirée : cent-soixante euros. Enfin… Ce n’était après tout que laine et tissu ; ne nous formalisons donc pas. Nous déposâmes tout de même plainte à 4 heures au commissariat municipal, le même qui rappela Niko le lendemain pour lui signaler son véhicule retrouvé deux rues plus loin car les crétins qui l’avaient volé, fracturant deux portières (pourquoi deux ? Va comprendre, Fidèle…), avaient bloqué le volant en arrachant les fils pour la faire démarrer. Comme nous l’écrivîmes plus haut, ce monde manque cruellement de vrais tueurs ! Ces petites frappes emportèrent cependant dans leur fuite le sac Timomo contenant nos deux effets. Nous nous demandons bien ce qu’ils en pourront faire ; un Bikkembergs manufacturé en Italie sur une racaille de Provence est en effet une réelle faute de goût… Allons, nous trouverons mieux après un prochain client. Sur Paris, deux nous attendent déjà mais nous ne savons encore quand nous pourrons y monter, probablement lorsqu’un autre se décidera à nous y mandater. C’est que, vois-tu, dans cette rocambole sexuelle, nous ne voyageons que rarement de notre fait.


14 mai 2009

Saint-Antonin-sur-Bayon (Provence, France), 14h41.

Le fondant au chocolat commandé à la maison Sainte-Victoire achève de nous définitivement ruiner. De toute manière, après une nuit passée dans notre grotte interdite sur la crête de Bibémus et une matinée de marche pour arriver ici, nous n’avions pas le choix, notre dernier repas remontant à mardi soir au château. Cela n’est pas plus mal en fin de compte ; neuf nuits chez Nanou et seize autres chez nos parents avaient fini par nous engrosser quel que peu. Nous nous rendons donc, malgré ce temps bien instable, à Cap d’Antibes où nous espérons pouvoir nager, bronzer et… et merde !
Nordine, un habitué parisien, vient à l’instant de nous téléphoner. Il nous envoie un mandat de cent-vingt euros pour nous voir demain en capitale. Il n’est donc pas encore pour cette fois-ci, notre premier bain méditerranéen. Rien ne se passe jamais tel que nous le voulons, comme si le destin prenait un plaisir pervers à nous rappeler notre condition d’ange déchu. Hier déjà, en arrivant sur Aix où nous ne comptions que passer une heure ou deux au cybercafé, nous fîmes la rencontre d’un futur client puis, en fin d’après-midi, celle d’un garçon que nous devions fister dans la nuit. Il n’était pas sûr après une heure de conversation chez lui, nous lui laissâmes le temps d’un dîner avec ses amis pour réfléchir et dûmes donc attendre. En chemin, nous visitâmes Morgan dans sa boutique et allâmes tous deux vers 19h30 boire une bière au Happy Days. Ensuite, après maintes réflexions, nous conclûmes qu’attendre 23 heures des nouvelles de Paul, le garçon en question, était folie et nous dirigeâmes nos pattes vers Bibémus. Heureusement car il nous appela à l’heure dite pour nous avouer qu’il était pinté et qu’il sentait davantage un bon repos qu’un plan défonce. Partie remise ou pur mytho ? Va savoir, Fidèle…


19 mai 2009

RER pour Paris (Île-de-France, France), 17h48.

Il faut le préciser car cela est sans conteste : nous sommes définitivement plus anal que verginal ! Seulement, lorsqu’un charmant garçon comme celui que nous venons à l’instant de partager avec Nordine se présente, le plaisir de l’enculer bareback nous le fait oublier. De fait sommes-nous maintenant épuisé mais nous rendons-nous quand même sur Paris, bien incapable, après telle partie, de rester dans la chambre, la télévision pour seule compagne. Comme à chaque fois que nous traînons en capitale, nous dormons trop peu, couchons trop… Espérons donc trouver de quoi nous réjouir tout à l’heure sur l’Internet.
Après notre nuit de vendredi sur Saint-Gratien, dans ce même motel, nous passâmes la suivante chez Fabien. Arrivé vers 23h30, nous pûmes regarder la fin de la finale de l’Eurovision en buvant des bières puis nous enculer l’un et l’autre trois heures durant, mélangeant pisse et foutre à nos plaisirs. C’était la première fois que nous nous soulagions ainsi dans les profondeurs d’un garçon. Nous ne pensions pas y arriver en bandant mais après deux bières seulement la chose nous fut-elle étrangement bien plus facile. Quant à Fabien, une fois vidé dans nos jolies fesses, il put même profiter de quelques éclaboussures en nous enculant sans retenue. De plus, si chez certains garçons (la plupart) la poppers les rend mou du gland, tel n’était pas son cas ! C’est qu’il nous faut poids et taille pour nous apaiser, vois-tu, Fidèle ! Lui possède naturellement les deux, plus un poing bien sympathique pour, aidé de graisse à traire au monoï, nous exciter davantage. Au matin, il remit d’ailleurs le couvert avec entrain, ce qui semble signifier qu’il faut également cela pour nous pleinement réveiller. Nous passâmes le reste de la journée, la nuit et la matinée suivante chez Milk, espérant y trouver quelque client pour nous permettre de tenir deux jours de plus car nous étions déjà ruiné. Hélas n’en fut-il aucun et dûmes-nous repartir vers l’ouest à pattes, vagabond redevenu par la force des choses. L’envie nous manquait cruellement, nous savions ne rien avoir à faire ailleurs à ce moment-là. Notre place de prostitué est à Paris, notre cul la réclame ! Alors que nous étions en chemin, nous nous souvînmes que Nordine nous avait parlé de son envie d’un plan à trois avec Loann, escort-boy, pour le second jour d’après. Nous n’avions pas les moyens de rester une nuit de plus à ne rien faire mais lui téléphonâmes quand même et il voulut bien nous payer une chambre pour l’attendre, pensant évidemment nous rejoindre pour une baise rapide… Nous acceptâmes sa proposition, sachant qu’elle n’allait pas nous enrichir réellement, pour le fun et rester, surtout. Nous passâmes donc à pattes chez Philippe prendre une douche et gagnâmes Saint-Gratien en RER pour attendre, mi content, mi épuisé par une nuit de débauche et une autre sans sommeil aucun, Nordine qui ne pouvait arriver qu’en fin de journée. Vladimir, un ami, devait passer sur Paris ensuite et voulait nous voir, n’en ayant pas souvent l’occasion. Vers 21 heures, notre client vidé, nous allâmes pour le rejoindre mais il nous envoya un SMS pour nous indiquer qu’il était bloqué sur Chartres et allait arriver trop tard, notre dernier RER partant de la bibliothèque François-Mitterrand à 23h52. Nous étions alors déjà aux Invalides et dûmes revenir pour descendre, la tête dans les choux, à Épinay-sur-Seine, un arrêt avant, sans nous en rendre compte. Il fallut attendre, encore, pour enfin pouvoir nous reposer tranquillement au son de la climatisation ambiante de ce motel sans grand intérêt sinon celui d’être un lieu de passe bien pratique. Notre vie, Fidèle, est à l’image de ce récit : un vrai bordel ! Il est normal que tu n’en appréhendes que peu de choses, ne te formalise donc pas.


25 mai 2009

Paris (Île-de-France, France), 15h30.

Deux tables à notre droite, sur la terrasse abritée du Paris-Beaubourg, un Français au crâne dégarni et à l’accent imprégné raconte à son amie anglaise comment la personne dont il parle et qu’il doit apprécier l’aida en son heure à faire son coming-out. Qu’ils sont soûlants, ces homos, avec cette formalité ! Ils se veulent égaux mais continuent à parler de leur sexualité comme quelque chose qu’il faut avouer à leurs proches… Voilà bien un paradoxe qui nous déconcerte, Fidèle ! Une norme, vois-tu, s’impose d’elle-même, par définition, dans la normalité. Dès lors être homo, à priori, ne concerne-t-il que directement son partenaire. Avoue-t-on à ses parents son hétérosexualité ? Parle-t-on même avec eux de sexualité ?! Cela serait bien indécent, convaincs-en ! Ce n’est pas aux homos de dévoiler quoi que ce soit, c’est à leur entourage d’accepter le monde dans lequel il vit, ses influences, ses diversités, les individus qui le peuplent. Et que Dieu emporte les ignorants, puisque si souvent ils s’en revendiquent ! Pour retrouver notre client, hier soir sur Antony, nous dûmes emprunter le RER B. À Châtelet, dans l’attente sur le quai, un Noir fort pieux criait que le jour du Seigneur n’était pas le dimanche, qu’Il allait venir pour rétablir la vérité et la justice, qu’il était inadmissible de vivre dans une société qui laissait les homosexuels et les hétérosexuels avoir des droits qu’elle refusait aux sans-papiers. Un non-sens, là encore… Il nous coûta de devoir entendre ce genre d’inepties mais nous lui reconnûmes le droit d’être et de penser ce qu’il voulait. Néanmoins sont-ce ces gens-là les marginaux, non les homos qui représentent un bon tiers de la population. Alors pourquoi, Diable !, nous emmerdent-ils avec leur coming-out ? Ne peuvent-ils pas vivre simplement, cesser de revendiquer leur différence d’un côté quand de l’autre ils aspirent à être acceptés dans la norme ? Une inexplicable incohérence enfin. Un homo est un mec qui aime la bite, un hétéro un mec qui aime la chatte ; point ! Ne faut-il pas être névrosé pour avoir fièrement besoin de l’annoncer au monde comme si cela allait changer sa destinée ? Le monde s’en fout, voilà la vérité ! Vis ta vie, Fidèle homo, arrête de nous gonfler avec ton dessein d’appartenance !
En quittant le motel de Saint-Gratien, mercredi dernier, nous rentrâmes sur Paris consulter notre courriel avant de rejoindre Hugo chez lui pour trois nuits, plus soft que la fois précédente. Nous les échangeâmes avec langueur et repos, entremêlés d’un peu de sexe. Pour vivre ainsi avec un garçon sans nous sentir oppressé, nous écrivions plus haut qu’il nous fallait environ 50m² mais, en définitive, quatre-vingts de plus, minimum, sont nécessaires ; la chose est admise. Hugo les a et dans cet espace haussmannien, de fait, ne nous sentons-nous pas enfermé, dépendant de lui. En ce moment, un loft est en vente sur la butte de Montmartre. Qu’il nous serait bon et plaisant de nous y poser ! Évidemment, ce n’est pas avec notre solde de prostitué que nous pourrons nous le payer mais, si l’espoir ne nous fait plus vivre depuis longtemps, l’envie oui ! Notre cul aujourd’hui est en repos forcé. Fourré ces deux derniers soirs par Crisco, poing et gode Cyclone de chez Meo (30/6cm), il n’en peut plus. Et pourtant, campé sur ce souvenir, il en redemande… Nous prîmes donc contact avec plusieurs potentiels clients pour le calmer mais nous ne savons pas combien de temps nous pourrons encore tenir en capitale. Reconnais au moins notre prouesse : neuf nuits dans la cité universelle et une seule dehors, enfin… au cybercafé. Oh oui, ce loft, il nous le faut ! Nous aimons notre vie, tout ce que nous faisons nous réjouit, nous fait jouir. Il serait dommage et fort triste de devoir à nouveau partir sur les chemins, même si quelques jours de bronzette sur le Cap d’Antibes nous feraient grand-bien. Allons, toutes ces incertitudes nous donnent soif. Commandons donc un second Bloody Mary !


27 mai 2009

Paris (Île-de-France, France), 13h58.

Nous sommes honteux ! Ce matin, à l’hôpital Saint-Louis, nous fîmes au médecin une promesse que nous savions ne pas pouvoir tenir. Pourquoi y étions-nous ? La réponse est simple : après deux semaines de sexe, notre cul avait grand besoin d’être refroidi à l’azote liquide ! Alors que nous le lui montrions, le charmant médecin, assisté d’un élève infirmier, nous entretînt un instant sur la vie que nous menions. Là au moins était-il sûr de ne pas nous voir fuir… Il nous demanda si nous avions un partenaire. « Souvent, oui, mais je ne me souviens pas de tous leurs prénoms. » Il voulait savoir en fait si nous en avions un de régulier. « Non, pas au sens strict. » Alors qu’il soufflait la seconde couche, il voulut enfin se rassurer quant à nos pratiques.

Le médecin . Vous avez souvent des rapports sans protection ?
Nous . Neuf fois sur dix, oui. En fait, je n’en mets pratiquement jamais…
Le médecin . Qu’est-ce qui vous fait vous protéger, dans ce cas ?
Nous . Quand ça ne dépend pas de moi.

Comprend par là, Fidèle, que nous ne supportons le préservatif qu’avec un client qui souhaite en mettre un, fort rarement avec un pote de cul. Professionnellement, il nous conseilla d’en porter pendant chaque acte, ce que nous acceptâmes tacitement comme raisonnable. Là ne fut pas notre promesse cependant ; nous n’aurions pas osé sur ce sujet pour beaucoup si délicat. Non ! Elle vint ensuite, lorsque nous nous inquiétâmes sur le fait qu’il était préférable de ne pas baiser pendant quelques jours après son intervention. Il nous le conseilla d’ailleurs vivement, plus pour notre cul que pour la queue qui nous pénétrerait. Nous acquiesçâmes. Seulement voilà, nous venons de passer les quarante dernières minutes dans une cabine de Sun City ; honte sur nous ! Hervé, avant de prendre son TGV retour pour Angoulême, voulait nous voir. Nous n’avions rien de mieux à faire de toute manière, sinon squatter chez Milk. Le sauna était tout indiqué, comme la fois d’avant, et nous le rejoignîmes pour l’ouverture à midi, le ventre vide et, donc, le cul refroidi mais sain et toujours humide. Souvent, nous aimerions être capable de nous y loger ; quelle agréable sensation ce serait ! Bref, ne divaguons pas non plus… Alors que nous nous produisions en cabine, un homo en manque passa devant et, sans doute l’oreille plus fine que nécessaire, surprit notre plaisir. Il décida de se pencher pour confirmer son impression en regardant sous la porte. Nous le vîmes et, après un instant, las de nous donner en spectacle gratuitement, nous le prévînmes entre deux souffles que s’il ne partait pas, il se prenait un coup de serviette dans la gueule. Soit nous nous fîmes mal comprendre, soit son envie le démangeait trop. Quoi qu’il en soit, la serviette claqua et il partit se branler ailleurs. Qu’ils sont curieux, ces homos… Obscènes… Avons-nous pensé médiocres… ? Peut-être bien, en effet. Nous eûmes également droit il y a quelques minutes à un sondage pour quelque association de recensement. En plus du traditionnel questionnaire, le jeune mignon qui s’occupait de nous prit un peu de notre sang afin de savoir, nous expliqua-t-il, ce que les homos pensaient être (côté sérologie) et ce qu’ils étaient vraiment. Nous n’aurons pas nos résultats personnels puisque cette affaire se fit dans l’anonymat mais nous restons dubitatif car il y a dans cette démarche un problème de taille. Les homosexuels sont considérés comme une population à risque À CAUSE de ces pseudo enquêtes. Évidemment que dans un sauna gay, où les homos viennent pour baiser, le pourcentage de contaminés ne peut qu’exploser. De là à en déduire que TOUS les homos prennent les mêmes risques, c’est complètement con. Nous en fîmes part à ce jeune mignon, militant « pour la cause », donc pas vraiment objectif, en définitive. Il n’entendit pas notre raisonnement. Tant pis ! Nous resterons sur Paris encore une nuit, au pire chez Milk, au mieux chez quelqu’un. Demain, un autre client aimerait nous voir ; pourquoi pas, s’il est constant et n’annule pas au dernier moment comme d’autres. Helmut Fritz chante que tout l’énerve dans les enceintes, la fontaine aux quatre têtes d’éléphant s’évertue sans espoir à faire déborder la piscine du sous-sol, deux jeunes viennent s’allonger sur un transat. Dormons un peu et attendons la suite.


2 juin 2009

Paris (Île-de-France, France), 3h37.

Notre estomac résonne depuis deux ou trois jours le vide et ce n’est pas ce que nous y mettons qui le calmera ; nous avons de moins en moins faim, ni de toute manière de quoi le remplir. N’ayant plus de fric pour le cybercafé non plus, c’est cette nuit sur le ponton en bois d’un quai de Seine, proche du pont Saint-Michel, qu’il chantera misère. Peut-être la force des choses est-elle à l’origine de ce régime forcé. Depuis notre opération, mercredi, notre cul se repose. Sinon quelques enculades, dont une dernière fort bonne, il ne prit en effet rien d’autre. Néanmoins, ne sachant occuper notre temps avec raison, nous fallut-il trouver d’autres plaisirs.
Vendredi après-midi, en quittant ceux de chez Hugo, nous allâmes nous enterrer le reste de la journée ainsi que la nuit chez Milk. Nous avions bon espoir de trouver sur la toile quelques clients mais, là encore, notre cul n’était pas prêt et aucun ne nous contacta, comme si sur nos profils était indiqué en caractères gras : « Je me prostitue mais pas en ce jour ; passe donc ton chemin, fidèle micheton ! » Notre nuit fut blanche, nous n’avions pas de quoi réalimenter notre compte, pensions enfiler notre complet de vagabond et continuer l’aventure à pattes et ailleurs. Un quart d’heure avant pourtant, Jean-Hugues, un jeune homme de 24 ans, nous contacta sur rezog.com et nous invita chez lui, aux pieds de la butte de Montmartre. Le métropolitain venait à peine de reprendre du service, tout se goupillait bien et nous acceptâmes. Avec moult mollesse, née de notre manque de sommeil, la journée s’écoula entre discussions, café, clopes, shit, coke, absinthe, repos et baise active. En le quittant vers 21h30, de fait, nous n’étions pas réellement plus reposé qu’au petit matin mais ravi par ce sympathique et accueillant informel. Il nous restait sur un autre compte au cybercafé deux heures que nous voulions utiliser avant de, cette fois, quitter Paris. C’est du moins ce que nous pensâmes en montant dans le métro. Trois minutes avant la déconnexion automatique, un homme nous écrivit de passer chez lui récupérer un peu d’argent pour tenir une nuit de plus en capitale ; un geste peu consensuel de générosité que nous prîmes comme il vint. Nous marchâmes donc jusque dans le XXe arrondissement, où il vivait, traversant rues et boulevards encombrés d’une masse bruyante et fêtarde en ce week-end de Pentecôte. Il était près d’1 heure lorsque nous tapâmes le code du portail de sa résidence. Il ne pouvait nous recevoir chez lui car son copain dormait et nous fit descendre depuis une fenêtre son don à l’aide d’une ficelle : quarante euros, quelques viennoiseries, une bouteille d’eau et un mot d’encouragement. Nous ne vîmes pas son visage, il ne vit sans doute pas le nôtre dans cette obscurité non plus et cela se fit en toute sincérité. Quel épisode peu commun, tout de même ! Nous aurions voulu l’inventer que nous n’aurions su comment. D’ailleurs, nous n’inventons jamais rien ! Grâce à ce don inespéré, nous pûmes retourner chez Milk jusques à 11 heures avant de rejoindre notre client d’Antony, non pour forniquer mais pour qu’il nous donnât lui aussi cinquante euros par soutien. Nous prîmes une douche, mangeâmes un bout de brioche bio, bûmes un thé, sans complexe ; un peu de quiétude et de forces pour entamer une troisième nuit blanche le soir au cybercafé. Vers minuit, Jean-Hugues nous réinvita chez lui. De bon cœur, nous acceptâmes. Si la fois d’avant nous n’avions pas touché à la coke, là ne nous fîmes-nous pas prier ; nous avions besoin de quelque aide chimique pour passer la nuit en sa compagnie sans nous endormir. C’est le shit qui, au matin, finit par nous achever et, enfin et sans mal, nos yeux d’or se fermèrent pour ne s’éveiller que quelques heures plus tard devant Jean-Hugues qui nous prit à son tour. Nous le quittâmes vers 21h30, sans savoir où aller ni que faire mais confiant, Nordine souhaitant nous voir le lendemain, aujourd’hui donc, à Saint-Gratiencomme toujours. Il nous reste deux euros et quelques malheureux centimes que nous gardons pour le RER en espérant qu’il n’annule pas. S’il le fait, nous n’aurons là vraiment plus le choix et devrons partir. Nous verrons bien ! Le plus dur jusque là va être de tenir avec seulement six clopes et l’estomac qui, en fin de compte, se met à crier famine. Qu’il la ferme donc et attende ! Notre contrat rempli en soirée, nous le contenterons. Vers 5 heures, nous monterons à Montmartre pour contempler Paris qui se lève depuis les marches du Sacré-Cœur puis, vers 10 heures, il sera temps de siester sur une chaise inclinée du jardin des Tuileries. Parfait !


9 juin 2009

Chartres (Orléanais, France), 12h53.

C’est en gare de Chartres, tout juste arrivé sans payer, que nous redevenons vagabond. Nous ne savons pas exactement où nous rendre encore ; nous prendrons le premier TER que nous trouverons, probablement celui pour Le Mans. Quoi qu’il en soit et comme d’habitude, c’est sans grande inspiration que nous visons la côte, atlantique ou méditerranéenne. Notre cure sociale et sexuelle en capitale s’acheva avec la rencontre de Cyril, un garçon bien sympathique qui nous recueillit chez lui dans le VIe arrondissement durant trois nuits. En plus de sa naturelle générosité, nous appréciâmes particulièrement sa façon de nous prendre en levrette, sous poppers, dans une profonde fusion charnelle. Voilà un garçon que nous reverrons avec plaisir !
Mardi soir, Nordine nous paya comme convenu une chambre à Saint-Gratien. Nous lui avions concédé un prix plus qu’honnête pour notre prestation afin de rester sur Paris mais il trouva le moyen de gratter encore pour un tube de gel. À l’avenir, tel arrangement ne sera plus possible. Si nous nous prostituons par plaisir, nous n’en sommes pas dépendant. Négocier nous déplaît, surtout lorsque le prix est affiché clairement sur notre profil. Nous trouvons cela médiocre ! De même y écrivons-nous que nous jouons bareback. Il est donc inutile de nous demander d’arriver avec capotes et gel ; nous n’en avons évidemment pas, sinon quelques sachets récupérés ici et là, au sauna notamment où nous consommons trop rarement. Bref, notre deal est clair, il plaît ou pas et ce qu’il implique ne doit pas être source de discussions. La chose est écrite ! Hier soir, notre client d’Antony accepta de nous héberger. Nous étions sur le départ à midi en gare de Versailles mais le sale temps nous contraignit à rester. Il ne pouvait nous recevoir avant 21 heures cependant et nous dûmes tuer les heures, lentes, dans divers RER, profitant d’un siège pour grappiller quelques dizaines de minutes de repos entre chaque changement. Nous accusions en effet le coup d’une nuit blanche sur l’Internet, une nuit remplie de vide durant laquelle, shooté par la fatigue, nous rafraîchîmes notre site-web. Le résultat, bien qu’encore incomplet faute de temps, est assez convaincant. Nous terminerons ce travail à la première occasion. La même pensée nous harcèle toujours : qu’il serait bon de pouvoir mener notre vie avec le fric en plus ! Saurons-nous trouver quelqu’un pour nous aider ? Se présentera-t-il de lui-même ? Voilà bien, Fidèle, un problème qui moralement nous épuise.

Nevers (Nivernais, France), 23h29.

2/10. C’est la note que nous donnons à la SNCF pour sa rigueur. C’est aussi le nombre de contraventions que ses agents nous donnèrent dans deux des dix trains que nous empruntâmes aujourd’hui. Le premier nous la tendit en nous souhaitant bonne chance dans le TER du Mans à Tours. Le second, moins aimable, dans celui de Tours à Orléans. cent-trente-quatre euros en tout sont un peu exagérés mais, bon, encore faudrait-il que nous recevions leurs lettres, ce qui évidemment ne sera pas le cas. Nous sommes là allongé dans un petit cabanon en bois à la sortie de Nevers. Il est propre et sent bon le neuf. Pour cause, il est en vente au milieu d’autres. Le portail de la boutique était clos, nous hésitâmes à passer par-dessus mais nous souvînmes de notre dernière expérience en stop sur la N7 dans cette région. Il nous avait fallu vingt-cinq heures, pas moins, pour lier Nevers à Oraison. Nous préférons donc nous reposer à l’abri cette fois-ci. Demain, nous nous lèverons à 7 heures et regagnerons la gare à pattes. De là, nous essayerons d’atteindre Valence où Hubert nous récupérera. Il est temps de nous reposer quelques jours chez lui, en Ardèche, au calme, après vingt-cinq nuits de débauche et de n’importe quoi dans la capitale.


14 juin 2009

Aix-en-Provence (France), 14h05.

Il fait si chaud ! Nous attendons un TER pour Marseille. De là, nous irons, enfin, prendre notre bain à Cap d’Antibes, comme nous le souhaitions faire il y a un mois. Rien ne semble cette fois-ci décidé à l’empêcher. Un train part à l’instant mais un contrôleur l’habite. Même si nous nous foutons des contraventions, autant les éviter quand faire se peut… Ces quatre dernières nuits ardéchoises furent un réel plaisir, autant pour notre cul qui put se reposer que pour notre estomac, chouchouté par le talent culinaire d’Hubert. Désormais doit-il réapprendre le jeûne afin de laisser place à des plaisirs entrant avec malice par l’autre côté. C’est qu’il faut choisir, Fidèle, le sens de la traversée lorsque tu embarques la galère qu’est la nôtre ! Restons donc ouvert et prêt à recevoir ; quelques surprises uraniques seraient bien capables de nous tomber dessus dans les jours qui viennent.

Plage de La Garoupe (Provence, France), 20h41.

Et bien, ce bain méditerranéen, nous l’avions attendu ! Dans une crique isolée sur le sentier du littoral entre la plage de La Garoupe et la villa Eilenrock, c’est nu comme un ver que nous communiâmes avec la mer. Il fallait au moins cela pour lui avoir fait l’affront de n’être pas venu la baiser plus tôt cette année. Elle nous le rendit bien, elle était bonne, sous certains remous parfois chaude. Personne ne nous dérangea, nos effets dispersés sur les rochers ne risquaient rien. Que du bonheur ! Un nomade dans son camion à l’entrée du sentier nous donna même une cigarette pour nous encourager. Celle-là aussi, nous l’attendions depuis quatre jours. Finalement suffit-il de peu pour apprécier la vie. Nous n’en doutons pas, certes, même si dès que l’occasion se présente nous réclamons plus. N’importe ! En cet instant, le soleil disparaissant derrière la colline, nous n’y pensons pas. Le tenancier de La Joliette, un petit bar planté sur la plage, nous dit qu’il n’y avait pas de risque à dormir ici. C’est en effet loin de tout, d’Antibes comme de Juan-les-Pins. Il est donc fort probable que nous y passions la nuit. Puis, surtout, nous ne nous sentons pas de continuer la marche après tel bain. Une bouteille de Montbazillac et un peu de weed nous combleraient…


15 juin 2009

Antibes (Provence, France), 6h50.

Le gardien de nuit de la plage de La Garoupe consentit à nous laisser installer notre camp dans la partie privée, plus sûre. Couché vers minuit après une longue conversation téléphonique, nous fûmes réveillé par la Lune d’abord vers 4 heures puis par le frais matin. Les cieux sont couverts aujourd’hui mais le soleil vaincra. Le gardien de nuit remercié, une pomme suffit à nous lancer dans une marche nonchalante vers le centre d’Antibes Notre sac nous pèse, lui qui nous suit depuis janvier 2006 à travers Europe, Afrique et Amérique. Il est temps de le changer. Dès que nous en aurons les moyens, nous lui préférerons un sac marin, plus adapté à l’errance estivale. Nous sommes là dans l’attente d’un mandat ; n’en disons pas plus. Il nous faut retourner dans la cité phocéenne ; rendons-nous donc à la gare et risquons une fois encore l’amende.

Marseille (Provence, France), 13h46.

Nous attendons toujours notre mandat ; la chose se précise. Notre client ira à la Poste de Porto-Vecchiodès qu’elle ouvrira, vers 14h30, et nous enverra cent-cinquante euros pour que nous l’y rejoignions. Nous prendrons le ferry de 18 heures et arriverons à 8 heures. Indisponible avant midi, nous prendrons le temps de nous baigner dans les eaux turquoises et tempérées du sud de la Corse. Un autre ferry depuis Ajaccionous ramènera en Provence, mercredi. Voilà comment le programme fut établi par notre client et nous-même. Notre vie, répétons-le, est ainsi faite. Nous n’hésitons pas à partir pour tel épisode, si éphémère soit-il. Notre client, hier soir au téléphone, reconnut quelque originalité dans cette rencontre. Il est vrai, quand nous y pensons, que notre vie en est pleine mais il ne nous appartient pas d’en faire trop état. Pour nous attraper, la chose n’est en effet pas aisée. Il faut savoir nous sortir de notre ordinaire qui, comme tu peux le lire depuis sept ans, Fidèle, n’est véritablement pas… ordinaire. Ainsi, quand un gars de l’Internet nous propose un plan cul, se retrouve-t-il souvent déçu par notre réponse. Il peut être beau et bien monté, s’il lui manque cette originalité qui nous sied tant, il ne tirera rien de nous. Cela peut te paraître prétentieux mais il n’en est rien, au contraire. C’est sincère et simple que nous l’écrivons.


27 juin 2009

Aix-en-Provence (France), 13h03.

Que d’événements depuis le 15 !
Tout d’abord, nous n’allâmes pas en Corse tel qu’il était prévu. Notre client nous envoya bel et bien un mandat de cent-cinquante euros alors que nous attendions à Marseille mais il se rétracta par SMS, la minute d’après pour ainsi dire, nous enjoignant de considérer finalement cet argent comme un don. Nous fûmes surpris, assurément ! Si cela ne nous dérangea pas, il nous fallut comprendre la raison et nous lui répondîmes de nous appeler. Il nous trouvait trop… comment le formuler sans prétention… trop intelligent, trop original, trop unique, peut-être, pour engager ce genre de relation avec nous. Pour être franc, nombre de nos clients s’attachent à nous, certains tombent amoureux (alors dans ce cas précis cessons-nous de les voir) mais toujours après une première rencontre, évidemment. Enfin… cela nous le paraissait, évident, avant cet épisode. Bref, nous resterons sans jugement, flottant sur ce événement comme un autre atypique de notre vie.
Sans rapport aucun, une migraine pointait et nous décidâmes de passer la soirée au Med Boy et la nuit dans notre grotte interdite sur la crête de Bibémus. Conduit là-haut vers 4 heures par un client de Michel, nous ne pûmes nous lever que vers 16 heures, emprunt à de violents vertiges que nous assimilâmes à cette foutue migraine chronique. Nous redescendîmes dans le centre d’Aix à pattes y consulter notre courriel mais, toujours nauséeux, remontâmes nous coucher. Le lendemain, mercredi 17, notre état ne s’était pas amélioré. Nous pensions avoir besoin de repos et notre oncle Guy, devant passer deux jours au château, nous prit au passage. Vendredi 19, notre médecin traitant, le docteur J.-M. R., diagnostiqua une jaunisse, probablement signe d’une hépatite. Mardi 23, au CIDAG d’Aix, nous fîmes donc des analyses complètes afin de nous en assurer et hier, au même centre, alarmée par notre bilan très perturbé, le docteur D. A. nous envoya aux urgences du CHPA avec une lettre expliquant notre situation de SDF sans couverture sociale. Là, d’autres analyses furent faites tout l’après-midi et une hospitalisation fut décidée pour cause d’hépatite A aiguë. Nous sommes en observation jusques à lundi matin, minimum. Ils veulent stabiliser notre état avant de nous laisser sortir. Le docteur C. D., en charge de notre cas, qui veut aussi nous faire passer une échographie, nous dit à l’instant qu’il faudra compter trois mois pour un rétablissement complet. À nous désormais de trouver un lieu de convalescence adapté. Nous ne prendrons plus de client, au moins jusques à fin septembre. Quant à nos potes de cul, il y a peu de chances que nous les voyions aussi. Nous passâmes cependant la matinée à les prévenir par SMS. Même si c’est une hépatite alimentaire, probablement due à l’ingestion d’une eau douteuse, nous préférons être clair là-dessus avec nos partenaires. Nous sommes las, notre tension est faible, notre foie perturbé, notre pisse chargée et notre cul se sent seul. Si nos jeux nous sont proscrits pour un certains temps, il nous faudra trouver une alternative pour habiller notre ennui et remplir notre porte-fric.


12 juillet 2009

Le Tholonet (Provence, France), 16h16.

Notre envie d’écrire depuis deux semaines est au moins aussi lâche que notre tension. Avant hier, nous fîmes d’autres analyses médicales au CIDAG d’LAix-en-Provence. L’infirmière qui nous ôta cinq tubes à essai de sang était complètement shootée. Nous ne savons pas ce qu’elle avait prit avant mais, en plus de nous charcuter trois veines sur deux bras, elle laissa notre sang gicler sur le fauteuil et sur ses mains. Son incompétence se signait au bout de ses talons hauts, sur lesquels elle avait bien du mal à déambuler. Elle réussit à remplir trois tubes correctement, en gâcha deux et ne nous garantit rien pour les deux derniers, plus spécifiques. Elle poussa la plaisanterie en concluant ainsi : « Au moins, vous vous souviendrez de moi ! » Nous devrons peut-être nous faire à nouveau percer jeudi lors de notre visite post-hospitalisation avec le docteur C. D.. Côté sérologie, notre dernier rapport datant du 6 juin avec Cyril, nous serons également fixé jeudi. Pour l’heure, nous nous reposons chez Nanou au Tholonet, sans doute jusques au 20. Ensuite, et bien… Nous ne savons pas encore. Nous n’eûmes pas le temps courage de nous renseigner sur un endroit où passer cette convalescence.C’est dans des moments comme celui-ci qu’un manoir napoléonien dans le Morbihan nous serait utile (sans oublier le confort financier qui irait avec) ! Autant nous contentons-nous du strict minimum lors de nos errances vagabondes, autant dans présente situation reconnaissons-nous notre état comme pesant et nous sentons-nous incroyablement dépendant. Nous détestons cela ! Le choix nous étant proscrit – est-ce apodictique ? –, profitons de ces jours de repos pour tanner notre peau au bord de la piscine et restons confiant.


3 août 2009

Aix-en-Provence (France), 19h57.

Nous passerons la nuit sur la crête de Bibémus puis reprendrons la route demain pour la côte atlantique. Les derniers événements de notre vie ne sont, en eux-mêmes, guère excitants. Nos problèmes de santé, sinon de nous rendre plus prudent maintenant que nous sommes sûr que nos résultats d’examen sont tous négatifs, eurent toutefois le mérite, dans le confinement familial, de nous soustraire quelque temps à tout environnement décadent que, depuis le mois de janvier et cette envie, perverse mais réfléchie, nous nous efforçons de créer, sans trop de mal, au risque de nous attirer certains désagréments. Il est drôle, limite mesquin pour certains autres, de noter que c’est notre mode de vie vagabond qui nous cloua sur un lit d’hôpital puis dans le repos et non le fait de nous être fait sauter bareback pendant six mois. Nous aurions pu attraper nombre d’infections plus sérieuses mais, non !, il n’en fut rien et l’heure est venue de nous questionner. Notre corps, de toute évidence, est fatigué par tant de péripéties. S’il supporte avec plaisir le doux va-et-vient d’une queue, le manque de confort et une alimentation hasardeuse, à la longue, l’abîment plus que nous le voudrions. Le voulons-nous déjà ? Notre esprit, quant à lui, depuis l’Afrique, n’attend toujours qu’un renouveau pour s’épanouir. Ainsi, ces derniers jours, eûmes-nous tout le loisir de songer, songer, songer… sans pour autant trouver une solution.


12 août 2009

TGV … pour Paris (Maine-et-Perche, France), 13h28.

La côte atlantique n’aura finalement pas figuré dans notre itinéraire de départ ; nous quittons Château-du-Loir. Maxime y voulait acheter une maison et nous devions l’aider à la restaurer mais, aucun assainissement n’étant possible à moins d’engager de trop imposants travaux, il décida d’en chercher une autre ailleurs. Nous resterons donc quelques jours chez lui à Paris et sommes là dans le TGV pour nous y rendre. Nous ne risquons pas cette fois-ci l’amende puisque la place nous est payée. Lorsque nous montâmes en capitale depuis Marseille, vendredi, un contrôleur nous en colla une de cent-cinquante-trois euros. Nous étions assis dans un club 4, un vieux monsieur à la moustache entretenue occupait la place d’en face. Le voyant gêné pour nous et le contrôleur parti, nous risquâmes un mot de détente.

Nous . Ne vous en faites pas, je les collectionne…

Notre explication ne semblait pas le convaincre. Pour toute preuve au sans-souci, nous déchirâmes le papier vert en deux et l’enfonçâmes dans le creux de notre poche. Interloqué, sans doute par notre insouciante jeunesse, lui qui toute sa vie avait dû se conformer, s’aplatir devant l’uniforme, n’appréhenda guère ce geste, banal, dix et dix autres fois répété ces derniers mois.

Nous . … mais celle-ci, je l’ai déjà !

Cela nous parut suffisamment évident et conclusif. Nous n’avions de toute manière pas envie d’entrer dans le détail. Sur place, nous visitâmes Starbucks puis Milk deux bonnes heures avant de gagner Maxime à la gare Montparnasse. Nous fîmes avec lui une escale au Mans pour la nuit et ce fut à Château-du-Loir, le surlendemain, qu’enfin nous retrouvâmes de quoi fumer, boire et baiser après plus de deux longs mois d’abstinence et de sagesse (forcées par la maladie). Aujourd’hui, nous ne pouvons toujours pas recevoir les plaisirs qui nous caractérisent puisque nous ne sommes pas tout à fait remis mais redécouvrons ceux de l’actif que rarement nous sommes. Ne le pouvant être avec le client, nos finances stagnent. Laissons venir la chose.


4 septembre 2009

TGV pour Marseille (France), 11h05.

Nous pensons à quelque mot d’esprit pour le contrôleur mais l’inspiration nous manque, sans doute envolée dans cette belle fumée blanche d’hier soir ou encore endormie à l’appartement ; cette amende sera sans éloquence, c’est à craindre ! Nous rentrons en Provence une dizaine de jours avant de revenir en capitale pour nous y installer quelques mois. C’est une histoire somme toute assez surprenante que nous vivons depuis quatre semaines. Laisse-nous te la raconter, Fidèle. Si notre mémoire ne nous trahit pas, nous étions au château, un soir, lorsque nous reçûmes le SMS bien urbain d’un garçon qui souhaitait, après la lecture de notre carnet, entretenir une conversation afin de nous mieux connaître. Il s’appelait Maxime et habitait Paris. Il n’était pas le seul inconnu à nous avoir contacté ainsi mais son message fort long nous intrigua et nous décidâmes de lui laisser sa chance en lui répondant avec la même politesse, soulignant toutefois que le manque de crédit allait couper court à cet entretien ; il le rechargea et nous pûmes apprendre au fil des jours à mieux cerner ses intentions. Elles nous parurent sincères ; il ne voyait pas en nous la pute ou le vagabond mais le délicieux amalgame de tant de complexité et cela nous rassura. Nous n’aimons pas les catalogues. S’il nous est impossible de nous définir, pourquoi donc accepter que d’autres le fassent pour nous ? Les jours passèrent, malades et las, quand il nous proposa de le rejoindre dans le Maine-et-Perche afin de l’aider à retaper une vieille bicoque qu’il souhaitait acquérir. Il connaissait notre condition et notre état. Nous ne voulions pas retourner errer de villes en villages, de campagnes en côtes et vîmes dans cette idée incongrue (il ne nous connaissait après tout pas…) l’occasion de nous poser en nous engageant dans un projet qui promettait d’être intéressant. Le 7 juillet, nous prîmes donc le TGV et le rejoignîmes au Mans. Le lendemain, nous étions dans sa future maison, à Château-du-Loir. Les quatre jours qui suivirent, nous les occupâmes tous deux avec défrichage du jardin, alcool et baise sur le plancher semi pourri de l’étage. Nous commencions à avoir nos habitudes quand un expert en assainissement nous apprit qu’il n’en était aucun de vraiment viable. Maxime décida alors d’abandonner le projet en rompant le compromis de vente et nous rentrâmes à Paris avec lui. Il habitait un appartement d’une trentaine de mètres-carrés au 131 boulevard Ney, dans le XVIIIe arrondissement, et nous proposa d’y rester quelques jours avant de repartir. Nous ne savions pas où aller et devions réfléchir à une suite. Paris est une ville où depuis six mois nous essayons de pérenniser, avec parfois quelque mal, sans toutefois dépasser les dix ou quinze jours. Maxime, lui, voulait la quitter et retrouva son projet initial : partir vivre quelques mois en Nouvelle Calédonie, tout en gardant son appartement parisien. C’est à ce moment-là que les choses changèrent pour nous. La solution que nous attendions nous tomba dessus. C’est donc chez lui, avec ses deux jeunes chattes, qu’un renouveau décorera notre théâtre dans les mois à venir. Après quatre ans sac sur le dos et à pattes, nous eûmes besoin de quelques jours de réflexion avant d’accepter ce troc improbable avec une joie immense, que hélas nous sommes toujours incapable de figurer. Néanmoins, intérieurement, nous jouissons cet état et notre cœur reconnaissant partage ce plaisir avec foie et cul trop heureux à l’idée de retrouver leur niveau de vie aixois, piétiné dernièrement sur les chemins d’Europe, d’Afrique et d’Amérique.


17 septembre 2009

Paris (Île-de-France, France), 16h13.

Il n’est pas rare dans notre parcours que l’automne apporte avec lui de nouveaux horizons. Ainsi, le 1er octobre serons-nous installé dans l'appartement de Maxime. Aujourd’hui est un jour frais et sombre. Cinq bambins jouent autour d’un pigeon mort, criant à qui veut l’entendre qu’il dort, simplement, invitant les passants nonchalants du jardin du Palais Royal à réfléchir quant à leurs préoccupations trop familières qui bousculent la sérénité d’une vie formelle. Les gens savent-ils sourire à Paris ? Raisonnablement, le champagne aère notre analyse. Nous avions du shopping à faire cet après-midi mais une flemme entretenue depuis un mois nous supplie de la ménager. Il s’agit pourtant de re-matérialiser notre vie, épurée de tout confort depuis quatre ans. Nous n’avons plus rien, ni vêtements ni accessoires, pour nous accompagner dans la mondanité. Car nous ferons en sorte de plonger dedans, évidemment ! Encore quelques jours et notre cul pourra nous aider dans cette tâche. Pour l’heure, c’est avec l’argent de l’état que nous boutiquons et cela n’est pas suffisant ; l’argent file vite mais nous nous attachons à ce qu’il file bien. Nous devrons également nous re-socialiser. Pour cela, nous trouverons un emploi à mi-temps dans un endroit que pour le moment nous avons du mal à imaginer. Nous ne le voulons ni médiocre, ni facile, ni même accessible. Il lui faut orchestrer ce que nous sommes et ce que nous voulons être à la fois. Ce ne sera pas évident, nous en sommes conscient. Nous devrons enfin éditer nos carnets. Tant de charges en pensée nous épuisent déjà ! Allons donc boutiquer.


20 septembre 2009

Paris (Île-de-France, France), 17h04.

Vers 15 heures, nous déjeunâmes au Café du Théâtre dans le jardin du Palais Royal ; nous avions besoin d’évasion. Depuis trois jours, Maxime fait la gueule et agit comme si nous le dérangions. Nous le savons angoissé par son départ à l’aventure mais sentons autre chose et nous demandons si finalement il ne va pas se lâchement rétracter quant à sa proposition d’occuper son appartement durant sa longue absence. Hier, il revint déjà sur les termes de l’accord qu’il avait lui-même formulés les premiers jours de cette cohabitation parisienne en nous demandant de participer aux factures de l’Internet et à l’assurance habitation avec un ton sans équivoque. Nous lui avions dit que quand nous le pourrions nous prendrions en charge celle de l’électricité, ce qui nous paraissait normal. Pour le reste, il nous avait certifié que de toute manière il comptait laisser les abonnements courir. Nous nous attendons à ce qu’il nous le sous-loue à ce train… Avant-hier, il nous reprocha même de ne pas chercher de boulot, prétextant qu’il ne frapperait pas à notre porte. Nous le calmâmes en lui rappelant qu’elle n’était pas encore nôtre, cette foutue porte, et qu’il était bien inutile de chercher quoi que ce fût avant son départ. Nous ne savons pas comment son cerveau fonctionne mais tout n’y semble pas clair. Il nous paraît évident, à nous, que pour le moment, à dix jours de son départ et vu son récent comportement, rien n’est certain. Les homos – les Hommes d’une manière générale – manquent tellement de constance que nous ne nous sentirons chez nous qu’une fois lui dans l’avion. Et encore… Nous ne serons jamais véritablement chez nous dans cet appartement, nous dépendrons toujours de son désir à lui de rester là-bas ou pas, de continuer à payer le loyer ou pas, etc. Cela sans compter les innombrables lubies dues aux inconstances susnommées. Ne nous faisons donc aucune illusion !


21 septembre 2009

Paris (Île-de-France, France), 10h22.

Alors que nous écrivions notre article, hier sur le lit mezzanine, Maxime regardait la télévision, affichant toujours son plus grave air d’enterrement et n’ayant décroché mot depuis notre retour de promenade. Nous finîmes par immanquablement nous endormir. À notre réveil, vers 21h30, il était parti pour ne rentrer que vers 1 heure avec cette phrase sortie d’une mauvaise série B : « Demain, il faut qu’on parle ! » Il lui avait fallu trois jours d’intense mornitude pour nous dire cela, mais juste cela. Nous n’allions pas le laisser s’en tirer aussi facilement. Il prétexta qu’il était fatigué et qu’il n’avait pas la tête à en dire davantage mais, avec esprit, nous apprîmes la raison de cette idiote mise en scène de collégienne. Ses amis lui avaient mis dans la tête que nous le faisions passer pour une salope dans notre billet du 4 septembre. Tout ça pour ça ! Nous n’en revenons toujours pas. Lorsque nous écrivîmes notre rencontre avec lui, nous racontâmes effectivement avoir couché ensemble à Château-du-Loirmais cela nous prit une ligne et s’inscrivait dans une quasi louange de la chance que nous avions eue de rencontrer quelqu’un d’aussi généreux et sympathique. Comment peuvent-ils penser cela, ces nuisibles ? Pourquoi nos amis à nous trouvent en la personne de Maxime, qu’ils ne connaissent pas, un cas rare d’altruisme et de gentillesse ? C’est incompréhensible, à croire que cette comédie ridicule n’est qu’un autre prétexte pour lâchement se rétracter, comme nous le pensions hier, car il se fait bourrer le mou par ses pseudo potes. Et nous de subir une fois de plus le coup du destin, ou plutôt celui de la médiocrité des Hommes ! Préparons en esprit nos effets pour un énième départ et attendons qu’il se lève ; nous en saurons peut-être davantage.

14h29.

Et bien, la chose se révèle n’être en définitive pas bien glorieuse ! Il dormait sur le canapé, n’ayant pas voulu au soir monter se coucher dans le lit, recroquevillé tel un fœtus dans le ventre de sa maman. Nous savions où la discussion mènerait, tant est qu’elle advienne, et nous levâmes, prîmes notre douche, faisant fis du dérangement occasionné. Après tout voulait-il parler au matin ! Nous n’espérions pas pour être franc une conversation entre adultes mais une explication, plausible, à son caca nerveux. Imagine la scène, Fidèle. Notre café était prêt, nous lui demandâmes s’il voulait nous parler maintenant ou attendre d’être pleinement réveillé. Sans réponse, nous montâmes écrire notre article, clope au bec, en attendant le bon-vouloir de Sa Majesté des Mouches. Son masque de gentil garçon tombé, nous avions dans la nuit décidé de partir, refusant de prostituer notre esprit à quelque proposition que ce fût. N’était-ce pas lui après tout qui était venu nous chercher ? Nous voulions cependant une réponse ! Si nous avions fait quelque chose de mal, nous voulions nous corriger, non pour lui car il s’inscrivait désormais dans une anecdote révolue mais pour nous-même. Après un long moment de réflexion, il prit enfin son courage à deux mains :

Maxime . C’est pas toi qui vas garder les chattes.

Nous le savions, cela, et attendions plus. Nous descendîmes et une discussion de merde s’en suivit. Il n’avait aucun argument. Celui qu’il nous avait fourni ne tenant pas (même lui s’en était rendu compte), il en inventa un autre : « J’ai peur que tu amènes des clients ici. » Il savait, comme tout le monde, y compris nos clients, que jamais nous ne les traînions chez nous, préférant le mystère d’une rencontre à l’hôtel ou chez eux, y gagnant plus aussi. Le regard fuyant, une clope se consumant pour emplir son corps frêle d’hypocrite, son explication était pourrie, encore une fois. Mais il tint bon et n’en lâcha aucune autre. Soit ! Nous espérions plus de maturité mais il n’en fut rien. Calmement, nous préparâmes nos affaires. La journée étant bien avancée, il nous était difficile de partir ainsi. Il tenait à cela aussi. Nous le poussâmes un peu, affirmant rester une nuit de plus, ce que, convenu, nous avions décidé de ne pas faire. Il fit le plus vulgaire, nous tendre quarante euros pour passer la nuit à l’hôtel, il ne voulait pas nous supporter une journée de plus, il n’en avait pas la force. Il puait la faiblesse, la duperie. Il se savait dans son tort, nous l’espérions, autrement cela aurait signifié qu’il était pire que ce qu’il montrait à ce moment-là : simplement bête et méchant. Et encore… Il ne savait être méchant, aucun rôle n’était crédible quand il l’enfilait. Peut-être un seul… Le qualificatif employé par ses amis qui déclencha tout ceci était-il fondé ? Nous refusâmes l’argent, cela va de soit. À chacune de nos phrases, plus de simples réflexions pour nous-même, il répondait avec ce que nous entendions lorsque nous étions au collège. Tu sais, Fidèle, ces petites ridicules fièrement balancées, le visage relevé, pour se gonfler de vide ? Et bien voilà, il en était arrivé là. Il ne savait que dire alors, pour sa défense, agissait comme si nous lui avions fait la pire des crasses. Comment, Diable !, aurions-nous pu faire telle chose ? Nous lui étions reconnaissant, nous sommes honnête, éduqué. Nous l’avions intégré dans notre cercle de confiance. Choisissait-il ses amis en fonction de leur médiocrité ? Nous avions également emprunté l’un de ses disques durs externes pour monter les documents (musique, films, photos, etc.) de notre ordinateur au château. Nous avions travaillé dessus, il le savait. Nous le prîmes et lui dîmes que nous viendrions le remettre à sa concierge une fois vidé chez nos parents. Naturellement, il ne voyait pas la chose de la même manière et ce petit excité s’emballa avec injures et menaces. Soit, à quoi aurait servi de lui coller notre point sur la tronche, sinon l’abîmer davantage. Avec raison, nous le laissâmes le reprendre, lui qui nous assura préférer le casser plutôt que nous le laisser emprunter. Ri-di-cu-le, la caricature d’opérette ! Il nous rappelait notre connard propriétaire à Aix-en-Provence, ce Monsieur Viriot dont nous parlons dans Snob et hystéro-éthylique, l’un de ces êtres si lâches, si fades, qu’ils en sont incapables de raison. Nous lui prîmes des mains en fin de compte pour le vider depuis son ordinateur, perdant les données auxquelles nous tenions ; tant pis. Nous abaisser à ses manœuvres débiles ne nous aurait avancé à rien. Puis nous partîmes, nonchalamment comme à notre habitude. Qu’aurions-nous pu faire ? Son esprit embobiné pouvait-il même appréhender les notions de déférence et de noblesse ? Il n’oublia pas de préciser, au passage, que si ses pneus de scooter étaient crevés, il savait de qui cela venait. Que de bassesses inutiles, franchement ! De nature, nous sommes plus enclin à faire la bise sans rancune en partant mais il choisit de s’enterrer avec ses propos dans une absurdité désespérante. Et si, en tout état de cause, il avait eu peur que l’on découvre qu’il était bel et bien une salope ?! N’aurait-il pas mieux fait ? Le voulait-il ? Ressembler à l’une des gentilles salopes de ses séries B était-il un enjeu pour lui ? Raté, Maxime est simplement un baltringue qui fume trop de shit. Nous pensions avoir affaire à quelqu’un d’intelligent, nous nous trompions. En trois jours, il modifia son comportement du tout ou tout, prouvant que la seule résolution qui l’habitait était celle de la bêtise. Nous en payons le prix, qui n’est même pas une désillusion mais plus une occasion manquée. Il y en aura d’autres, nous n’en doutons pas. Notre naturelle confiance n’est pas touchée par tout ceci. Trop de bruit pour rien. Au final, cette histoire est à mourir de rire et nous rappelle que ce que nous vivons depuis quelques mois n’est qu’une pâle copie de ce que nous vécûmes déjà par le passé. Les gens changent, il est vrai, mais ne sont qu’un paramètre. Ces situations ne nous distraient plus, elles ne nous lassent plus. Elles sont, c’est tout, et la seule chose à faire est de les ajouter à une liste déjà bien longue de fabliaux mal récités.


28 septembre 2009

Aix-en-Provence (France), 19h03.

Seul sur le quai A de la gare SNCF, il nous est difficile de ne pas glorifier notre état qui, dans un contexte perturbé par des rencontres imbéciles, elles-mêmes objets de notre destin, nous évoque un sentiment d’accompli. Nos maux de tête chroniques s’amplifièrent il y a une dizaine de jours alors que nous étions toujours dans l’expectative d’un nid où nous percher, solitaire et quelques mois. Il apparut que tel n’était pas l’image que nous devions laisser et nous retrouvâmes le château, accueillant. Ce matin, à notre réveil, une grosseur inconnue poussait sous notre scalp, comme si notre esprit, à l’étroit dans ce corps trop mortel, voulait s’en échapper. S’il y parvient, emportant avec lui le Chaos, ce sera la confirmation que notre choix de vie aura été le bon, nous refusant de nous compromettre dans le conformisme imposé malgré elle à la masse. Nous n’avons d’ailleurs pas besoin de cette preuve pour nous inspirer mais si la mort de notre condition doit s’exprimer pour occuper une place, quelle qu’elle soit, dans la sagesse collective de l’humanité, nous nous plierons à sa volonté. Avons-nous le choix ? Peut-on même parler de choix avec le destin ? Nous y reviendrons. Ce que tu fais de ta vie, Fidèle, n’a aucune importance. Toute construction est vouée à la destruction, à l’oubli. Elle meurt avec ou après son architecte ; elle meurt. Ce qui importe est celui que tu deviens. Peu le comprennent. Beaucoup partent avec le sentiment d’avoir été utile sans finalement jamais n’avoir simplement été. La chose ne nous attriste pas, ni ne nous libère. C’est un constat. Nous sommes. Ni ceci, ni cela, nous sommes, simplement, et ce que nous sommes devenu nous convient.


3 novembre 2009

Aix-en-Provence (France), 17h35.

Cela ne fera peut-être pas disparaître nos maux de crâne mais une infirmière du CIDAG d’Aix-en-Provence vient de nous injecter une dose conséquente d’Extencilline 2,4MUI dans la fesse droite pour nous guérir d’une vérole, vraisemblablement attrapée à Paris avec ce baltringue de Maxime puisqu’il fut notre dernier plan et que nous étions parfaitement sain avant de le rencontrer – avec tous les tests que nous faisons depuis fin juin, aucun doute possible sur ce dernier point, les dates correspondent. Exilé dans le Pacifique, nous ne pourrons le lui annoncer de vive voix ; un mail devra donc suffire : « Tu as la syphilis, fais-toi soigner ! » Restons simple et sans jugement, pas sûr qu’il comprenne.


8 novembre 2009

Aix-en-Provence (France), 17h05.

Nous écoutâmes beaucoup nos absences de ces dernières semaines afin de décider du devenir de notre condition. Il nous apparut comme une évidence que nous devions tout d’abord arrêter quelques semaines de nous prostituer. En effet, l’ayant pratiquée pour rendre plus distrayantes nos relations (sexuelles et humaines) et n’y trouvant plus de plaisir, il était inutile de persévérer dans cette voie. Déjà à Paris, alors que nous étions chez Maxime, sans grande conviction quant à notre rôle d’actif, nous y pensions. Lui, en nous ouvrant son cul, nous occupa un temps mais, sur les derniers jours, l’envie n’y était plus. Nous nous demandons maintenant si nous aurions dû nous forcer afin de garder l’appartement. Ah ! N’y pensons plus, nous en aurions de toute manière été incapable et, selon nous, c’est dans son esprit qu’il manque quelque chose, certainement pas dans son cul. Notons seulement que le sexe cessa alors de jouer le rôle de bouffon que nous lui imposions depuis janvier. Pourquoi faut-il toujours que nous épuisions jusques au dégoût les idées qui nous viennent ? C’est que, à force, nous n’en trouvons plus de suffisamment nouvelles pour éveiller en notre sein quelque curiosité. C’est gênant, Fidèle. Oui, gênant ! Puis, la chose est vaine. Nous ne gagnons par ces expériences que toujours plus d’antipathie vis-à-vis des gens, ces gens que nous trouvons soit trop médiocres, soit trop peu évolués. En regardant cette semaine un documentaire sur la chasse à la baleine dans les fjords islandais, prochainement ré-autorisée pour sauver la pitoyable économie d’une société bouffée par l’égoïsme et le manque de sagesse, nous repensâmes à nos envies d’éco-radicalisme. Faut-il les satisfaire elles aussi ? Puisque l’Homme réclame de magistrales baffes pour comprendre certaines choses qui pour nous (nous n’osons écrire « nous seul »…) sont manifestes, quelle raison pourrait bien nous en empêcher ?! Ne soyons pas trop moraliste. Il s’agit avant tout, répétons-le, de nous distraire. Ce serait excitant, atypique et pour le moins inédit : quelques ingrédients qui surent jusques à aujourd’hui donner à notre quotidien ce goût d’aventure que nous recherchons tant. Ce penchant pour le non-encore-vécu ruinera probablement un jour notre peu d’enthousiasme à toute chose mais que faire ? C’est un problème tautologique !


16 novembre 2009

Nantes (Armorique, France), 22h47.

En quittant le château, samedi midi, nous ressentîmes le besoin presque impérial d’aller fumer une cigarette (sinon mieux !) sur les berges du lac Léman. Nous fîmes donc du stop jusques à Marseille dans l’espoir de rapidement trouver un train pour Lyon. Notre esprit évadé pour quelque lieu magique où les préoccupations humaines n’occupent qu’une place secondaire, une fois en gare Saint-Charles, nous regardâmes l’écran des départs et y vîmes « Lyon » inscrit devant un horaire tout à fait acceptable. Nous savions arriver dans l’ancienne capitale des Gaules en pleine nuit et fort probablement sous la flotte mais cette nouvelle aventure nous enchantait alors que nous ne nous étions plus vraiment promené depuis cinq mois. Nous montâmes dans le TGV, libre et sain, les écouteurs dans les oreilles, prêt à terminer Le crépuscule des tsars*. Une fois en gare d’Avignon, le TGV reprenant sa folle course, entre deux morceaux de The XX, nous entendîmes la chef de bord de sa douce voix annoncer la bienvenue aux nouveaux passagers et la destination finale pour Paris. Bêtement, sur l’écran des départs à Marseille, nous n’avions pas vu que « Lyon » suivait « Paris gare de ». Tant pis pour la cigarette, ce train était désormais direct. Arrivé en capitale vers 21 heures, nous passâmes la nuit chez Milk.
Le lendemain midi, nous visitâmes Philippe pour converser de choses et d’autres et prendre un bain à la grenadine dans lequel nous pûmes sans trop de mal après une nuit blanche sur un clavier défoncé par l’acharnement des populeux qui hantent le cybercafé susnommé, somnoler sous un coussin de mousse légère et parfumée. Nous dûmes en sortir, les doigts fripés à poing, car Vladimir nous invitait chez lui à Nantes et qu’un train nous attendait pour 18h45, train qu’évidemment nous manquâmes à cause des bouchons parisiens, surprenants un dimanche soir. Un autre, heureusement, s’annonçait-il à 20 heures. Affranchi d’un soir, la chef de bord, bonne âme compatissante, ne voulut pas nous verbaliser lorsqu’elle nous trouva sans billet dans un sas entre deux wagons de première classe. Le TGV était bondé mais se vida à Angers et nous pûmes, une petite demi-heure, nous assoupir sur notre bouquin interminable. À 22 heures, nous étions enfin dans l’ancienne capitale armoricaine ; au final, même dans nos étourdissements, c’est dans l’histoire que nous devons évoluer. Nous sommes là planté au Petit Marais, un bar du centre-ville nantais. Le 19, nous redescendrons au château puis à Aix-en-Provence pour la Sainte-Cécile et les olivades. Il y aura ensuite Noël, puis le jour de l’an et cela fera un an que nous aurons entrepris la rédaction du carnet d’un chat pute et vagabond, pseudo débauché, jamais satisfait, ataraxique et marmoréen lorsqu’il s’agit de ses relations. Nous voudrions le prochain mieux rangé.


29 novembre 2009

Le Tholonet (Provence, France), 00h24.

Passant ces temps-ci nos journées dans les oliviers, il nous faut certains soirs de quoi nous oublier. Ainsi, régulièrement, visitons-nous le Med Boy. Mardi, nous pûmes apprécier en fin de soirée, ou plutôt en tout début de matinée, alors que les derniers rescapés de la nuit s’apprêtaient à quitter, un épisode caractéristique du monde homo dans lequel nous aimons tant et encore, avec surprise, nous immerger. Pour résumer, deux colocataires y vinrent boire quelques bières. Un client s’enticha du premier, un Anglais pinté qui n’osait dire non, et voulut partir avec lui. Le second, jaloux sans trop l’avouer, prétexta un problème de clefs. Le client, le premier et lui entamèrent alors de pathétiques tractations pendant plus de deux heures, délaissant un quatrième, étasunien, qui avait lui aussi auparavant jeté son dévolu sur l’Anglais. Tout cela pour un morceau de viande trop alcoolisé ; il fallait vraiment être affamé ! Michel nous reconduisit sur Le Tholonet vers 6 heures. Impossible de taire notre fou rire durant le trajet. Les homos nous pouvaient-ils encore servir à quelque chose ?
Nous y retournâmes jeudi pour nous en assurer. Le bar était plein, l’ambiance jeune et chaude. Nous commandâmes une Despe, puis une autre et, pendant que deux jeunes mignons dansaient entre les clients sur un Mika déchaîné, las de ce théâtre que nous connaissions pour y avoir déjà tenu un rôle important quelques années plus tôt, nous descendîmes faire un billard. Trois clients plus âgés s’y essayaient entre verres de vin rouge et joints. Ils nous invitèrent à partager leur jeu, nous acceptâmes avec délice, l’envie de fumer n’y étant pas pour peu. La salle voûtée finit par se remplir, de même que notre foie à saturer. N’écoutant ni raison, ni sommeil, alors que les trois rentraient chez eux, nous restâmes faire une partie avec l’Étasunien de mardi qui, à n’en pas douter, attendait plus de notre part. Nous aurions pu le libérer de cette illusion mais nous faire courtiser est une des rares choses dont, étrangement, nous ne nous lassons pas. Cela dit, est aussi rare celui ou celle qui parvient à nous intéresser. Il aurait cependant dû persévérer, le pauvre… Non qu’il nous attirait particulièrement mais nous étions pinté. Peut-être aurait-il reçu un baiser ; va savoir, Fidèle ! Hélas pour lui, l’un des deux jeunes mignons fans de pop britannique, le plus blond, le plus en chaleur, vint se trémousser sur notre cul alors que nous tentions de mettre une boule dans un trou. Oubliant billard, Étasunien, Despe, toute retenue ou constance, nous l’embrassâmes pour finir torse nu sur ses genoux dans un fauteuil de la salle vidéo. Nous passâmes derrière un paravent de tissu et de bois, nous défroquâmes tous deux ; il nous faisait envie. Pas assez, sembla-t-il, lorsqu’après une bonne vingtaine de minutes entre caresses et léchages en tous endroits, il apparut évident que nous ne pouvions pas le prendre. Notre corps s’y refusait. Était-ce la fatigue accumulée, les alcools, le shit, la crainte de n’être pas encore tout à fait sain, l’ennui, l’âge peut-être… ? Impossible de le dire ! Lui bandait, nous pas. Il nous laissa avec peine, forcément. Tout le monde était parti et Michel nous attendait pour fermer. Il proposa de nous reconduire mais nous avions besoin d’air et conclûmes que rentrer à pattes nous ferait grand bien. Il était 3h25. De la musique dans les oreilles, sans trop penser à quoi que ce fût, pas même au chemin de retour, nous quittâmes le centre-ville. Cela nous mena dans les collines de Bibémus, loin, bien loin de notre lit que nous gagnâmes finalement à 6 heures, sans véritablement savoir comment. C’est triste à écrire mais nous vieillissons !


6 décembre 2009

Aix-en-Provence (France), 21h48.

C’est la Saint-Nicolas, fêtons-la dignement ! Vers 23 heures, nous irons nous pinter au Med Boy puis peut-être au New Cancan avec Niko mais pour l’heure, seul, contentons-nous d’une coupette à La Rotonde. Les olivades s’achèvent lentement ; encore un champ et nous serons libre de continuer notre chemin jusques à Noël que nous passerons en famille au château. Pour la nuit du Nouvel An, nous aimerions partager un moment de folle et gay décadence avec Vladimir. La chose se fera s’il le peut. Nous n’avons pas l’habitude de nous projeter, faute de certitude matérielle mais, en cette soirée de toute candeur éthylique, il nous plaît de nous complaire dans cet exercice. Ainsi, début janvier, lorsque notre foie aura récupéré, irons-nous protéger nos derniers écrits à la Société des gens de lettres, même si, de toute évidence, nous ne les proposerons à personne. Il nous faudra ensuite demander quelque aide pour une éventuelle installation, bien que la chose soit improbable. En parallèle, pied-à-terre ou pas (cela ne change rien !), nous renouvellerons notre passeport afin d’engager un nouveau psycho-trip si l’envie nous tente. Nous voulons nous sentir libre de voyager où bon nous semble et devons avouer que cela nous manque depuis plus d’un an.
Le lieu fait la consommation. Chez Michel, nous nous sentons invité à prendre de la Despe, rarement du champagne, s’il est offert par quelque généreux client. À La Rotonde, alors que l’ambiance feutrée pourpre s’impose au milieu des illuminations municipales de Noël, nous ne voyons rien d’autre qu’un Moët rosé pour la compléter. Le Bloody Mary pourrait tenir le rôle mais se joue davantage l’après-midi, en terrasse, sous ce soleil de Provence qui se cache ces jours-ci. Étreint contre un corps maculé de sublime, notre esprit s’évadant dans l’oubli d’un regard jupitérien, nous serions comblé. Laissons cela, la minute n’est pas au fantasme mais aux projets. Tout est dit en fait ! Recommandons une coupe et quelques toasts de foie gras.


12 décembre 2009

Le Tholonet (Provence, France), 00h43.

À 5 heures, dimanche dernier, après moult déambulations dans les rues de Marseille, nous franchîmes enfin les innombrables marches qui mènent le boulevard d’Athènes à la gare Saint-Charles. Nous avions achevé notre Saint-Nicolas au New Cancan avec Niko, trouvant un chauffeur pour nous y conduire depuis le Med Boy vers 1h30. Ils partirent avant nous, trop englué au dancefloor. Nous voulions rentrer en TER et l’un d’eux se présenta ; nous y montâmes, défoncé, avec la ferme intention de tendre notre ID pour seul titre de transport. C’était sans compter sur un jeune assermenté trop zélé qui nous embruma cette fin de nuit. Avant que le train ne démarre, il vint nous contrôler. Nous lui expliquâmes, éméché mais correct, que nous sortions de boîte, étions fatigué, voulions rentrer nous reposer à Aix au plus vite et n’avions pas voulu perdre de temps au guichet. D’un air dégoûtant d’aigreur, il nous dit qu’il ne pouvait pas nous verbaliser à l’arrêt et que nous devions descendre du train, quittant la gare cinq minutes plus tard. Nous insistâmes, blaguant sur notre état et l’image que nous rendions mais il ne voulut rien savoir sinon que si nous avions dix euros, dans ce cas… Il nous restait de la soirée un billet de cinquante euros. Nous le lui donnâmes, enfin débarrassé de cet encombrant. Il le prit, le rangea dans sa poche, remplit une amende de trente-cinq euros avec monnaie, qu’il n’avait pas, à récupérer en gare d’Aix-en-Provence et partit. Nous attendions quarante euros et, sur le coup, ne réagîmes pas. Lorsque nous réalisâmes, il était sur le quai et rejoignait l’avant du train. Nous le suivîmes et l’interpellâmes devant la cabine du conducteur. Cette affaire commençait à nous dégriser. Il voulut quitter le compartiment. Nous l’en empêchâmes, faute d’explication, avec le sentiment de nous faire enculer à sec par un mec véreux. Le bousculant car il essayait de passer, il nous laissa entendre qu’il était assermenté, nous seulement bien alcoolisé et que de toute manière, c’était lui qui avait toute raison si nous déposions plainte.

Nous . Évidemment que je sens l’alcool, j’ai passé la nuit en boîte. Je dois même sentir la cigarette et en cherchant bien, un peu le sexe aussi. Cela ne vous donne pas autorité sur moi. Vous m’aviez demandé dix euros. Je pensais, devant votre manque de précision, que c’était pour payer le billet et vous me remettez une amende de trente-cinq euros, sans même me rendre la monnaie ? Quelle est donc cette manière mafieuse de procéder ?!

Il ne voulut pas en découdre, il se savait effectivement dans son droit car un connard un jour lui avait fait « prêter serment ». Quand on n’a aucune morale, le raisonnement est bien facile… Heureusement le conducteur arriva-t-il de sa cabine autrement aurions-nous perdu toute patience, faisant fi des conséquences, juste pour la cause. Il nous demanda ce qui se passait, nous le lui racontâmes et le contrôleur en profita pour se retrancher sur le quai au milieu de ses collègues qui attendaient le départ d’un TGV sur celui d’en-face. Nous nous expliquâmes devant tout le monde, y comprit un gars de la sécurité, pressé par le temps car le train allait partir. Personne ne voulut rien savoir, tous appliquaient la plus imbécile cohésion. Lassé, nous montâmes nous asseoir, confiant quant à la finalité de cette comédie. Une fois à Aix, nous n’avions plus de liquide. Un sympathique bonhomme à l’arrêt de bus voulut bien nous donner dix centimes pour compléter le prix de notre billet pour Le Tholonet où nous pûmes, enfin, nous reposer. Cet après-midi, nous allâmes chercher notre monnaie à la gare d’Aix. La fille au guichet prit notre papier et, confusément, nous demanda ce que c’était. Nous lui expliquâmes donc. Sa collègue, en le voyant, sortit un « Oh, non, c’est pas vrai, encore un ! » qui voulait tout dire. Elle connaissait le contrôleur à qui nous avions eu affaire pour avoir joué ce coup à plusieurs reprises. Pour s’en assurer, elle alla vérifier son numéro d’immatriculation, inscrit sur le papier. Banco, c’était bien lui ! Elle avait reçu une plainte peu auparavant déjà. Elle nous demanda si nous voulions nous-aussi en déposer une mais devant son intention de lui rentrer dans les plumes dès qu’elle le verrait, nous trouvâmes la chose inutile. Son cas était fait. Nous avions eu peur, après cette nuit de beuverie, de nous être trompé mais notre jugement n’en avait pas été affecté. Alors, évidemment, nous n’avons rien à dire quand un contrôleur nous verbalise puisque nous ne payons pas nos billets. Nous les savons collectés au Trésor Public et, un jour, nous devrons les payer, cinq fois leur prix. Nous assumerons alors. Mais s’il y a bien une chose d’inadmissible, c’est qu’on se serve de son accréditation pour justifier son manque de probité ! Avoir prêté serment ne veut rien dire aujourd’hui. Que lui coûtait-il de nous éditer un billet, majoré, voire de nous verbaliser normalement ? En tous les cas, cela ne pouvait rien lui rapporter et c’est cela que nous mettons en cause. Nous le soupçonnons de se servir de son uniforme pour s’engraisser. Combien la SNCF se fait-elle sur les sorties de boîte de nuit ? Combien il est facile pour elle de se doter d’un service d’ordre quand ce sont ses employés qui souvent sont cause de trouble. À l’image de ces deux femmes au guichet d’Aix, heureusement reste-t-il des gens honnêtes mais font-il le poids face aux sans-scrupules ?


17 janvier 2010

Paris (Île-de-France, France), 7h35.

Il disait s’appeler Lionel. Non. Commençons par Adrien, lui aussi disait s’appeler. En fait, il faut remonter à lundi, lorsqu’après plusieurs jours fort agréables chez Vladimir à Nantes, nous nous rendîmes à Paris dans l’idée d’y déposer nos carnets à la Société des gens de lettres, . Nous y renonçâmes dans le TGV, préférant garder cet argent pour nous divertir en capitale. Nous savions en prenant cette décision qu’elle nous mènerait, inéluctablement, à nous prostituer de nouveau car nous avions beau retourner le problème dans tous les sens, aucune autre activité n’avait l’assurance d’éveiller encore en nous quelque curiosité. Il fallait également, afin d’éviter de revivre les mêmes épisodes que 2009, nous imposer de nouvelles règles et, en cela, comme deux muses se posant sur notre couronne, dames Hépatite et Syphilis nous révélèrent leur venue. Nous les avions prises pour des maudites mais ces impies n’étaient venues que planter le germe d’une nouvelle volupté. Il se trouve, Fidèle, que tu risques d’être choqué et dégoûté par les propos qui viennent. Un contact sur l’Internet nous dit à l’instant que nous ne devrions pas tout raconter. Nous le faisons, non par vantardise car elle nous indiffère, mais bien par souci de vérité. Si nous voulons que tu comprennes, il est de notre devoir de t’imposer ces quelques lignes vilaines mais assumées.
Avant de subir l’influence de la maladie, notre cul était ouvert à tous les plaisirs sans que nous ayons besoin de l’entretenir de quelque sorte. Comme la grenouille humide sent la pluie venir, lui sentait la secousse arriver et se préparait à l’accueillir avec soin. On put le fister à la salive seule, chose rare, sans qu’il se déchirât. On put le remplir avec un gode de 30/6cm sans qu’il en ressortît ni merde, ni sang. Nous lui infligeâmes même avec abus une partie de baise au sauna après l’avoir refroidi à l’azote liquide. Il appréciait pleinement chaque instant, dévorant avec gourmandise chaque larme de foutre qu’on y déposait, qu’on soit client, plan cul ou ami. Juin signa hélas la fin de ces réjouissances. Une hépatite A nous contraignit à refuser toute nouvelle proposition. Elle se répandit dans nos entrailles pour salir notre fondement d’hémorroïdes malvenues. Nous ne sûmes rien faire pour en atténuer les effets, nous étions las et décidâmes de stopper toute activité. Puis, notre tension normale retrouvée, une syphilis n’attendit que peu pour achever le travail bien entamé de sa chère sœur. La nouvelle année arriva, nous étions guéri mais notre cul n’avait pas été dosé depuis six mois et le manque commença de se faire sentir. Un après-midi, excité par quelques pensées malsaines, nous le malmenâmes sans vergogne avec pour seul instrument notre main droite. Il avait perdu toute sa souplesse et, sans effort, nous l’ouvrîmes plus que la normale. C’est à cet instant qu’une nouvelle volupté apparut, dans la douleur du déchirement. Nous nous inquiétâmes tout d’abord mais la vue de notre main salie et ensanglantée sur notre queue branlée nous convainquit. Poppers sous les narines, nous rééditâmes quelquefois ces instants libertins avec l’envie, toujours, d’avoir quelqu’un derrière pour nous satisfaire mais, pour les raisons susnommées, nous ne pouvions plus nous présenter comme immaculé. Il fallait reconnaître qu’aucun de nos clients ne voudrait à nouveau visiter nos entrailles avec sa queue ou sa main pour y trouver merde et sang. C’est ainsi que nous décidâmes, dans le train, de changer les règles du jeu. Après tout en étions-nous le seul dépositaire ! Désormais ne recherchons-nous que des personnes que telle représentation au pire ne dérange pas, au mieux excite. Car la chose est établie, c’est certain : nous faire enculer ou fister ne nous suffit plus, il faut nous éclater la rondelle !
C’est dans ces dispositions, vendredi, que nous trouva Adrien, un jeune homme de 23 ans habitant le Ve arrondissement. Le plan proposé sur notre profil l’intéressait et il nous invita chez lui. Il ne pouvait nous payer mais nous étions en chaleur et l’occasion de renouer avec notre nature était trop bonne. Une fois à Châtelet, nous reçûmes un SMS de sa part ; il annulait. Cela eut le mérite de nous faire quitter Milk. Arrivé là lundi après-midi, nous n’en étions sorti qu’après deux nuits blanches pour partager quelques heures avec Jérémie, cet ami que nous prenons toujours plaisir à revoir. Notre chaise au cybercafé reconquise jeudi vers 14 heures, nous ne trouvâmes aucune opportunité avant Adrien. Nos jeux étaient-ils trop trash ? Va savoir, Fidèle ! N’importe, nous n’allions pas en changer. Après ce lapin et un Subway bienvenu, nous retournâmes nous connecter. Lionel, un jeune de 29 ans habitant Puteaux, se proposa en client pour la soirée et la nuit. Il était déjà 23 heures mais nous ne pouvions nous permettre de passer à côté d’une telle occasion, le fric nous manquant et notre libido trop excitée lorsque nous ne dormons pas. Par ailleurs, les deux jeunes gamers assis à nos côtés n’arrêtaient pas, ayant vu planetromeo.com ouvert, de nous poser des questions sur notre activité ; à force de leur répondre, notre envie de jouer, nous aussi, montait, forcément. Nous leur demandâmes donc de nous garder notre place au chaud, en cas de lapin, et prîmes la ligne 1 du métro pour l’esplanade de La Défense. Nous avions convenu du scénario avec lui par téléphone. Il souhaitait le commencer dans son garage et l’agrémenter plus tard chez lui de sondes, fist, défonce et jeux de pisse. Une fois devant la porte de son immeuble, rue Paul Lafargue, nous l’appelâmes et il nous indiqua son garage, rue Roque de Fillol, afin que nous commencions à nous déshabiller, sur le trottoir peu visité en cette heure. Nous retirâmes pantalon indien et jean pour nous retrouver la queue à l’air, avant de remettre le pantalon indien, léger mais pratique à violer. Nous fîmes pareil pour le torse et l’attendîmes. Il nous avait dit une dizaine de minutes. Au bout de quinze, nous lui demandâmes par SMS où il en était. Le message ne passa pas. Dans le doute, nous restâmes encore. Trois jeunes, deux garçons et une fille, un peu éméchés par la nuit, s’arrêtèrent à un moment pour nous poser cette question : « Excuse-moi de te déranger, avec ma copine on se posait une question. C’est quoi le pire selon toi en public : roter ou péter ? » Nous répondîmes « péter », évidemment. Voilà bien une chose que seule l’intimité peut dévoiler. Toujours sans nouvelle de Lionel après une demi-heure, nous nous rhabillâmes convenablement et reprîmes le métro pour Paris. En chemin, sur le rail, par SMS.

Lionel. Petit contretemps, tu es tjs la ?
Nous. Tu te fous de moi ? Bien évidemment que non, je ne suis plus là ! Je rentre à Paris.
Lionel. Non dsle j’ai eu un contretemps. Excuse moi.
Nous. La bonne éducation veut qu’on ne laisse pas les gens attendre à moitié nus dans la rue sans les prévenir.

Peut-être s’attendait-il à une autre réaction, de l’énervement, des supplications voire pas de réponse du tout mais nous préférâmes conclure avec ce mot d’esprit. Il n’osa de fait plus rien écrire. De retour chez Milk, nos deux jeunes gamers curieux avaient bien gardé notre place au chaud, nous leur racontâmes l’anecdote pour les en remercier puis nous vîmes que Lionel avait supprimé son profil du site. Il n’est pas dans notre habitude de nous laisser abattre et nous sommes trop désabusé pour nous énerver, même sur notre pathétisme. Car la situation est évidemment à notre désavantage, nous devrions la taire ; c’est désespérant, en tout point de vue. Nous berner est tellement facile, nous qui portons la confiance comme évidence. N’importe, l’anecdote est belle et, en cette fin de troisième nuit blanche, nous réjouit !


31 janvier 2010

Le Tholonet (Provence, France), 23h47.

Nous ne nous souvenons pas avoir déjà écrit sur la relation que nous entretenons avec les autres. Nombreux sont ceux qui passent dans notre vie. De la même manière ne nous attardons-nous guère dans le leur. Il y a notre famille et nos amis que profondément nous aimons, nos rencontres de voyage, éphémères mais sincères, nos plans cul, nos clients, les autres avec qui nous partageons un moment… On nous demande souvent comment conduire cette singulière parade sans nous perdre. Considérons-nous chacun pour ce qu’il est ? Non, évidemment ! Ce serait l’astreindre à notre seule définition. Classons-nous les autres en fonction ce qu’ils nous apportent : amour, argent et biens, plaisir, amusement ? Non, ce serait réduire la personne au simple objet. Toute relation est néanmoins belle et bien intéressée. Il serait hypocrite de le nier. Les gens se côtoient par intérêt, c’est ainsi. Cela ne dicte pour autant pas la façon dont nous les appréhendons et ne répond donc en rien à la question. Nous sommes un garçon avenant, aimant et ne pouvons doser cet amour selon celui ou celle qui se tient en face de nous (derrière pour certains). Il faut comprendre que ce n’est pas l’acte ou la personne qui compte mais bien la manière car, vraisemblablement, une personne est un paramètre, une matrice qui interagit avec nous selon un mode défini par son éducation, son expérience et son besoin. Devons-nous contenter cette personne ou nous-même ? La réponse est évidente. Nous ne vînmes pas au monde pour évoluer à la place d’un autre. C’est donc égoïstement à nous-même que nous devons d’abord penser, l’autre étant là pour répondre à un besoin. Ne te méprends pas, Fidèle, c’est avec humilité que nous écrivons cela car nous sommes nous aussi l’autre de quelqu’un. C’est un rôle que nous acceptons avec raison. Serions-nous prostitué autrement ? Nous sommes programmé pour répondre à des besoins, tout comme toi. Les Hommes ne sont-ils alors que des machines ? Non ! contrairement aux machines, ils éprouvent des sentiments. Hélas se leurrent-ils quant aux relations qu’ils entretiennent les uns avec les autres. De l’amour, ils ont une idée faussée par l’imagerie cinématographique ou la romance littéraire. Par orgueil ou par peur, ils se lient les uns aux autres ; ils se lient avec des cordes qui leur brûlent la chair. Nous ne pouvons entrer dans cette mascarade ! Depuis fort longtemps déjà, seules les situations éveillent encore en nous quelque curiosité. Les lieux et les personnes se ressemblent tous après des années d’observation et de pratique. Puisque qui, quand et nous indiffèrent désormais, il ne reste que quoi et comment pour nous distraire. Ainsi les autres vont et viennent sans que nous puissions même parfois leur associer un visage. La parade alors devient-elle plus esthétique. Les expressions s’effacent et ne virevoltent plus que les tons, les notes, les sensations et les pas de danse. Quelle belle manière de se libérer de l’autre en ne le considérant finalement pas ! Tu dois nous prendre pour un monstre, Fidèle, un monstre insensible et laid. Il n’en est rien, laisse-nous conclure. Il nous arrive de porter un jugement plutôt catégorique sur quelqu’un. La chose est imbécile, nous nous corrigeons quand nous y pensons. Nous ne pouvons juger qu’un acte, pas une personne dont nous ne savons jamais que trop peu. Si nous ne pouvons la juger, pourquoi pourrions-nous l’aimer, la détester, la considérer elle en particulier ? La chose est tout aussi imbécile. C’est à en devenir fou ! Afin de ne pas sombrer, nous avons choisi de considérer les autres comme s’ils n’étaient tous qu’une seule et même entité : le genre humain. La situation impose parfois qu’il nous encule, parfois plus de retenue. Elle exige toujours l’honnêteté ; tu comprendras, Fidèle, que nous ne pouvons dire tout et son contraire à la même personne. Il s’agit donc de s’assumer pleinement face à elle. Pour résumer, une relation ne se construit pas. C’est une invention ! Elle se vit, nous en prenons ce que nous devons en prendre, elle s’assèche et avec sagesse nous passons à quelque chose d’autre, afin d’en goûter les saveurs et de s’enrichir d’autres arômes. S’il faut considérer les autres comme des fruits, il faut accepter d’en être soi-même un et c’est de cela que les gens ont peur. Ils ont peur d’être consommés et s’inventent donc des attaches et des points de repère sûrs et stables pour se rassurer. Il n’y a pourtant rien de moins sage que de donner ce que l’on est à qui veut le prendre ; pourquoi jouer l’exclusivité ? C’est égoïste et puritain.


11 février 2010

Paris (Île-de-France, France), 14h31.

Le Sun City n’est sans doute pas l’endroit le plus indiqué pour effleurer le sujet qui nous interpella au fil de cette matinée post-nuit blanche. C’est que, non loin de là, à l’angle de la rue, se trouve le Dépôt, backroom gigantesque où se retrouvent les sujets de cette réflexion. N’importe ! écrivons sans y penser.
Nous nous réinscrivîmes récemment sur bbackzone.com, un site de rencontres homosexuelles qui favorise les relations libertines sans protections. Nous nous y affichons en tant que séronégatif car nos tests l’attestent. D’autres sont séropositifs. Nous n’avons nullement l’envie de stigmatiser tel ou tel groupe, chacun étant libre d’engager la conversation avec l’autre. Nous insistons juste sur notre profil sur le fait que nous ne sexons pas avec des gars au statut différent du nôtre. Un séropositif d’une quarantaine d’années nous contacta pourtant dans la nuit. Pour nous, ses intentions étaient claires : nous plomber ! Comment pouvait-il en être autrement ? Si nous venons sur ce site, c’est que les capotes nous sont insupportables. Si lui y vient, c’est pour la même raison. Nous acceptons les risques que nous prenons, encore faut-il qu’ils restent des risques. Une telle proposition ne peut-être que criminelle, Fidèle ; osons l’écrire ! Lorsqu’on a la grippe, on n’approche pas d’un nouveau-né. Il devrait en être de même des séropositifs avec les séronégatifs, en ce qui concerne le sexe, évidemment. Comment telle maladie a-t-elle fait pour durer si longtemps dans nos sociétés dites civilisées ? C’est qu’enfin voilà plus de vingt ans que nous en connaissons parfaitement les risques, les symptômes. Que les Hommes ne s’assument-ils là encore pleinement pas afin d’annoncer d’un ton naturel leur sérologie ? Cela nous paraît tellement normal ! Nous comprenons les accidents, les erreurs médicales, les oublis, les délais entre chaque test, moins les agissements, conscients, de ce genre de personnes qui sans scrupules en contaminent d’autres par mensonge, haine ou honte.


26 avril 2010

Aix-en-Provence (France), 16h04.

La Provence au printemps nous fait penser au Nivernais. La nature, belle et fraîche en chlorophylle, les gainiers et les lilas en fleurs, parfumés de cette douce odeur chaude si typique à la région, nous ravit. Hélas ne nous inspire-t-elle pas ! Nous aurions envie de développer ces dernières semaines – les anecdotes ne manquent en effet pas, oh non ! – mais notre muse n’inspire aucun des récits dont nous écrivons les premières lignes, avant de les effacer. Nous ne vécûmes rien, il est vrai, de suffisamment neuf pour mériter quelque édition. Vagabond, nous ne le sommes plus que peu, trouvant dans la prostitution de quoi nous occuper. Si nous louons encore nos services, c’est que, depuis maintenant huit ans, nous savons le faire, mais nous le faisons sans cette excitation née de nos premiers contrats ; nous aimons cette activité et elle nous distrait, voilà tout. Nous consacrâmes donc février et mars à nous refaire une clientèle. Basé chez Vladimir à Nantes, nous en trouvâmes dans le Maine-et-Perche, le Poitou, à Paris, en Provence et cela nous permit de nous reposer entre sauna, salle UV, shopping et beaucoup de farniente.
Le 1er avril, fatigué de n’avoir en pays nantais que pécores, baltringues et alcooliques comme seul champ de vision, nous errâmes en capitale neuf nuits avant de descendre à Aix, profitant de la grève des contrôleurs de la SNCF, afin de garder la baraque de notre marraine qui allait à Venise. Nous en sommes là ! Attablé presque religieusement à la terrasse de La Rotonde devant un Bloody Mary bien dosé, une clope au bec et la plume à la main, rien de neuf ne semble se proposer pour nous changer d’air. Sommes-nous si las qu’aucune expérience ne peut aujourd’hui alimenter notre folie ? Nous fixons le prix de notre complète indépendance à dix millions d’euros. Tellement et si peu à la fois ! Ainsi reçus, nous serions en mesure d’entreprendre les choses qui nous tiennent à cœur mais pour le moment n’en avons-nous pas les moyens. Nous radotons… Alors passons, tel un chat atypique, dans les sphères de ce monde, l’abandon de l’entendement pour toute grâce, relevant les inepties que nous rencontrons sans pour autant nous en étonner, impuissant, de toute évidence. Nous revenons à l’instant du CIDAG. Il nous fallait une dernière mesure pour entériner notre dossier syphilis. Nous en profitâmes aussi pour tester notre sérologie. Le médecin, qui nous connaît bien, habituée, nous dit que nous faisions partie des irréductibles qui continuent à avoir en conscience des relations sexuelles non protégées. Où serait le plaisir si nous devions nous couvrir ? N’est-il pas fort agréable de courir sous la pluie et sauter dans les flaques ? Un peu enfantin, nous nous en rendons compte, mais l’enfance est tellement pleine de noblesse et de charme que nous nous refusons toujours à rejoindre ce monde de vieux perdants que la peur de tout rend désagréables et petits. Nos jeux sexuels sont cependant redevenus eux aussi innocents. Ainsi n’acceptons-nous plus les plans cul, ne nous faisons-nous plus fister et les seules sessions que nous nous accordons sont-elles réservées à nos clients et amis. Tout cela est bien morne. Où est donc passé l’enchantement ?


12 mai 2010

Aix-en-Provence (France), 1h44.

Fréquentant l’Internet depuis un certain temps, pouvons-nous espérer des rencontres de qualité ? Il faut, pour répondre, des années d’expérience. Heureusement les avons-nous ! Oui, sans aucun doute, sont-elles, avec le temps, de moins en moins rares. La réputation, semble-t-il, fait tout. Nous entretenons aujourd’hui des relations qui nous conviennent. Le week-end dernier, nous passâmes à Hyères deux jours d’une intégrité presque impeccable. Avec Jean-Marie, notre hôte et client, sachant réunir autour de lui des personnalités intéressantes, socialement riches et indépendantes, nous pûmes nous intégrer avec plaisir. Il est, dans ce milieu, beaucoup de superficialité. Lors de telles réunions, nous nous rendons compte que la recherche de la simplicité, d’intelligences, n’est pas vaine. Dans les jours qui viennent, nous nous produirons en capitale, peut-être en Alsace et surtout dans le Poitou. Il est des moments où l’avenir s’annonce avec force. Ce soir en est et nous n’en demandons pas plus pour faire confiance à la destinée, promise au voile discrètement brodé, qui se présente à nous. Laissons-la se mouvoir sur un rythme luthiste et nous surprendre !


2 juillet 2010

Oraison (Provence, France), 20 heures.

Foudre et grêlons viennent de battre le pays de Giono ; l’air est moite et chaud, il nous rappelle Chypre ; les martinets, vespéraux, dans leur ballet fantasque autour du château, nous invitent à conclure. En janvier 2009, affublant le neuvième chapitre de notre saga d’utlimes vicissitudes, nous savions qu’il signerait la fin d’une époque, une mort annoncée. Ce que nous vivons, Fidèle, n’est nullement le fruit d’un propos élaboré dans un boudoir, retraite bienvenue, de la maison close qui formerait notre conscience. Non ! nous n’avons rien à prouver. Ce que nous vivons n’est que peu souvent de notre fait. Nous écrivîmes suffisamment là-dessus pour ne pas encore ici à cet exercice nous soumettre. Laisse-nous donc simplement te narrer les derniers événements ; tu comprendras.
Nous évoquions Chypre, où nous séjournâmes le dernier week-end du mois de mai. Nous y rencontrâmes Pierre, un client qui arrivait de Turquie et souhaitait faire notre connaissance. Nous étions alors à Nantes et nous aimerions pouvoir nous vanter d’avoir emprunté deux TGV, quatre avions et deux taxis pour cette fugitive et peu commune partie de thé avec une personne agréable et d’excellente compagnie. La pose en effet aurait-elle belle allure ! Hélas un événement vint-il perturber la tranquillité de notre maintien. Nous avions auparavant refusé d’accompagner en Corse, ce même week-end, Jean-Marie, car il avait osé négocier le tarif affiché. Bien que sympathique, comme nous l’écrivîmes dans un précédent billet (avec un peu trop d’empressement, à l’évidence), nous lui reprochions son assurance, sa certitude de pouvoir tout avoir et, surtout, sa verve trop baladeuse. Il ne pouvait s’empêcher de parler à et sur tout le monde. Nous avions déjà noté ce trait de caractère lorsqu’il vint la première fois nous chercher en voiture au Tholonet et l’un de ses amis nous enjoignit même de ne pas trop en dire mais cela ne nous inquiéta guère. Nous pensons qu’il faut avoir bien peu vécu pour fourvoyer son esprit dans des conversations frivoles et ressentir le besoin de raconter la vie des autres. Par nature, tu le sais, nous diaprer nous est impossible ! Si nous parvenons à fermer notre gueule lorsque le sujet ne demande pas que nous l’ouvrions, nous ne cachons rien lorsqu’il nous y encourage. Et peu nous chaut, tu le sais aussi, ce qu’on peut en tirer. Les derniers ragots, parisiens semble-t-il, nous font passer pour une pute sidéenne au cul sale ; en quoi cela peut-il bien nous distraire ? Nous n’interdisons pas aux gens d’être des imbéciles, le combat serait vain. Laissons-les donc dire, ils nous débarrassent ainsi des saletés qui pourraient, sans eux, nous entourer. Là d’ailleurs n’est pas où nous voulions en venir. Lors d’un apéritif chez Jean-Marie, nous notâmes le nom du domaine d’où provenait la bouteille que nous buvions comme identique à celui d’un ami. Nous demandâmes à notre hôte et client, innocemment, si notre ami était apparenté à ce domaine. Il ne le pensait pas et nous passâmes à autre chose, ne précisant rien de plus. Il n’y aurait eu du reste pas grand-chose à raconter. Alors que nous étions à Chypre, au Capo Bay Hotel de Protaras d’où nous nous connections à l’Internet, nous reçûmes un courriel de Jérémy, l’ami en question, qui, étonné, nous écrivait que Jean-Marie l’avait recherché sur Facebook et contacté, en notre nom. Il nous demandait pourquoi nous le considérions comme notre « mec de Toulon », tel que Jean-Marie le présentait, et pourquoi ce « vieux » avait ses coordonnées. Nous fîmes ce récit à Jérémy, sans trop comprendre ce qui avait poussé Jean-Marie à raconter ces conneries et, dans la foulée, écrivîmes une lettre à ce dernier qui ne s’excusa point, arguant que l’on pouvait contacter qui l’on voulait sur Facebook. Il n’avait rien compris à sa modicité. Pourtant la chose, en nous, avait-elle grande mesure. Il ne devait plus chercher à nous joindre, lui qui entretenait la médisance et nous qui le trouvions fort malséant.
Alors oui, nous sommes accort et accessible. Cela signifie-t-il pour autant que l’on puisse s’octroyer le droit de s'immiscer dans notre vie par n’importe quel chemin ? Les gens manquent décidément de façon ! Et la famille d’en ajouter un peu aussi. Notre sœur, jalouse sans raison, reçut de notre part en avril un mot quel que peu acide visant son comportement irresponsable et les relations, superficielles, qu’elle entretient avec la vie. Nous n’avons que faire de comment elle mène la sienne, ne te méprends pas, mais elle poussa l’affront si loin que, vraisemblablement, tout le monde ne pouvait que s’en indigner. Et tout cela pour une idiote affaire d’orgueil, Fidèle ! De longue date déjà voulions-nous oser cette ingérence. Pourquoi ? Lui faire comprendre qu’en se permettant de juger notre façon, avec perfidie qui plus est car toujours par derrière, elle s’exposait à une explication. Elle fut courte et nous n’en aurons aucune autre. Nous ne la reconsidérerons que quand elle aura satisfait son besoin puérile de commérages, quand sa vie seule lui suffira pour avancer. Quand à 34 ans, on n’est pas capable de prendre les choses avec plus de retenue, plus d’intelligence, que le reproche ne peut seul que paraître, il n’est plus question d’analyse, de psychotrope, de bouquins pseudo-psychologiques vendus chez le marchand de journaux entre Gala, Voici et Closer pour les fans de people en manque de reconnaissance sociale, non ! il faut un complet bouleversement dans sa façon d’être. La façon, encore. Et les potins, hélas !, de la pourrir. Nous approchons la trentaine et nous ne voulons plus subir la médiocratie. Sur le fond de notre baignoire, nous aussi pouvons lire : « Vous m’avez bien cassé les couilles ! »*. Ainsi, dans les semaines, les mois à venir, nous voulons nous environner d’une société plus esthétique et plus noble. Nos relations devront s’y soumettre ou s’effacer ; nous-même nous retirerons. Chaque action devra être tournée, sinon vers l’utile, au moins vers le beau, considérer l’ensemble, l’expression et non la personne, objet.


28 juillet 2010

Paris (Île-de-France, France), 2h24.

« De la viande et des patates », pour citer Florence Foresti. Nous avions faim et cette idée ne pouvait s’envoler de notre esprit sans être satisfaite. Nous quittâmes donc le cybercafé pour les Trois Maillets afin de nous sustenter. Nous voilà attablé, à l’intérieur, près d’une fenêtre grande ouverte. La jeunesse parisienne au piano chante les classiques de Grease*, les voisins de la rue Galande ne s’étonnent plus, il fait bon et le malbec argentin ravit nos papilles, à défaut d’éveiller nos yeux qui depuis plusieurs jours maintenant ne peuvent se complètement fermer que quelques heures, fugitives et parfois accompagnées, presque volées. Ces feuilles, volantes, suivent les dernières. Nous écrivons car là se trouve notre nature et qu’il faut penser à l’avenir, quand nous ne pourrons plus mentalement nous souvenir de ces moments solitaires, gravés dans le temps par une bouteille de rouge. Nous errons en capitale depuis maintenant seize nuits. Nous y vînmes initialement déposer nos carnets, nouvellement corrigés, à la Société des gens de lettres, mais en fin de compte le fîmes-nous par l’Internet, autant par économie que par flemme. Il fallut donc trouver à nous occuper. Nous passâmes les deux premières nuits, blanches, dans le creux d’un fauteuil au sous-sol de Milk à attendre que quelqu’un nous propose de l’inédit. Mercredi 14, au petit matin, ne voyant rien arriver, nous ne pûmes nous résigner à souffrir la connerie républicaine et décidâmes de nous exiler pour le jour en terre aristocratique. Le Luxembourg nous accueillit, nous-vagabond, pour nous laisser regagner notre pays le lendemain, nous-prostitué, après une nuit chez un client trouvé sur place. Nous échappâmes ainsi aux célébrations, au défilé, à toute cette hypocrisie bourgeoise que les cieux eux-mêmes noyèrent sous un flot continu. Les deux nuits suivantes furent perdues devant l’écran. Samedi 17, Laurent désira nous rencontrer. Nous sympathisâmes avec lui pendant le déjeuner dans un restaurant du VIIe arrondissement et il nous paya deux nuits à l’hôtel afin de nous y reposer. Nous le revîmes le lendemain, dans notre chambre, sans que rien de sexuel ne se passât. Certains chemins, Fidèle, parce que précieux et d’intérêt, doivent être parcourus paisiblement afin d’en apprécier chaque pavé. Il émit le désir de nous revoir toute une nuit, à demeure. Nous convînmes qu’elle serait celle du vendredi et passâmes jusque là notre temps chez Philippe, parti pour Venise quatre jours en nous laissant son appartement. Nous retrouvâmes le plaisir d’avoir un pied-à-terre. Paris à nouveau exerça sur nous sa magie. Nous voulions (voulons encore) y rester !
Presque deux heures se sont écoulées depuis le premier mot. Travolta a laissé sa place à Piaf. Nous pensons que le monde entier se retrouve encore aujourd’hui à Paris. Les serveurs sont blasés et ne se rendent pas compte qu’ils sont, sinon acteurs, au centre d’un spectacle que le monde applaudit depuis plusieurs siècles : Paris ! C’est en son sein, incontestablement, que nous pouvons et savons être. Olga, l’une des serveuses, a les yeux rouges ; elle a pleuré. Notre repas coûte cinquante-sept euros, nous lui laisserons la monnaie sur cent euros avec ce mot à l’oreille : « Il ne sert à rien de pleurer de chagrin. N’attendre du monde que ce qu’il veut bien donner. » Elle ne comprendra pas, évidemment, pas encore. Cette semaine, nous fîmes un check-up à l’hôpital Tarnier. Ils nous trouvèrent un gonocoque et probablement aussi une chlamydia. Nous nous fîmes soigner, naturellement. Coucher sans capote comporte certains risques ; assumons-les, simplement, et laissons les critiques à leur place, aux ordures. Nous ne sommes pas dupe.


2 août 2010

Paris (Île-de-France, France), 23h14.

Il n’y a qu’aux Trois Maillets, semble-t-il, que l’on peut entendre chanter du Boris Vian au piano. Nous ne sommes plus snob aujourd’hui mais ô combien cette chanson nous parle ! Elle évoque une époque de jeunesse insouciante où nous prenions encore plaisir à jouer avec les autres. Aujourd’hui, ils nous indiffèrent, ne nous distraient plus. Cet après-midi, alors que notre estomac nous intimait de le remplir, nous nous assîmes à une table chez Marianne, derrière les Blancs Manteaux. Nous étions seul et voulions tester la cuisine de ce restaurant où nous voyions à chacun de nos passages une queue dans l’attente de place. L’heure avancée, nous fûmes installé rapidement, bien que la terrasse fût complète. Une petite table sur le trottoir à l’entrée suffit. Un homme d’une quarantaine d’années nous demanda en anglais si la chaise d’en-face était libre.

Nous . Please!

Il prit place, un peu gêné mais content de notre réponse. Comment aurions-nous pu refuser tel informel ? nous qui n’attendons plus d’être surpris, trop familier de la médiocrité des mecs qui habituellement nous abordent par une caresse, un mot incertain ou un regard timide. Nous passâmes plus d’une heure en sa compagnie. Il s’appelait Jim, était allemand, de passage à La Défense pour son travail et, seul lui aussi, au milieu de deux millions d’habitants et moitié moins de touristes, nous occupa par son expérience, son éducation. Les sujets furent variés, il était hétéro et nous savions tous deux qu’ils seraient aussi sans conséquences. Quelle importance ? Dans un monde où tout est appelé à avoir une signification, nous montâmes ce moment comme on monte un drapeau afin de le faire claquer dans le vent et jouer le non-sens. Être pour être, simplement. Nous l’invitâmes, il en fut surpris, la chose nous parut évidente. Où et quand en effet aurons-nous l’occasion de remercier quelqu’un de sa présence inutile mais belle, quand même ?

2h12.

Nous aurions voulu stopper ce billet à ce stade mais Marvin Gaye revit au piano, assez mal d’ailleurs, dans notre dos alors que nous sommes passé au comptoir. La barmaid s’endort. Nous lui proposons une vodka-Red Bull pour la réveiller mais elle refuse.

Nous . Vous ne voulez rien, vraiment ? Ce n’est pas un plan drague, je suis gay, je connais juste le métier…

Elle n’accepta pas davantage. Tant pis pour elle ! L’occasion ne se crée pas, Fidèle, quoi qu’on y fasse. L’informel est peut-être « formé de » mais ne dépend pas de nous. Nous ne pouvons espérer que « passer dans ». La seule chose que l’on nous demande, c’est d’apprécier ce que l’on nous propose et, peut-être, en témoigner. Le peux-tu seulement comprendre ?


7 août 2010

Paris (Île-de-France, France), 20h41.

Afin de célébrer cette journée complètement inutile, nous dînons au restaurant du Palais Royal. Jean-Louis Debré, qui occupe la table d’à-côté, sur la terrasse face au jardin dépeuplé, agréable, humide après des heures grises et venteuses, nous évoque par sa voix cette réflexion. Véritablement, si cette moitié d’année ne fut pas exceptionnelle en termes de vagabondage, elle nous permit de régler notre façon et nous accorder, enfin, un cercle relationnel qui nous convient : des gens éduqués, raffinés et simples. Note bien, Fidèle, car cela nous semble important. Lorsque socialement l’on n’est personne, on se surprend à parader, comportement dont on se dispense lorsqu’on est devenu quelqu’un. Aujourd’hui, grâce aux relations qu’inconsciemment nous entretenons, nous pouvons être, sans ornements, nous-même, complexe, élitiste, homosexuel, prostitué, vagabond au langage élaboré, je-m’en-foutiste, vivant, atypique enfin. Dans un précédent billet, nous remerciâmes les gens d’être. Ce soir, nous les remercions d’être comme nous.


19 août 2010

Versailles (Île-de-France, France), 15h09.

Vendra-t-il ? ne viendra-t-il pas ? Lorsque nous répondons à l’appel d’un client pour la première fois dans la région, nous ne savons jamais véritablement à l’avance si nous allons tomber sur une personne ou un lapin, surtout si celui-ci vient de rezog.com. Sur un trajet plus long, le mandat que nous requérons fait office de garantie mais là, nous ne pouvions en demander un pour le RER ; la chose aurait été peu crédible. Le risque n’est toutefois pas grand. Nous ne payons pas le ticket et, s’il ne se présente pas, cela nous aura fait faire une petite promenade. Versailles n’est pas désagréable en cette saison ; il fait beau, le Pouilly-Fumé que nous buvons au café de l’hôtel du Palais est bien frais. Quoi qu’il en soit, nous serons fixé à la demie ! Un Noir sur la place crie son manifeste à qui veut l’écouter.


« Avant de condamner, il faut juger !… Depuis neuf ans, je suis entré en France, j’ai travaillé… Moi, la police… Changez votre vie !… Le Seigneur m’a ressuscité… C’est trop, c’est trop !… Y’a une assistante sociale qui m’a dit : "Ah ! vous pensez revoir vos enfants ?"… Le Seigneur m’a ressuscité… C’est ça la vie ? Vous aimez votre vie ? Il faut aimer la mienne aussi… Vous êtes en train de faire souffrir l’ozone… Changez ! »

Ce monsieur est vraisemblablement perturbé mais sa contestation n’est pas inutile ; elle trouve une certaine cohérence, au final. Le cafetier le menace d’appeler la police.

L’illuminé . Si vous me parlez, je peux vous écouter ! leur crie-t-il. Ne me menacez pas, je ne suis pas domestique chez vous !

Il bouge son vélo, l’attache avec un antivol, prend sa sacoche, se tait et s’en va prendre le RER, soulagé, peut-être, d’avoir étalé sa souffrance sur la voie publique, même si personne ne s’en soucie vraiment. Notre client arrive. Chic ! nous avons envie de sexe.


24 août 2010

Paris (Île-de-France, France), 14h35.

Ces quatre dernières nuits chez Véronique, dans le Morbihan, nous firent grand bien. De retour à Paris, il faut que nous trouvions quelques clients ou nous ne pourrons y rester longtemps. Nous verrons bien. Aujourd’hui, alors que notre linge malmené par l’humidité armoricaine fait quelques tours à la laverie automatique, nous célébrons notre vingt-neuvième année à l’Open Café tout proche, un frais verre de blanc comme compagnon. Une fois cette tâche domestique achevée, nous irons nous relaxer au sauna puis nous passerons la nuit chez Milk. Si ces derniers jours furent culturels, les prochains seront sexuels, à n’en pas douter.


2 octobre 2010

Paris (Île-de-France, France), 00h20.

Sinon de l’inédit, du rare et du précieux… C’est épuisé par une course et un combat dans les marches de la station Saint-Michel-Notre-Dame que nous nous asseyons à l’une des tables d’un Trois Maillets bondé en ce vendredi soir. Nous avons faim, et soif ; un argentin accompagné d’un pavé au poivre et d’une crème brûlée sauront nous sustenter.
Alors que nous montions tranquillement vers la sortie, I don’t care if the sun don’t shine* dans les oreilles, nous entendîmes une femme crier : « Arrêtez-le ! Arrêtez-le ! » Un homme sprintait en notre direction. Sur l’escalier, les autres personnes présentes s’écartaient, comme pour le laisser passer, de peur peut-être qu’il ne soit armé. Nous ne pouvions pas ne rien faire et tentâmes une corde-à-linge. Peine perdue, il passa quand même, sautant les marches deux à deux. Nos écouteurs volèrent, transformant notre simple civisme en affaire personnelle. Nous le coursâmes donc, gagnâmes sur lui et, quelques marches plus loin dans le dernier escalier, lui sautâmes sur le dos. Il tomba, se releva en nous poussant sur le proche mur ; il était fait. Nous le prîmes par les épaules et le tirâmes vers le bas, un pied sur ses talons. Perdant l’équilibre, il décolla par l’arrière et s’écrasa en bas de l’escalier, la jambe retournée, une main dessus en se plaignant de ce mal qu’il n’avait pas prévu en volant à l’arrachée l’iPhone qu’il laissa glisser de son autre main sur le sol. Heureusement ce dernier était-il protégé par une housse de cuir blanc. Nous le ramassâmes et le rapportâmes à sa propriétaire, une femme un peu ronde, essoufflée, qui nous remercia d’une accolade comme si nous avions sauvé son dernier enfant d’une mort certaine. Nous la laissâmes pour rejoindre le voleur, toujours atterré, menacé d’un parapluie qu’un vieil homme moins rapide que nous tenait dans sa main gauche. Un autre voulait appeler la police. Nous lui dîmes de n’en rien faire et d’appeler plutôt un médecin. Le voleur avait son compte, il était inutile de l’accabler davantage. Nous enfonçâmes nos écouteurs dans les oreilles et quittâmes la station vers la rue animée, répétant d’une voix plus forte en montant : « N’appelez pas les flics ! » Le procédé n’est pas nouveau. Nous le remarquâmes plusieurs fois déjà. Ils montent à deux ou trois dans un wagon (lui était seul, par chance), repèrent une bonne poire qui téléphone fièrement depuis son smartphone et, avant la fermeture des portes, l’un deux placé tout proche arrache le smartphone des mains de la bonne poire et commence son sprint vers la sortie. Ses acolytes le suivent sans se presser pour retarder, si besoin est, la bonne poire qui aurait eu le temps de sortir du wagon avant que les portes ne se ferment. D’une manière générale, le voleur s’en sort car nul ne veut s’intéresser à tel cas et la bonne poire se trouve rapidement distancée par des jambes athlétiques et habituées aux méandres du métropolitain. Parfois pourtant, quelqu’un réagit, autant par civisme que pour racheter l’honneur de tous les couards qui se dégagent du danger lorsqu’il vient au lieu de s’interposer.
Un anniversaire au bar est célébré. Les lumières sont éteintes, le piano joue un happy birthday, les gens applaudissent quand un autre crie au fond de la salle : « Salope ! donne-nous de l’argent. » en levant son verre, souriant. La nature humaine peut en déconcerter plus d’un, il est vrai, mais chez nous n’est-elle qu’une succession d’événements qui se présentent de telle sorte que nous ne pouvons qu’y voir un message, non précisément à notre attention mais à tous ceux, si peu nombreux soient-ils, qui savent le lire avec détachement.
Nous accompagnâmes les dix derniers jours un client entre Allemagne, Bavière et Autriche sur les traces des Bernadotte, Hohenzollern, Wittelsbach, Habsbourg et autres dynasties des deux anciens empires. Laurent les pleurait, avec raison. De notre côté considérons-nous les choses de plus haut. Les Beatles se jouent au piano pour évoquer un autre empire, lui aussi aujourd’hui déchu. « Yeah, Yeah, Yeah », le détachement anoblit. Les événements s’enchaînent. Suit Wild world* qui nous rappelle que ne sommes que peu dans cette immensité. Les événements prononcés ne sont pas là de notre fait mais pour nous permettre de les apprécier, les analyser, les comprendre, les accepter afin d’en être nous-même tributaire, afin d’en nourrir notre réflexion, notre esprit, afin d’évoluer. Mais encore une fois, Fidèle, le peux-tu seulement comprendre ?


26 octobre 2010

Happy Days, Aix-en-Provence (France), 19h46.

Ce soir, nous buvons à Caroline l’aventurière, duchesse de Berry, dont nous venons d’achever une biographie*. Afin d‘éviter toute distraction nicotine, nous nous installâmes à l’intérieur du Happy Days ; Oui ! nous sommes fidèle à nos habitudes. Une bouteille de blanc aixois ne sera pas de trop pour trouver l’inspiration. Nous irons la célébrer ensuite au Med Boy.
En première lecture, nous pleurâmes l’infortune de cette aventurière trop en avance sur son temps pour susciter des soutiens de qualité. Outre Chateaubriand qu’elle aurait dû davantage écouter, Caroline ne fut entourée que par la couardise et la médiocrité de ses contemporains. L’Histoire, nous le pensons, aurait été plus belle, plus noble, avec elle à sa tête. Les femmes de qualité sont comme les chevaux de nature ; elles règnent en majesté sur les hommes, orgueilleux et corruptibles. Qui de Louis XVIII, de son frère ou de Louis-Philippe fut le plus petit face à elle ? Chacun, c’est à craindre, tira la corde de la nullité à lui. N’en devisons pas davantage car cette gabegie nous écœure.
En seconde lecture, nous eûmes l’audace de nous questionner sur la place qu’elle pourrait avoir aujourd’hui. Dans ce monde de parvenu-e-s, serait-elle capable d’élever les consciences ou, à l’image d’autres femmes bien nées, se contenterait-elle de parader, assumant un féminisme basé sur le sexisme, la discrimination et l’autoritarisme ? Cela reste une question que nous aimerions creuser dans les mois qui viennent.


13 janvier 2011

Paris (Île-de-France, France), 3h03.

Nos interventions manuscrites se font ces derniers temps aussi rares que peut l’être la nouveauté. Par conséquent, en cette nouvelle année civile, nous prenons la résolution d’y accorder plus de temps, au risque de devoir engager des événements afin d’en être l’observateur. Ah ! si la vie pouvait être fouillée avec le poing aussi facilement que le cul de notre client d’hier, que n’y trouverions-nous pas comme trésors ! Mais hélas n’est-ce pas le cas. Nous sortons du Sun City, après nous être promis de n’y plus mettre les pattes, et une conclusion nous apparaît évidente : Paris est résolument une cité de plus en plus mal fréquentée. Alors que nous tentions sans illusion de nous reposer sur un transat, un troupeau de folles sous-éduquées vint perturber le relatif silence dont nous jouissions. Mais quel est leur problème, à la fin, à tous ces nouveaux arrivants, provinciaux ou étrangers ? N’ont-ils pas chez eux des maîtres pour leur apprendre les bienfaits de la discrétion ? Ont-ils à ce point besoin de vagir leur présence ? Si encore ils proposaient un physique agréable ; même pas ! Juste trop de bruit pour rien. L’on peut vivre égoïstement, la chose est naturelle, mais personne n’a envie de le savoir. Fermez-la, en somme ! Nous aimerions aujourd’hui que davantage de fantaisie anime notre environnement, qu’elle vienne des autres et non que ceux-ci soient, seulement, objets de nos envies.



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