Florimon-Louis de Kerloar

Conversations

La simplicité


Droits d'auteur ©
Tous nos textes, Fidèle, sont déposés à la Société des gens de lettres, Paris. Sois gentil, tu t’en inspires dans la vie si tu veux mais sur papier ou à l’écran, cherche ta muse ailleurs. Bonne lecture !


Nous ne te permettons pas, Fidèle, de juger cette conversation ! Elle est un tout personnel que le regard inconnu ne peut qualifier mais seulement apprécier pour ce qu’elle est : un sentiment.

Arthur . Qu’est-ce qu’il est beau le clip de Sigur Rós*  !
Nous . Oui.
Arthur . Qu’est-ce que j’aimerais échanger un baiser si doux !
Nous . Il m’a perturbé.
Arthur . Moi aussi, il m’émeut au plus profond.
Nous . J’aurais aimé avoir ma première relation bien plus tôt en fait.
Arthur . Moi, j’aurais aimé que ma première relation soit bien plus belle, ainsi que les autres. J’ai une vie sentimentale de merde.
Nous . On est gay, forcément on a une vie sentimentale de merde ! Pire, on est gay et déjà pas heureux à la base.
Arthur . C’est n’importe quoi ! Pourquoi les gays auraient une vie sentimentale de merde ? J’te jure, tu dis n’importe quoi ! On dirait mon père, et c’est pas un compliment !
Nous . Fait sociétaire ; ça ne vient pas de moi, ça ne vient pas de toi, ça vient de personne, c’est juste qu’il me semble que c’est comme ça. Une raison simple (selon moi toujours), c’est qu’on ne se satisfait pas de simplicité justement. Tu ne peux pas dire le contraire ! Regarde ces deux gosses dans le clip : ouais, là d’accord, aucun problème ; lis Paul et Virginie* : aucun problème. Une vie simple, faite de choses simples, dont les sentiments sont simples et suffisent… Mais regarde autour de toi, regarde-toi aussi, je ne suis pas en reste non plus. On n’a rien de simple, rien n’est simple.
Arthur . Si, je crois aux choses simples. Malgré mes tortures mentales, je n’aime rien de plus que la simplicité, celle d’une coupe de Veuve, quelques fruits rouges, un homme rare et doux, un maillot de bain Dolce&Gabbana, un soleil de fin d’après-midi de juillet, une légère brise qui accroche des pétales à ma peau, que des choses simples en somme. Et parmi elles, je n’ai que le matériel, il me manque l’essentiel, c’est pour ça que je me larmoie.
Nous . Ce n’est pas la simplicité tout ce que tu écris, c’en est l’absence au contraire, les petites ridicules qui nous rendent cette absence supportable. Je ne suis pas psy, je n’ai pas envie de passer pour ton père non plus, je pense juste que c’est un fait, admis ou pas. Les deux mômes dans le clip, dans leur songe de la vie que, finalement, ils n’auront pas pendant qu’ils s’embrassent sur le gazon usé par le match, ce songe, n’est pas fait de Rayban et de champagne, ce songe est fait de deux garçons, rien de plus. Cela, dans ma vie, je ne l’ai jamais connu. Je ne pense plus le connaître un jour. Ce n’est pas en regardant autour de moi non plus que je trouve l’espoir de le vivre un jour ! Cela reste un songe, alors ouais je pense que ce n’est pas possible.

La conversation s’étiola, nous laissant chacun de notre côté, tristes de ce que nous n’avons pas eu, de ce que nous n’avons pas et de ce que, sans doute pour notre part, nous n’aurons plus la chance de trouver maintenant.
Nous ne savons comment exprimer par des mots ce que nous ressentons en regardant ce clip mais, finalement, ce n’est pas plus mal, c’est tellement mieux, tellement plus vrai, de le faire avec des larmes.

1er mars 2005, Aix-en-Provence (France).


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